Vous êtes ici :

Un exemple de la politique de la ville : le GPV de la Duchère

Interview de Bruno COUTURIER

<< [...] Le Programme National de rénovation Urbaine (GPV et ORU) a permis de faire des quartiers d’habitat social des quartiers comme les autres en rendant possible leur mutabilité. >>.

Date : 11/05/2009

Interview de Bruno Couturier, directeur du Grand Projet de Ville de La Duchère à Lyon dans le 9ème arrondissement

Propos recueillis le 12 mai 2009 par Catherine Panassier.Géographe de formation et après avoir travaillé en bureau d’étude, Bruno Couturier entre à la Communauté urbaine de Lyon en 1990 où il sera chef de projet dans le cadre de la Politique de la Ville pendant plusieurs années. En 2000, il devient chef de projet pour l’accueil des gens du voyage et les foyers de travailleurs migrants. En 2004, il intègre la mission concertation avec les usagers des services publics de la communauté urbaine et devient aussi co-animateur de l’atelier sur le renouvellement urbain de la conférence d’agglomération de l’habitat. Depuis 2006, il est directeur du Grand Projet de Ville de La Duchère. Le GPV de la Duchère est l’un des grands projets prioritaires de la Ville et du Grand Lyon. La Duchère est un quartier emblématique de la ville. À Lyon il y a trois collines, celle qui travaille (la Croix Rousse), celle qui prie (Fourvière), et la Duchère. Construits dans les années 60 en réponse à une crise aiguë du logement au sein de l'agglomération lyonnaise, les plus de 5000 logements, dont 80% de logements sociaux, abritaient, en 2003, 12 500 habitants contre plus de 20 000 quelques années auparavant. Victime des mêmes évolutions qu’une grande majorité des grands ensembles d’habitats sociaux depuis les années 1970, la Duchère a fait l’objet depuis 1986 de différents dispositifs dans le cadre de la Politique de la Ville (DSQ, DSU, GPU), mais sans que ceux-ci atteignent les résultats escomptés. Aussi, en 2003, pour améliorer les conditions de vie des habitants et transformer l'image du quartier, il a été décidé de mettre en œuvre un projet urbain plus ambitieux de restructuration du quartier. Celui–ci a pour objectifs la création d’une centralité à l’échelle du quartier ; la valorisation du cadre paysager et la création d’une nouvelle voie Est- Ouest  pour mieux relier le quartier au tissu urbain de l’ouest lyonnais.
Le projet de Renouvellement urbain prévoit également une plus grande mixité sociale et des activités par l’implantation de nouveaux équipements publics, de commerces et d’activités économiques et par un important programme de démolition de logements sociaux (afin de ramener le taux de 80% à 55%) et de reconstruction de logements en accession à la propriété (libre et sociale), en locatif libre et intermédiaire (1700 logements démolis et autant de reconstruits). Ainsi le GPV a pour objectif d’opérer une restructuration urbaine, mais aussi de recréer une mixité sociale.

Dans cette interview, nous reviendrons avec lui sur ce qui a motivé le GPV, sa réalisation et sur la progression de la perception du projet par les habitants. Nous aborderons également sa vision de l’évolution de la Politique de la Ville.

La Duchère est-elle un quartier symbolique de l’image des banlieues largement diffusée par les médias ces dernières années ?

Pour les habitants, la Duchère n’est pas vécue comme une banlieue. Et depuis 1986, toutes les actions entreprises dans le cadre de la Politique de la Ville ont œuvré pour que la Duchère ne le devienne pas. La Duchère est résolument un quartier de Lyon, directement rattaché au reste de la ville par le site propre créé dans les années 1990.

Qui sont les habitants de la Duchère ?

À l’époque de sa construction, la Duchère a accueilli des familles de Vaise qui étaient logées dans de mauvaises conditions, des familles en demande de logements après les démolitions de la guerre et des familles rapatriées d’Algérie. Une grande majorité de ces premiers habitants, bénéficiant de l’ascenseur social, ont quitté ensuite le quartier. De fait, aujourd’hui, la population du quartier est diverse. La Duchère présente la particularité d’une forte présence dans l’espace public à la fois d’une population très jeune et d’une population âgée. Au niveau économique, la population la plus ancienne correspondant à une petite classe moyenne et la majorité des ménages vit dans des conditions économiques précaires. À la Sauvegarde (l’un des quatre sous-quartiers de la Duchère), 45% des ménages se situent en dessous du seuil de pauvreté. Ce taux est de plus de 30% sur l’ensemble de la Duchère, aux environs de 10 sur l’agglomération et de 13% à l’échelle nationale.

Comment ce quartier a-t-il évolué ces vingt dernières années ?

Comme de nombreux grands ensembles d’habitat social, la Duchère a vu partir les classes moyennes et supérieures, mais probablement dans une moindre proportion tant l’attachement des habitants à leur quartier a toujours été important. Cet attachement au quartier s’explique par la richesse de la vie sociale et du vivre ensemble qui le caractérise, par cette capacité à vivre entre catholiques, protestants, juifs et musulmans. On compte pas moins de 85 % des ménages qui se déclarent bien dans leur quartier dans la 7ème enquête écoute-habitants conduite sur la Duchère, et dans le cadre du relogement lié au GPV, plus de la moitié des ménages souhaite rester habiter à la Duchère. Les nouveaux habitants perçoivent aussi ce phénomène qui a permis de garder une cohésion sociale, des solidarités, et de fait, le souci que cela perdure est aujourd’hui partagé avec les nouveaux habitants.

Avez-vous constaté un repli communautaire et une montée du fait religieux comme dans d’autres quartiers ?

C’est ce que certains nous disent. Mais il existe à la Duchère, depuis de nombreuses années maintenant, le groupe Abraham qui organise régulièrement des débats inter religieux ou des mobilisations à l’occasion d’événements, à l’exemple de la marche silencieuse après l’incendie de la synagogue (en 2002) ou de l’église (en 2006). Ce souci est présent dans l’espace public à la Duchère. Certes, il existe aussi des mouvements plus discrets et plus fermés, mais on ne peut pas parler de repli.

Comment les habitants vivent-ils au quotidien dans le quartier ?

Les gens les plus pauvres disent souvent que ce serait pire s’ils vivaient ailleurs. Le quartier vit plutôt bien grâce à la qualité du vivre ensemble que j’évoquais précédemment, cette « duchérité » qu’avait défini Annie SCHWARTZ (écrivain), mais aussi grâce à un ensemble de services : desserte TC, équipements sociaux et culturels, commerces présents dans le quartier, autant d’atouts qui facilitent la vie quotidienne des habitants. Et puis, et c’est assez fondamental à mon avis, à la Duchère, on peut toujours dialoguer, les choses se disent y compris lorsqu’il y a des problèmes de sécurité.

Qu’est-ce qui caractérise le quartier aujourd’hui ?
Les chantiers !
Aujourd’hui, aux quatre coins du quartier, il y a beaucoup de changements physiques, des chantiers de partout. Le quartier se transforme. Il est dans l’attente de la fin de ces transformations.

Depuis 1986, la Duchère a fait l’objet de différents dispositifs dans le cadre de la Politique de la Ville. L’ensemble des logements avait été réhabilité, les écoles rénovées, les espaces publics réaménagés, les centres commerciaux requalifiés. Et pourtant aujourd’hui le quartier est un grand chantier. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?
C’est vrai que les logements ont été réhabilités, mais plus ou moins bien et souvent sans grande exigence, notamment en termes d’isolation thermique. C’est vrai aussi que les écoles ou les espaces publics avaient fait l’objet d’une attention particulière. Mais en fait, il ne s’agit pas de dire ce qui a marché ou pas. Un processus était et est toujours en cours. Et c’est dans le cadre de ce  processus que l’idée d’une restructuration urbaine plus importante a émergé.

Concrètement comment en est-on arrivé à envisager un tel projet de recomposition urbaine et sociale de la Duchère et quels sont les principes et les objectifs qui ont prévalu dans la définition du GPV ?

À la fin des années 1990, l’adjoint à l’urbanisme de Raymond Barre, Henri Chabert, avait demandé à Alain Marguerit, le paysagiste qui était déjà intervenu pour la requalification de plusieurs quartiers en contrat de ville, de proposer un principe de restructuration des espaces publics de la Duchère. Ce dernier a démontré que l’on pouvait toujours envisager une multitude d’interventions sur les espaces publics, mais qu’aucune ne permettrait de transformer en profondeur le quartier. Aussi, s’en est suivi un travail d’élaboration d’un nouveau projet urbain qui permette de sortir d’une logique d’amélioration de l’existant des différents sous quartiers pour créer une centralité, et de mieux relier le quartier à son environnement, notamment à Ecully et Champagne. Ce projet de transformation, qui comporte la démolition de barres situées pour une part importante sur le tracé de la voie nouvelle Est-Ouest, pour reconstruire des immeubles de plus petite taille (R+7 au maximum), permet également un renouvellement et une diversification de l’offre immobilière, et par là même de la population. De fait, le Grand Projet de Ville de la Duchère est fondé sur un principe de restructuration urbaine qui permette à la fois de requalifier le quartier et de recréer les conditions de la mixité sociale.

Le fait que l’on aboutisse à un projet de démolition de prés d’un tiers des logements (alors que ceux-ci étaient tous occupés) après vingt ans d’intervention publique dans le cadre de la Politique de la Ville n’est-il pas l’aveu d’un échec ? Quel bilan faites-vous des différents dispositifs qui se sont succédés depuis 1986 ?

La principale limite de la Politique de la Ville est probablement dans son incapacité à mobiliser le droit commun. En effet, les financements de la Politique de la Ville n’ont jamais été vraiment relayés par le droit commun, c’est-à-dire par des financements des autres ministères ou services des différentes collectivités. C’est  vraiment une difficulté car peu à peu les actions ont été reconduites d’année en année sans qu’il soit vraiment possible d’en inscrire de nouvelles, et par là même d’innover. On a institutionnalisé pour reconduire. On a par exemple installé des compagnies artistiques  en résidence qui au fil du temps ont perdu de leur dynamisme et leur richesse de travail avec les habitants. Par ailleurs, on a peut-être plus répondu aux opérateurs, aux associations, qu’aux réelles et profondes attentes ou besoins des habitants.
Est-ce que l’on n’a pas fait ce qui était le plus facile à faire plutôt que le plus nécessaire ?
A t-on posé les bonnes priorités d’action ?
Je pense à la question des jeunes notamment. Ceci étant, je ne parlerais pas en termes d’échec. Je le redis, en matière de projet social et culturel de territoire, nous sommes dans une continuité et une progression, pas dans une rupture. Par contre, c’est dans les messages donnés aux habitants qu’il y a eu rupture. A un moment donné les habitants n’ont plus vu ce que l’on faisait en matière sociale mais uniquement le projet urbain et plus particulièrement les relogements et les démolitions.

Qu’est-ce qui vous a motivé à prendre la direction du GPV de la Duchère et comment les habitants percevaient-ils le projet lorsque vous avez pris vos fonctions en 2006 ?

Je connaissais bien la Duchère pour avoir travaillé de 1990 à 1995 aux côtés du chef de projet Bruno Voisin. Mais surtout, avant de m’engager pour le GPV, je travaillais au Grand Lyon pour la mission concertation comme co-animateur avec la Fonda Rhône-Alpes de l’atelier sur le renouvellement urbain de la conférence d’agglomération de l’habitat. Cet atelier était né suite aux états généraux du logement de janvier 2004 où les associations et collectifs de défense du droit au logement mettaient en cause la démolition des logements sociaux prévus dans le cadre des GPV et des opérations de renouvellement urbain. Leurs interrogations sur les conséquences des démolitions sur la demande en logement social étaient tout à fait légitimes compte tenu du contexte du logement déjà particulièrement tendu. Il manquait 42 000 logements sociaux pour satisfaire toutes les demandes et pour eux on risquait de creuser le déficit. Compte tenu de l’importance de ce débat, Gérard Claisse, Vice-Président à la démocratie participative et Maurice Charrier, Vice-Président à la Politique de la Ville, ont voulu créer un espace de dialogue co-présidé par Maurice Charrier, mais aussi par le sous-Préfet à la Ville. Dix séances se sont tenues avec les services de l’Etat et du Grand Lyon, les bailleurs (ABC HLM), des associations de locataires (CNL, CSF…) et des collectifs d’habitants de quartiers en renouvellement urbain (Bron, Vénissieux, Saint-Priest et la Duchère). Les maires n’étaient pas invités à participer aux débats qui ne portaient pas sur les projets locaux. Le principe était d’apporter des arguments croisés et de réfléchir sur des questions globales et transversales comme le relogement, l’entretien du patrimoine avant démolition, le suivi des démolitions–reconstructions, etc. De cet atelier est né notamment une charte du relogement qui présente l’ensemble du processus et notamment les droits du locataire.
Dans ce cadre, j’ai été amené à travailler en appui de la mission GPV de la Duchère pour suivre une campagne de consultation auprès des habitants. Cette enquête a fait remonter 250 propositions que les élus et les techniciens ont regroupé en trois thèmes : réussir à la Duchère, vivre à la Duchère et dialoguer à la Duchère. Et suite à ces propositions, le maire a pris 60 engagements. L’importance des demandes sur l’aspect humain du projet et la nécessité de faire partager un projet global de territoire a motivé ma candidature sur le poste de Directeur de Projet. L’enjeu était de conduire ce projet avec une information permanente et transparente et des actions de concertation clairement définies. Les habitants percevaient mal le projet. Ils étaient très réticents. Mon envie était de conduire un projet global, urbain, social, solidaire, participatif et durable.

Si les habitants étaient réticents au projet, n’est-ce pas parce qu’ils ont ressenti qu’au-delà de l’image de leur quartier que l’on voulait changer, c’était aussi leur propre image qui était remise en cause ?

En 2006 lorsque je suis arrivé, les choses commençaient à s’estomper. Mais en 2004, il est clair que même si ce n’était pas l’intention des acteurs du projet, la perception des habitants était bien que l’on voulait les « chasser de la Duchère pour en faire un quartier de « Bobos » ». De plus, une des deux premières démolitions a concerné une barre qui avait été réhabilitée quelques années auparavant et qui vivait bien.
Ce n’était pas l’image du quartier, ni le projet qu’il fallait changer, mais la représentation du projet.

Comment les habitants perçoivent-ils le projet aujourd’hui ?

Aujourd’hui, le projet a été largement présenté, expliqué, discuté et partagé, et beaucoup d’habitants y adhèrent. Le GTI (Groupe de Travail Inter Quartier), un collectif d’habitants créé au début de la Politique de la Ville, qui était en opposition au projet tel qu’il avait été présenté à l’origine semble rassuré sur les intentions, constitue une force de proposition importante pour l’enrichir, même s’il reste en veille sur la mise en œuvre.

Si les premiers nouveaux arrivants ont investi la première copropriété de 50 logements fin 2008, après la résidence étudiante de 143 logements, l’essentiel des nouvelles arrivées se fera dans les mois qui viennent car d’ores et déjà 232 des 307 logements mis en vente ont trouvé preneur. La Duchère semble être devenue attractive, pourquoi ?

Les prix sont particulièrement attractifs, entre 2100 euros/m2 en accession sociale et 2600 euros/m2 avec une TVA à 19,6%. L’essentiel des ventes est sur un prix moyen de 2300 euros/m2 avec une TVA à 5,5%. On est à plus de 1000 euros par m2 moins cher que dans le reste de la ville, c’est un facteur particulièrement attractif !
Mais si la Duchère est attractive pour une nouvelle population, c’est aussi par son emplacement qui permet un accès facile aux autoroutes ; sa desserte en transport en commun ; la présence de services, d’équipements et de commerces de proximité ; ses espaces verts et je le redis la qualité de sa vie sociale. C’est un quartier de Lyon où il existe un vrai vivre ensemble avec des gens d’origine différentes

Comment arrive t-on à des prix aussi bas ?
D’abord parce que la charge foncière est plus basse que sur le reste de Lyon (en rappelant qu’il n’y avait pas de marché), mais aussi parce que ces prix étaient imposés dans la consultation des promoteurs organisée dans le cadre de la ZAC.

Qui achète aujourd’hui à la Duchère ?

Avant le GPV, le marché de l’immobilier était bloqué, les propriétaires, déjà peu nombreux, ne bougeaient pas. De fait, ceux qui voulaient accéder à la propriété étaient contraints de quitter la Duchère. Ainsi, les premiers à avoir acheté, ce sont les Duchérois qui, enfin, ont pu trouver des opportunités dans le quartier. Puis, ce sont des habitants des quartiers voisins qui se sont portés acquéreurs de logements. En fait, 60% de ceux qui achètent aujourd’hui à la Duchère sont du bassin d’habitat (Lyon 9ème arrondissement et communes qui l’environnent). Ce sont en grande majorité de jeunes couples avec enfants ou avec enfant à naître. 89% des achats se réalisent dans un objectif de propriété principale. C’était l’un des objectifs fixé aux promoteurs, afin de limiter les investisseurs.

Pensez vous qu’ à la suite de la mort d’un jeune après une confrontation avec les forces de police, des émeutes soient encore envisageables où que la médiatisation d’une voiture brûlée risque de brutalement dévaloriser à nouveau l’image du quartier ?

Nous ne sommes jamais à l’abri d’un événement grave qui pourrait engendrer certaines violences et détériorer l’image du quartier.

Par rapport à d’autres grands ensembles ou ZUP, le projet initial de la Duchère tant sur le plan de l’urbanisme que sur celui de l’architecture, notamment au plateau, était d’une grande qualité. N’était-il pas possible de repartir du projet initial ? Pourquoi fallait-il détruire la barre des 1000 pour requalifier le quartier ?
La composition urbaine initiale était complexe et il était difficile de s’appuyer sur la trame existante, notamment pour créer des liaisons Est/Ouest et ainsi mieux ouvrir le quartier. Par ailleurs, il n’y avait pas de foncier disponible, il fallait donc pour reconstruire démolir l’existant. Enfin la barre des 1000, avec son ascenseur qui ne desservait pas tous les étages (1 étage desservi à niveau sur 3), ne correspondait plus aux normes d’accessibilité exigées aujourd’hui. Pour le reste, on valorise des éléments du patrimoine architectural remarquable du vingtième siècle à l’exemple de l’immeuble des Erables et bien sûr de la tour panoramique.

Le GPV est-il enfin le dispositif à la hauteur des ambitions de la politique de la ville ? Le devenir des grands ensembles d’habitats sociaux doit-il passer par l’éradication de ce qu’ils étaient ?

Certaines communes prônent dans le cadre du renouvellement Urbain la devise « du passé, faisons table rase ». Ce n’est pas le cas à la Duchère. L’objectif n’est pas de rayer, de raser, de démolir, mais de construire à partir des qualités du site et des dynamiques locales. Nous sommes à la Duchère dans une démarche de valorisation, avec notamment la réhabilitation des copropriétés, et de démolition pour reconstruire des immeubles de plus grande qualité pour améliorer encore la vie des habitants. Le principe de démolition bouscule les modes de penser car il est en fait assez récent. Jusqu’en 2002, il était interdit de démolir dans le cadre de la Politique de la Ville, le sujet était tabou. Or historiquement la ville est faite de mutations. Le Programme National de rénovation Urbaine (GPV et ORU) a permis de faire des quartiers d’habitat social des quartiers comme les autres en rendant possible leur mutabilité.
Nous sommes loin d’une idée d’éradication car nous sommes dans une démarche de projet urbain où les démolitions sont un moyen de faire évoluer le quartier sur lui-même. On ne rase pas tout, on fait évoluer le quartier en reconstruisant selon un nouveau plan de composition urbaine. C’est pourquoi nous ne parlons pas de rénovation, mais de renouvellement urbain.

À termes, en 2013, le pourcentage de logements sociaux ne devrait plus être de plus de 80%, mais de moins de  60%. Toutefois la majorité des logements seront encore des logements sociaux, ce pourcentage est-il suffisant  pour créer une véritable mixité sociale ?

Les promoteurs préconisent une répartition de 70% de logements privés et de 30% de logements sociaux. Au terme du  projet nous devrions nous situer à 55% de logements sociaux ce qui fera que la Duchère restera un quartier populaire, mais où nous aurons une mixité de l’habitat et donc une diversité des catégories socio-économiques.

En fait, le GPV va permettre de récréer la mixité qui existait lors de la livraison des immeubles dans les années 1960, les familles françaises, étrangères ou d’origine étrangère, cohabiteront avec les jeunes ménages de toute catégorie ethnique et sociale en attente de situation stable. Le GPV n’est-il pas un processus de réinvention des quartiers populaires ?

C’est vrai que les jeunes ménages qui arrivent aujourd’hui ont un profil proche de celui des ménages des années 1960 en terme d’âge et de situations professionnelles. On parle de quartier mixte plus que de mixité de population. Mais la Duchère est aussi attractive par son image de quartier « populaire  ».

Quelles sont, à votre avis, les  précautions à prendre pour que cette mixité perdure ?

Les nouveaux accédants à la propriété, sont, à 85%, occupants de leur logement et ils doivent rester un certain nombre d’années pour ne pas avoir à payer de plus value en cas de revente. Ce sont deux éléments stabilisateurs. Mais, la mixité dépendra de l’intégration des nouveaux habitants qui passera sans doute par leur implication dans la vie locale et les associations. Il faudra continuer à être irréprochable dans l’entretien et la gestion du cadre de vie et dans la poursuite de l’amélioration des services.  
Par ailleurs, le centre social du Plateau, vient en appui à la création de collectifs dans les nouveaux immeubles pour les aider à s’organiser, à se défendre, mais aussi pour organiser des événements à l’exemple de la fête des voisins. C’est un gage de réussite pour le vivre ensemble et pour que perdure la mixité que de créer des relations et un dialogue entre les copropriétaires et les syndics, les locataires et les bailleurs, les habitants et les associations, et bien sûr les habitants entre eux.   

À votre avis, la mixité urbaine, ainsi imposée par les GPV ou par la création de logements sociaux dans les nouveaux programmes d’habitat pour atteindre progressivement l’objectif de 20 % de logements sociaux dans les villes qu’exige la loi SRU, est-elle une garantie  de mixité sociale ?

La mixité urbaine n’entraîne pas forcément de mixité sociale. La mixité sociale, ça s’organise et ça nécessite un suivi et un accompagnement des nouveaux habitants. Par rapport aux ZAC classiques nous avons à la Duchère les moyens d’accompagner cette appropriation du quartier par ses nouveaux habitants.