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L’eau urbaine et Novatech

Interview de Jean VILLIEN

<< Aujourd’hui les préoccupations ne concernent plus l’approvisionnement en eau potable, ni même le traitement des eaux usées, mais véritablement la qualité des eaux de ruissellement >>.

Cette interview a été réalisée à l'occasion de la Fête de l'eau organisée par le Grand Lyon les 5 et 6 juin, pour la 5ème conférence internationale sur les stratégies durables en assainissement pluvial : Novatech. 
C'est l’occasion, pour Jean Villien, d'évoquer la question de l’eau dans la ville et le positionnement de la Mission Ecologie du Grand Lyon vis-à-vis de la Direction de l’eau.

L'un des objectifs de la Mission Ecologie du Grand Lyon est de savoir comment éviter la pollution du milieu naturel par les eaux de ruissellement. 
Novatech est un événement majeur qui permet à de nombreux scientifiques et experts du monde entier de faire le point sur les grands problèmes en matière de gestion des eaux urbaines et d’envisager les différentes réponses, notamment techniques, que l’on peut apporter aujourd’hui. Novatech porte justement sur la gestion des eaux de ruissellement. Lyon est d’ailleurs reconnue internationalement sur la question de l’hydraulique urbaine. 

On constate, en effet, aujourd’hui en Occident que les préoccupations ne concernent plus l’approvisionnement en eau potable (encore que les nitrates soient préoccupants), ni même le traitement des eaux usées, mais véritablement la qualité des eaux de ruissellement dans la mesure où celles-ci constituent un risque majeur de pollution pour les eaux naturelles.

La Mission écologie s’intéresse à la question de l’eau dans la ville. Comment œuvrez-vous au sein du Grand Lyon, quel est votre but ?
Tout d’abord, il convient de préciser que la question du cycle de l’eau est cruciale en milieu urbain. Et qu’elle est considérée sous tous ses aspects : en tant qu’élément vital (comme l’eau potable), nécessaire à la santé (comme l’eau à usage domestique), ou en tant qu’élément naturel (traitée, comme l’eau de ruissellement, ou issue de son milieu d’écoulement géographique – fleuve et ruisseau). L’eau est ainsi dite « quantitative » mais surtout « qualitative », fonctionnelle et patrimoniale. Au sein de la Communauté Urbaine de Lyon, les aspects patrimoniaux de l’eau sont examinés par la Mission écologie alors que les aspects fonctionnels (assainissement, traitement) sont étudiés par la Direction de l’eau. Les aspects patrimoniaux sont traités à travers la qualité de l’eau, l’inventaire et la restauration des milieux humides, en étudiant par exemple la flore et la faune aquatiques. Un va-et-vient d’informations s’effectue entre les deux directions sur les questions de qualité de l’eau, sur le traitement des rejets, sur les normes en vigueur… C’est donc un travail croisé permanent. Travailler ensemble est une bonne chose mais il faut aussi faire connaître ces différents aspects au grand public, nous organisons cette année la 1ère fête de l’eau les 5 et 6 juin 2004. Elle aura lieu en plusieurs endroits de l’agglomération pour montrer à la population le grand cycle de l’eau en milieu urbain et faire toucher du doigt que l’eau est un bien commun et qu’en certains endroits elle est absente avec les conséquences que l’on sait.

Quelle a été la motivation du Grand Lyon dans l’organisation de la 1ère Fête de l’eau ?
Du 6 au 10 juin, Lyon organise Novatech, la 5ème conférence internationale sur les technologies et stratégies durables en assainissement pluvial. Cet événement majeur va permettre à de nombreux scientifiques et experts du monde entier de faire le point sur les grands problèmes en matière de gestion des eaux urbaines et d’envisager les différentes réponses, notamment techniques, que l’on peut apporter aujourd’hui. Il nous semblait important de sensibiliser le grand public aux enjeux relatifs à la présence et au cycle de l’eau dans la ville en parallèle à cette réflexion très technique. L’eau dite « naturelle » (fleuve, rivière, ruisseau) et les plans d’eau (Miribel-Jonage, Grand-Large) sont en effet très présents dans l’agglomération. Ils ont façonné l’histoire et la géographie de notre région. Les aqueducs, les ponts, les vallées du Rhône et de la Saône sont là pour en témoigner. C’est pourquoi nous avons voulu permettre aux Lyonnais de faire un tour d’horizon sur ces aspects et entamer une réflexion avec eux. Ainsi trois thèmes et trois lieux ont été choisis pour rapprocher les riverains de leurs cours d’eau :

  • - sur la place Antonin Poncet où sera abordée l’histoire de l’eau à Lyon sous forme d’une grande exposition (panneaux et stands d’informations, photos, présence de la péniche Val de Rhône…) et où des conteurs illustreront ce thème ;
  • - à Neuville/Saône, où il sera question des activités ludiques liées à l’eau (avec notamment la présence de la Fédération de pêche) et des découvertes du fleuve ou de la faune et la flore des rivages ;
  • - A Miribel-Jonage, où l’on valorisera « l’eau et la science », « l’eau et la vie », « l’eau support de loisirs », « l’eau en tant qu’espace découverte » et où il y aura une démonstration du pompage de secours de l’eau potable.

La sensibilisation du public à la présence de l’eau en ville est une chose mais la question de la pollution de l’eau n’est-elle pas plus complexe à appréhender pour lui ?
En effet, car la question de l’eau en ville revêt des aspects multiples et complexes. Il convient donc pour les pouvoirs publics de bien fixer les objectifs relatifs à son utilisation et aussi la qualité que l’on veut lui conserver. De manière plus explicite, l’eau urbaine, dite fonctionnelle, est d’abord un élément essentiel à la survie de tout citadin qui ne peut se passer du réseau d’eau collectif parce qu’il s’en sert de diverses manières : pour renouveler ses ressources en eau propre, pour se nettoyer lui-même... Les rues où les déchets, notamment organiques, sont transportés par l’eau par cette méthode. Le manque d’eau dans le cycle urbain pose le problème de notre survie, de la présence de maladies et une certaine forme d’inconfort . Mais cette eau n’est pas qu’un produit de consommation, elle doit être traitée avant de retourner au fleuve avec une qualité aussi satisfaisante qu’au moment où elle a été captée, afin de préserver les cités voisines en aval. L’essentiel de l’eau de boisson est prise en amont de Lyon au champ captant de « Crépieux Charmy ». Elle est légèrement chlorée pour son stockage afin d’éviter la contamination dans les réseaux : c’est une eau d’excellente qualité. Mais le fait que l’on concentre la production de toute l’agglomération en un seul endroit et que le champ captant soit très superficiel et s’appuie sur une nappe du Rhône rend cette ressource très vulnérable à toute pollution de surface. C’est pour cette raison qu’une sécurisation par un pompage de secours dans le lac des « eaux bleues » de Miribel existe. Ce dernier, assis dans la nappe et situé en dehors des circulations superficielles du Rhône Amont, arrive en surface par un creusement artificiel (réalisé pour en extraire les graviers de construction) qui permet d’avoir entre cinq et huit jours de pompage en réserve en cas de pollution. On voit donc que « comprendre » l’eau c’est « comprendre et connaître son cycle ». C’est ainsi que le public en verra les enjeux.

Quels sont en particulier les risques de pollution pour le patrimoine fluvial (lônes, îles…) ?
Les ripisylves, les lônes, les îles, les marais situés au niveau de la Saône et du Rhône Aval (partie Ouest), ont une valeur écologique importante. Le projet du SMIRIL1 , lancé en 1992, est de retrouver un Rhône vivant en revenant à une situation de milieu humide. Les eaux qui s’écoulent en aval de la cité doivent donc arriver au fleuve en étant de bonne qualité. Aujourd’hui encore des efforts sont à faire pour améliorer la qualité de l’eau et mieux traiter les rejets car cette eau va être pompée à Givors pour son eau de boisson. Plus généralement, une vaste opération de lutte contre les toxiques au niveau du Rhône Moyen2 est ainsi mise en place. Cependant, le maillage des banques de données sur les rejets toxiques est complexe pour montrer une communication simple au grand public. Le réseau CAMALY améliore la situation par la collecte de données, mais seulement à l’échelle parcellaire, ce qui rend ambitieux une vision globale. Une réflexion au sein du Spiral Eau3 a eu lieu pour conduire des analyses en différents points : à Jons, au niveau du Port Saint-Bernard et de Chasse-sur-Rhône, du Pont Morand et de l’Ile Barbe. Une analyse physico-chimique est menée sur l’eau courante ainsi que sur les éléments fixés sur les briophytes (mousses naturelles fixant les produits) et les éléments solides dans les sédiments. Trois mesures par an sont prises pour avoir les données lyonnaises relatives au fleuve. Les données nationales ne suffisent pas : nous suivons ainsi l’évolution de la qualité des eaux. Plus généralement, la Mission écologie prend en charge l’observation des milieux écologiques superficiels et confie à la ZABR4 (zone Atelier du Bassin Rhône) l’analyse de l’incidence des toxiques sur la faune aquatique notamment à travers leur pyramide des âges. Des mesures sont réalisées depuis dix ans. Par ailleurs, l’Agence de l’eau contribue à l’élaboration du répertoire des émissions de produits toxiques dans l’eau.

L’écoulement des eaux de ruissellement ne constitue-t-il pas également un risque de pollution ?
En effet, notre climat continental a des incidences sur les milieux naturels qui s’assèchent en été et sont gorgés d’eau en automne. L’eau ruisselle et lessive les sols imperméabilisés, utilisés par les automobiles : des particules diverses issues de l’espace urbain se retrouvent concentrées dans le réseau et dans les ruisseaux. Un réseau unitaire existe dans la partie dense de la ville pour réceptionner l’eau de surface. Le volume des eaux de ruissellement le fait déborder. Pour éviter ce phénomène et le risque d’inondation, ces eaux de ruissellement sont dirigées vers le Rhône et la Saône d’où la nécessité d’avoir une vision très fine des réseaux hydrauliques en milieu urbain et de leur fonctionnement en cas de pluie. Dès les « années 70 », un réseau séparatif entre les eaux pluviales et les eaux usées à été mis en place à partir de la 1ère couronne en périphérie de Lyon, notamment à l’Est. Des bassins d’absorption existent autour de la ville pour infiltrer les eaux de ruissellement (après deshuilage et dessablage). Aujourd’hui la réflexion se porte sur les modes d’écoulement des eaux pluviales et de leurs traitements avant rejet dans le fleuve. L’observatoire des techniques hydrauliques urbaines (OTHU) a été créé depuis cinq ans dans cet optique. Notre objectif est de savoir comment éviter la pollution du milieu naturel par les eaux de ruissellement.

Novatech va justement porter sur la gestion des eaux de ruissellement, que peut-on en attendre ?
Il va rassembler de nombreux acteurs qui interviendront dans le domaine de l’hydraulique urbaine. Lyon est d’ailleurs reconnue internationalement à ce sujet. En effet plusieurs laboratoires se sont positionnés sur la recherche et le développement dans ce domaine tels que l’INSA, le CNRS, l’université Claude Bernard, le CEMAGREF et l’Ecole Nationale des Travaux Publics de l’Etat. Le GRAIE (Groupe de recherche Rhône-Alpes sur les Infrastructures et l’Eau) fédère ces différents acteurs au sein de plusieurs observatoires. Par ailleurs, ceux de la recherche médicale, fortement représentés à Lyon, se penchent aussi sur la question de l’eau, vecteur important de maladies ( polio, peste aviaire…). Depuis vingt ans, Lyon est un lieu d’expérimentation volontaire pour les universités et nous faisons parti des quinze villes dans le monde qui sont susceptibles de rassembler autant de chercheurs sur le sujet. Novatech devrait donc permettre de soulever des problèmes nouveaux relatifs aux pollutions des eaux de ruissellement. Au XIXème siècle, la priorité était d’éviter les épidémies, les eaux croupies et il fallait dans un mouvement hygiéniste les évacuer rapidement vers l’aval. On constate aujourd’hui en Occident que les préoccupations ne concernent plus l’approvisionnement en eau potable (encore que les nitrates soient de plus en plus préoccupants), ni même le traitement des eaux usées, mais véritablement la qualité des eaux de ruissellement. Elles posent non seulement la question de la pollution des rivières mais également celle des lieux de production d’eau potable car nous sommes tous dépendants les uns des autres. Elles posent aussi le problème des financements de cette eau qui n’appartient à personne mais qui concentre l’activité urbaine : ce sera vraisemblablement, dans les dix prochaines années, avec la perspective du traitement de ces eaux, les questions qui seront débattues…

1 Syndicat Mixte d’Aménagement des îles et des Lônes

2 Rhône amont : partie du fleuve inscrite au pied du plateau de la Dombes dans le paysage topographiquement plat de la plaine de l’Est. Cette coulée verte prend naissance au niveau du parc de la Tête d’Or en s’élargissant considérablement en direction de Miribel et de Jonage. Rhône aval : partie en aval de la ville de Lyon comprenant la partie fluviale de la vallée de la chimie et le Vieux Rhône, constitué d’îles couvertes de boisement alluviaux longés par le versant à dominante naturelle du plateau d’Irigny. Rhône Moyen : secteur entre le Rhône Amont et Aval.

3 Secrétariat Permanent pour la Prévention des Pollutions Industrielles et des Risques dans l’Agglomération Lyonnaise.

4 Cf. interview de Jean-Claude Bravard