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Ecologie des grands ensembles

Quartier des Noirettes à Vaulx en Velin© Laurence Danière

Texte d'auteur

Réhabiliter simultanément plusieurs centaines d’appartements, conçus rapidement à une époque où la performance énergétique, et le confort n’étaient pas un objectif prioritaire, relève du défi. Bouleversement des pratiques, des connaissances et de l’organisation même d’un secteur.
Article écrit pour la revue M3 n°7.
Date : 01/06/2014

En France, les grands ensembles de logements sont issus principalement des programmes de construction lancés après l’hiver 1954. Au coeur de l’évolution du secteur de la construction, les modèles industriels ont alors généré ces formes urbaines massives que sont les barres et les tours. Elles composent aujourd’hui un patrimoine vieillissant de plus de cinq millions de logements construits sans véritable préoccupation énergétique. Ces grands ensembles doivent être réhabilités pour remédier aux désordres du vieillissement du bâti et des équipements, mais également pour intégrer de nouvelles exigences de performance jamais demandées dans le passé. Il s’agit de rénover ces bâtiments en anticipant la pénurie de ressources fossiles et les changements climatiques annoncés pour le XXIe siècle. Or atteindre les niveaux les plus élevés en matière de performances énergétiques et environnementales pour des ensembles de plusieurs dizaines ou centaines de logements constitue aujourd’hui un véritable défi pour les acteurs de la construction. Comment réduire l’impact des grands ensembles sur l’environnement en créant les conditions d’un environnement intérieur sain et confortable pour tous les habitants ?

Résoudre l’équation de la performance
La performance énergétique des grands ensembles dépend de celles des différents logements qui les composent. Les appartements sont liés et solidaires les uns des autres. Ils présentent des tailles, formes et aménagements divers, différentes mitoyennetés (verticales et horizontales), différentes expositions, etc. La performance énergétique de l’ensemble dépend aussi des équipements individuels et collectifs existants, des systèmes de chauffage et des divers réseaux qui parcourent le bâtiment, de l’organisation et de l’utilisation des parties communes, des espaces de circulation. Elle dépend enfin du comportement des habitants, des stratégies de maintenance, de gestion et d’entretien, de l’environnement climatique (îlots de chaleur urbains)…
Dans ces conditions, il est difficile pour les divers acteurs de résoudre l’équation de la performance de la réhabilitation énergétique. Une équation qui interroge tant la pertinence des moyens mis en oeuvre, que l’efficience et l’efficacité des solutions proposées. Au fond, la réhabilitation a-t-elle permis de réduire la consommation énergétique du bâtiment, tout en garantissant un confort thermique maximal ?

Diagnostiquer, gérer, s’interroger
Pour optimiser les opérations de réhabilitation énergétique, plusieurs actions sont indispensables : Diagnostiquer le bâtiment existant et identifier les origines des consommations énergétiques comme des inconforts. Il faut rappeler que le confort n’est pas une notion subjective mais complexe. Sa caractérisation se fait à l’aide de multiples paramètres physiques, physiologiques et psychologiques (température d’air, humidité, vitesse d’air, température radiante, vêture, métabolisme, modes de vie, sensation, etc.). Il peut être évalué in situ par des mesures et des enquêtes.
– Mettre en place une gestion pluridisciplinaire efficace du projet de réhabilitation, prendre en compte le remplacement ou la complémentarité de techniques existantes et intégrer des techniques innovantes. Il s’agit de développer des techniques passives et hybrides adaptées à chaque bâtiment, et d’évaluer les performances à moyen et long terme.
– S’interroger dès la proposition de solutions de réhabilitation énergétique sur l’ensemble des conditions et impacts, qui vont garantir une performance réelle et soutenable. Ces conditions comprennent : la fiabilité des équipements techniques, leur robustesse, leur souplesse d’utilisation par les habitants, leur sophistication de réglage et coûts résultants de maintenance par des entreprises spécialisées, les risques sanitaires en cas de confinement excessif et dépendance forcée de réseaux de ventilation, le bilan énergétique et l’impact environnemental global de la production et utilisation de nouveaux matériaux, etc.

Responsabilité partagée et vision prospective
Les changements générés par les nouvelles exigences économiques, sociales, énergétiques et environnementales impactent fortement les savoirs et les pratiques du secteur de la construction. Le paradigme industriel, dominant au XXe siècle, apparaît parfois contraignant lorsque la fragmentation et la segmentation des connaissances ou des actions ne sont pas adaptées à la complexification des nouvelles générations de bâtiments. L’organisation des connaissances par disciplines et par métiers est aujourd’hui remise en cause.
L’élaboration des solutions de réhabilitation performantes doit également associer une approche locale à l’échelle du logement et une approche globale à l’échelle du bâtiment. Il ne s’agit plus de segmenter les solutions techniques, d’isoler les actions les unes des autres ou de décontextualiser les décisions. Les solutions ne doivent pas relever de transferts de responsabilité au sens où les « bonnes solutions » des uns seraient celles qui dictent un changement impératif de comportement des autres. Les solutions permettant d’optimiser la performance énergétique globale d’un grand ensemble relèvent d’une responsabilité partagée et d’une vision prospective.Alors que la transition énergétique va s’imposer aux acteurs de la réhabilitation des grands ensembles, il doit être envisagé de s’appuyer sur l’approche systémique afin d’agir dans la complexité. Les exemples de logements réhabilités avec de très basses consommations d’énergies fossiles sont encore peu nombreux. La précarité énergétique qui frappe plusieurs millions de Français témoigne du retard pris dans ce domaine.

De nombreuses opportunités
Non seulement la réhabilitation énergétique est un sujet d’actualité pertinent, mais c’est aussi une thématique extrêmement porteuse en termes d’emplois, de production et d’exportation. De nouveaux métiers apparaissent, de nouveaux objectifs pour le secteur du bâtiment se fixent, de nouvelles expériences se mènent, de nouveaux savoirs se produisent, de nouvelles performances s’obtiennent. C’est le moment de programmes ambitieux et à grandes échelles pour générer une nouvelle économie, une croissance verte.