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Joseph-Marie Jacquard (1752 – 1834)

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Portrait de Joseph-Marie Jacquard

Étude

Joseph-Marie Charles, dit Jacquard, est né le 7 juillet 1752 Grande rue de l’hôpital à Lyon, proche de la place de la République actuelle, mais en partie démolie par les travaux d’urbanisme du préfet Vaïsse*. Baptisé à l’église St-Nizier, il est le cinquième enfant d’une famille qui va en comprendre neuf, mais dont seulement deux survivent, lui et sa sœur aînée Clémence.

Il apprend le métier de tireur de cordes ou de lacs, puis de tisseur dans l’atelier de son père. Quand sa mère meurt en 1762, ayant été instruit par son beau-frère imprimeur qui lui a montré d’autres horizons que la soierie, il quitte la Fabrique et exerce, jusqu’à ses 20 ans, de nombreuses activités : relieur, imprimeur, carrier, fondeur de caractères d’imprimerie, typographe.

Lui, qui n’a pas voulu exercer la profession paternelle, hérite en 1772 à la mort de son père de son atelier quai de Retz (ac. quai Jean Moulin).

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Date : 06/11/2007

Jusqu’à la cinquantaine, une vie entre errance et zones d’ombre

Commence alors durant près de trente ans une vie d’errance sociale et spatiale sur laquelle l’historien n’a que peu de renseignements fiables. A la mort de son père, n’ayant pas l’âge requis, il lui faut attendre pour devenir maître-fabricant, ce qu’il ne sera jamais, malgré ses déclarations, car aucun registre de la profession ne garde trace de son nom. Que fait-il, difficile à dire. En 1776, il habite rue Neyret et en 1778, il se fixe rue Bouteille. Il se marie le 26 juillet de la dite année avec Claudine Boichon en l’église de la Platière. Il leur naît en 1779 un fils, Jean Marie. Le recoupement d’informations permet de dire qu’il a alors des dettes qu’il éponge en vendant une partie de l’héritage familial, mais aussi en puisant dans la dot de sa femme.

Durant les années 1780, il n’est plus à Lyon et travaille en Bresse ou en Bugey comme chaufournier. Sa femme, qui est restée à Lyon avec son fils, tient un atelier de chapeaux de paille, quant au fils, il est tireur de lacs chez Pernon. Les biographes traditionnels veulent que Jacquard soit misérable, il semble que la réalité soit tout autre, même s’il existe des périodes difficiles. En effet, sa femme hérite à la mort de sa mère en 1784 d’une maison en indivision avec sa demi-sœur, quai de la Pêcherie où elle habite, mais aussi d’autres biens fonciers. De plus, la sœur de Jacquard, qui dirige l’imprimerie Barret après la mort de son mari, est très proche de son frère. On retrouve Jacquard à Lyon en 1791. Il habite l’immeuble du quai de la Pêcherie et est séduit par les nouvelles idées en cours. Pourtant, il n’hésite pas, lors du soulèvement de Lyon en 1793, à participer à sa défense avec le grade de sergent. Après le siège, il se cache. Pour échapper aux dénonciations, il s’engage sous un faux nom et combat en Alsace sous le commandement de Hoche et Pichegru. Quant à son fils, est-il alors avec son père et meurt-il dans ses bras après un combat ou disparaît-il dans des conditions obscures dont l’histoire n’a pas gardé trace ?

Là encore, la vie de Jacquard connaît une zone d’ombre. Après cet épisode militaire, déserte-t-il ou quitte-t-il l’armée ? Quoi qu’il en soit, il revient à Lyon vers 1794-1795. Est-il alors vraiment embauché comme ouvrier tisseur chez Pernon ou fabrique-t-il des chapeaux de paille avec sa femme ? La médiocrité matérielle de Jacquard régulièrement soulignée à cette époque appartient-elle à la volonté méritocratique de l’histoire républicaine de valoriser les biographies ouvrières ? En effet, les sources le campent davantage en bourgeois propriétaire. Ne se déclare-t-il pas rentier en 1797 ! Si l’histoire a du mal à se prononcer sur ses activités professionnelles, elle peut affirmer que la nuit, il étudie la mécanique et teste sur des métiers des améliorations techniques. A l’approche de la cinquantaine, le nom de Jacquard est encore inconnu sous les cieux lyonnais et nationaux. Lui, le touche à tout, va devenir inventeur et illustre.

 

L’inventeur

Le 13 messidor an VIII (2 juillet 1800), Jacquard se présente dans les bureaux de la préfecture, situés alors à l’hôtel de ville, pour déposer son premier brevet d’invention. Ce brevet, agréé par Chaptal ministre de l’Intérieur, est remis en mains propres à Jacquard le 18 janvier 1801. Ce brevet, décerné pour 10 ans, accorde le droit à Jacquard de fabriquer et vendre dans toute l’étendue de la République une machine destinée à suppléer le tireur de lacs dans les étoffes brochées et façonnées.

Il ne s’agit pas de la mécanique à la Jacquard avec cartons, mais d’une mécanique avec un nombre limité de pédales ou de marches permettant de faire de petits dessins géométriques ou floraux très prisés pour les gilets d’hommes et les robes de femmes. Dans la foulée de son brevet, il participe, sélectionné par un jury lyonnais, à la deuxième exposition publique des produits de l’industrie française au Louvre en septembre 1801. Il y obtient, pour sa première invention, une médaille de bronze. En ce début de 19ème siècle, Jacquard est en train d’acquérir une notoriété nationale.

Il faut attendre 1805 pour que le nom de Jacquard devienne célèbre. Il est alors membre de la Société des amis du commerce et des arts de Lyon, conseiller de la commission de la mécanique présidée par Gensoul, mais  ce ne sont pas ces titres qui sont responsables de la sa célébrité. Le 12 avril 1805, Napoléon et Joséphine visitent le palais St-Pierre lors de leur séjour à Lyon et découvrent le métier Jacquard. Le 27 août 1805, il reçoit, de la part de l’Académie de Lyon, le prix des inventeurs. A partir de cette date, il accumule les prix d’honneur et les récompenses.

 

Un notable reconnu 

De 1810 à 1817, il habite, avec sa femme et sa servante Marguerite Vignard, une petite cousine, 1 rue Puits d’Ainay (ac. Rue Adélaïde Perrin). Puis, il devient locataire de son ami Jean-Marie Benoit Bouchard, au 2 rue Vaubecour, seul immeuble encore debout de toutes les résidences de Jacquard. Bouchard propose la candidature de Jacquard à la Société royale d’agriculture, histoire naturelle et arts utiles de Lyon, qui regroupe des notables locaux. Il en devient membre le 19 décembre 1817 en même temps que Terme.

En 1819, lors de la 5ème exposition des produits de l’industrie française à Paris, il reçoit, même si son invention n’est pas visible à Paris une médaille d’or pour son métier à tisser les étoffes brochées et façonnées. Il est fait, le 17 novembre 1819, chevalier de la Légion d’honneur. En 1822, Guillard-Lièvre, qui vient de créer une école de commerce en face du pont Morand, demande à Jacquard d’assurer les cours de mécanique. Il réside souvent à Oullins dans sa maison de campagne du Clos Fleury dont il a la jouissance avec ses nièces pour avoir réglé les dettes de leurs parents. La commune, honorée par la présence de ce grand homme, fait la demande au préfet de nommer Jacquard conseiller municipal d’Oullins. Lors de sa nomination en 1826, le maire salue son entrée au conseil par ces mots : « votre nom devenu européen le rattache à l’une des plus belles découvertes que le génie lyonnais ait faite au profit de la richesse nationale ».

Après la révolution de 1830, lorsque le vote désigne le nouveau conseil municipal, Jacquard n’est pas élu. Il ne se mêle pas, lui le notable, à la révolte des canuts* de 1831, mais l’a-t-il été ! Le maire Prunelle fait réaliser l’année suivante, pour la galerie de portraits des Lyonnais célèbres, celui de Jacquard par Jean-Claude Bonnefond. Ce portrait orne d’abord le bureau du président du Tribunal de commerce et ne rejoint le palais St-Pierre qu’en 1995. Jacquard meurt le 7 août 1834 à Oullins. Enterré le lendemain matin dans le cimetière de cette commune, un mûrier est planté au chevet de sa tombe. Le 10 septembre 1835, un monument à Jacquard est élevé dans l’église d’Oullins.

 

Épilogue

Jacquard incarne à lui tout seul la canuserie lyonnaise. Or, Jacquard est-il vraiment représentatif de ce monde du travail et est-il vraiment le premier à avoir innover ? Qu’importe, c’est la mémoire, plus que l’histoire, qui a fait de Jacquard le pionnier de la modernité de la Fabrique lyonnaise, le « James Watt » local, celui qui a initié le travail de la soie vers des techniques plus mécaniques où l’homme laisse la machine faire le travail le plus rude. Il ouvre la lignée des grands inventeurs et innovateurs dont le 19e siècle lyonnais est porteur.