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Génèse et missions de la Fondation Mérieux

Interview de Benoît MIRIBEL

<< La Fondation Mérieux a pour vocation de contribuer à la santé publique internationale par la lutte contre les maladies infectieuses >>.

Genèse et missions de la Fondation Mérieux présentées par son directeur général, en 2007 : Benoit Miribel.

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Date : 06/06/2007

Quel est le contexte de création de la Fondation Mérieux ? 
Charles Mérieux est à la tête de l’Institut Mérieux lorsqu’il lance la Fondation en 1967. C’est un moyen pour lui de maintenir la tradition pasteurienne initiée par son père, Marcel, au moment où la décision de développer la branche internationale de l’industrie est prise. Il souhaite agir directement dans les pays en développement en matière de santé et de formation. Son rêve était de vacciner tous les enfants du monde ! En 1968, il laisse la présidence de l’Institut Mérieux à son fils Alain. 1974 marque une étape importante tant pour la Fondation que pour l’Institut Mérieux : une pandémie de méningite africaine sévit au Brésil. Dépassé, le gouvernement brésilien lance un appel d’aide à l’international pour protéger la population par une campagne de vaccination. Charles Mérieux relève le défi : il est le seul producteur au monde à détenir le sérum adéquat. Epaulé par son fils Alain, ils mobilisent leurs équipes, font construire une usine supplémentaire à Lyon et parviennent à vacciner 100 millions de brésiliens ! La flambée est endiguée. Au cours de l’opération, Charles Mérieux réalise l’importance pour les médecins d’être déchargés des contraintes administratives et logistiques pour mener à bien leur mission. Il décide alors de former des professionnels de la logistique pour les opérations d’urgences. Il faut se replacer dans le contexte de l’époque pour bien saisir la portée de cette initiative : c’est en pleine Guerre Froide, les Nations Unies n’envoient ni force armée ni force médicale dans les pays en conflit et les grandes ONG de type Médecins Sans Frontières en sont à leurs balbutiements… En lien avec l’Armée et le Ministère des Affaires Etrangères, Charles Mérieux créé « Bioforce » en 1983. La Fondation Mérieux se place ainsi comme force d’action innovante pour la santé des pays en développement ou en crise. 

Comment votre parcours a-t-il croisé celui de la famille Mérieux ? 
J’ai débuté ma carrière à l’aéroport Lyon Saint-Exupéry comme responsable du marketing international de la CCIL . En 1991, après quatre ans d’activité, j’ai pris un an de congé sans solde et je suis parti comme volontaire avec Action Contre la Faim (ACF) au Libéria, en Irak et en Ethiopie. Après avoir réintégré mon poste à l’aéroport, j’ai proposé à ma direction la création d’un « Plateau Logistique Humanitaire » sur la zone fret alors en pleine expansion. J’ai été aiguillé vers la Fondation de Charles Mérieux qui a aussitôt décidé de mener une étude de faisabilité sur mon projet. Celle-ci a confirmé l’intérêt de créer "Bioport" sur l’aéroport de Lyon-Bron. En 1993, j’ai démissionné de l’aéroport pour assurer la fonction de responsable géographique "Asie, Afrique Australe et Balkans" au siège d’Action Contre la Faim. Charles Mérieux a demandé au Président d’ACF, José Bidegain, de me laisser suivre le développement de Bioport en parallèle. En 1996, Bioforce a vu l’un de ses trois financeurs, le Fond Social Européen, se retirer, ce qui signifiait 35% de budget en moins ! Il fallait absolument diversifier les activités et répondre davantage aux besoins des ONG professionnelles. Charles Mérieux a proposé Mme Lardy, son bras droit, pour assurer la présidence, et j’ai été élu Secrétaire Général. En 1997, j’ai été nommé Directeur de Bioforce. En sus de la formation longue, de nouvelles formations qualifiantes ont été lancées dans les domaines du management, de la gestion de projet, de la sécurité, de l’eau et de l’assainissement… Durant les cinq ans passés à Bioforce, j’ai régulièrement croisé Christophe Mérieux. J’ai proposé qu’il devienne membre de droit de l’association : à diverses reprises, son intervention a été décisive pour surmonter la perte du Fonds Social Européen. Le Docteur  appréciait l’intérêt de son petit-fils pour Bioforce. En 2003, Jean-Christophe Rufin m’a proposé le poste de Directeur Général d’ACF et nous avons pu relancer les activités de cette grande ONG, présente dans une quarantaine de pays. En juin 2006, j’ai de nouveau croisé Christophe Mérieux. Nous avons longuement échangé sur les enjeux des pays en développement et la position originale de la Fondation Mérieux, au carrefour de nombreux réseaux. Je crois que Christophe a parlé de cette discussion avec son père et de l’intérêt que je rejoigne la Fondation. Personne ne pouvait imaginer le départ de Christophe l’été dernier. La Fondation n’est plus la même, mais nous avons à cœur d’être à la hauteur des enjeux qu’il souhaitait relever dans le domaine de la lutte contre les maladies infectieuses. 

Quelles sont les principales missions de la Fondation Mérieux ? 
Elle a pour vocation de contribuer à la santé publique internationale par la lutte contre les maladies infectieuses. La Fondation s’engage en priorité dans les pays en développement, qui sont les plus touchés. Quatre types d’activité sont privilégiés : 

  • Le soutien à la recherche scientifique appliquée aux différents contextes locaux, en favorisant la coopération internationale entre scientifiques.  
  • L’appui aux transferts de connaissances en facilitant l’organisation de formations, colloques, séminaires, en France avec notre centre de conférences les Pensières (Annecy) ou à l’étranger. 
  • Le renforcement des infrastructures de santé, avec en particulier la construction ou la réhabilitation de laboratoires chargés de l’analyse et du diagnostic des maladies infectieuses, l’amélioration des équipements et la formation du personnel. Le rôle joué par les labos est essentiel car un mauvais diagnostic engendre souvent un mauvais traitement.
  • Le soutien aux personnes souffrant de maladies infectieuses, notamment les femmes et les enfants, à qui nous donnons accès au micro-crédit et à des soins adaptés.

Le budget de la Fondation Mérieux s’élève à 6 à 7 millions d’euros par an. Notre politique est d’élaborer des projets, d’investir des fonds propres et de rechercher des partenaires parmi les agences de coopération, l’Union Européenne et les Fondations privées internationales. En pratique, 80% de nos fonds sont destinés aux actions montées dans les pays en voie de développement. Les 20% restant sont injectés sur des projets régionaux spécifiques. Certains échouent, comme la tentative d’attirer l’ONU-Sida à Lyon, d’autres réussissent, comme l’ouverture du "Bureau OMS pour la préparation et la réponse des pays aux épidémies" en 2001. Notre équipe est composée d’une vingtaine de personnes à Lyon et d’une trentaine à l’étranger.