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Le dispositif santé psychique et logement et sa pérennisation

Interview de Marie-Christine PILLON

<< Le soin ne résout pas tout ; il faut également accompagner le parcours du patient, construire ensemble les conditions nécessaires à une future réinsertion sociale >>.

Entretien avec Marie-Christine Pillon, médecin chef, responsable du pôle intersectoriel de soins et de réhabilitation de l’hôpital Saint-Jean de Dieu, membre du groupe de travail « santé psychique et logement, piloté par le Grand Lyon.

Dans le cadre de la Conférence d'Agglomération de l'habitat, le Grand Lyon a initié un travail partenarial dans le but traiter la situation de familles en grande difficulté dans leur environnement. On a pu  constater, à cette occasion, qu'une part significative des familles approchées compte un de ses  membres comme souffrant de troubles psychologiques ou psychiatriques importants. La nature de ces troubles  dépasse les compétences des organismes qui interviennent habituellement en matière d'accompagnement social lié au logement. Pour y remédier,  une démarche a été engagée avec les hôpitaux psychiatriques de l'agglomération lyonnaise et avec  tous les organismes concernés par la santé mentale. L’objectif étant  de concilier le maintien ou l’accès au logement,  pour les personnes souffrant de troubles et d’assurer la tranquillité pour tous. Le Grand Lyon copilote ce projet avec l’État, en lien avec un  nombre important de partenaires : hôpitaux, bailleurs sociaux, bailleurs privés, CAF de Lyon, associations… Les "4 familles" de partenaires sont parties prenantes à ce projet (les bailleurs, les  hôpitaux, les associations et les familles, les intervenants sociaux et médico-sociaux).

Date : 30/06/2008

Comment avez-vous été amenée à participer au groupe de travail  sur le thème de la « santé psychique et du logement » ?

En tant que responsable du pôle intersectoriel de soins et de réhabilitation, j’ai été mandatée pour représenter l’hôpital Saint-Jean de Dieu au sein du groupe  de travail. Ce dossier a été initié par le Grand Lyon, pilote du projet, dès l’année 2002. Les hôpitaux psychiatriques  se sont quant à eux, impliqués dès le départ.

 

De quelle façon la problématique « santé psychique et logement » s’inscrit-elle dans la politique de santé mentale ?

Les modalités de la politique nationale de santé mentale et des directives ministérielles et régionales - directives du SROS - fixent le cadre des préconisations actuelles en matière de politique de santé. Ces préconisations prévoient, entre autres,  que les hôpitaux  doivent s’ouvrir aux réseaux médico-sociaux; cela fait désormais partie de leurs missions. Toutefois, au delà de ces exigences légales, il est évident pour nous, en tant que soignants, que l’accompagnement des patients ne s’arrête pas à la prise en charge médicalisée. Le soin ne résout pas tout ;  il faut également accompagner le parcours du patient, construire ensemble les conditions nécessaires à une future réinsertion sociale. 
Et l’accompagnement personnalisé ne peut s’envisager qu’au travers d’un projet commun, organisé autour de la situation particulière liée à chaque personne. La mise en place d’une mini-  équipe pluridisciplinaire  permet un traitement transversal pour répondre à cette problématique individuelle.

 

En quoi la mise en place de solutions pour l’accès au logement est-elle essentielle pour les personnes souffrant de problèmes de santé psychique ?

Les patients qui souffrent de difficultés psychiques déclenchent les symptômes de  leur maladie lorsqu’ils deviennent de jeunes adultes, entre 20 et 25 ans. On dit alors qu’ils « décompensent ».Ce sont des jeunes qui vivent encore dans leurs familles, parfois étudiants ou nouvellement embauchés. Ils n’ont jamais eu leur propre logement et leur parcours de vie projetée est « en panne » à cause de la maladie. Les premières années de cette « décompensation » sont consacrées aux soins,  avec souvent des hospitalisations et des allers-retours entre la cellule familiale et l’hôpital.
Arrive un moment, aux alentours de la trentaine lorsque la maladie est stabilisée, où se pose la question de l’insertion sociale. En effet plusieurs années sont nécessaires  pour que la personne intègre le fait qu’elle est malade et qu’elle doit renoncer à ses projets de vie initiaux. Elle doit alors « faire le deuil »  de sa vie projetée. A ce moment là, notre objectif vise à aider le  patient à se maintenir ou à s’intégrer dans des réseaux sociaux ordinaires. Parallèlement, nous devons accompagner le maintien au sein de la famille et réfléchir à la question de l’insertion par le logement. En effet, le maintien de ces patients dans leur famille génère souvent des situations difficiles, voire  conflictuelles, la solution étant, à ce moment là, que le patient, stabilisé,  puisse jouir de son propre logement ce à quoi beaucoup aspirent.La question de l’insertion par le logement reste donc cruciale, mais difficile à traiter en raison de la pénurie de logements, des difficultés économiques qui vont souvent de pair avec la maladie …. mais aussi en raison du regard que les bailleurs ou le voisinage peuvent porter sur la maladie mentale.

 

Comment se passent les relations avec les bailleurs ? Est-ce difficile ? De quelle façon travaillez-vous avec eux pour accueillir ces locataires ?

En effet, cela peut sembler difficile à priori, pour les bailleurs, d’accueillir des locataires qui présentent un handicap, quel qu’il soit. Mais cela devient  possible, si l’on se donne les moyens de leur offrir un accompagnement professionnel spécifique,  assorti d’un engagement des soignants d’être présents. 
C’est important que les bailleurs aient des interlocuteurs dans les différentes structures  qui gravitent autour des patients CCAS, MDR, SAVS (Service d’accompagnement à la vie sociale), SAMSAH (service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés)…Les bailleurs doivent pouvoir avoir pour correspondants les personnes intervenues dans le parcours de la personne ; ils mettent en place, ensemble, les conditions de son accueil.   Ce travail en commun préalable fait basculer  la façon d’appréhender les choses et modifie les regards ;  l’intégration devient une réalité et la discrimination positive pour les personnes handicapée une possibilité.

 

Quelles sont les modalités de fonctionnement du groupe de travail « santé psychique et logement » ?

Il y a plusieurs volets dans ce projet. 
On peut citer un des principaux outils de ce groupe de travail, le volet « formation/action ». La  formation  apporte à tous les acteurs en présence un niveau de connaissances partagées sur les problématiques liées à la santé mentale, sur la gestion des logements sociaux. Il y a là une véritable  mise en synergie des  professionnels des institutions et de différents horizons, issus d’univers professionnels très variés. Outre les apports en terme de connaissances et de méthodologie, ces formations favorisent la création de liens sur les territoires ; de véritables coopérations de travail  se mettent ainsi en place.
On peut citer à cet égard, le projet de maison-relais, sur Vénissieux avec Adoma (ex. sonacotra). Les acteurs de ce dossier  se connaissaient, mais de loin.  Grâce au projet « santé psychique  et logement », le décloisonnement a pu se faire, des liens de coopération se sont formés et,  au-delà du projet initial «  santé psychique et logement », un autre projet va pouvoir aboutir…Un autre exemple de partenariat qui vient d’être mis  en place récemment, c’est celui conclu entre l’Hôpital Saint-Jean de Dieu et la société immobilière Alliade, à Saint-Fons. Pour la période  2008-2009, une douzaine de logements seront à la disposition de personnes qui quitteront l’hôpital. C’est un signe que la confiance, petit à petit, s’installe…. Le volet action, quant à lui,  permet de travailler sur les pistes méthodologiques visant à régler les situations individuelles.

 

Comment envisagez-vous la pérennisation de ce dispositif ? 

Le Grand Lyon a apporté son dynamisme et le portage institutionnel et politique nécessaires à ce type d’action et  toutes les personnes concernées par le projet se sont engagées à soutenir la démarche qui concerne l’ensemble de l’agglomération. Une fois que la machine est lancée, effectivement,  comment peut-on déployer et pérenniser ce dispositif au niveau local ? Les conseils locaux de santé mentale (CLSM)   peuvent nous aider à poursuivre ce travail sur l’ensemble des secteurs car les CLSM sont implantés sur des secteurs, à l’échelle d’un  territoire de santé qui concerne 80 000 à 100 000 habitants.  Les CLSM rassemblent un réseau très large de soignants psychiatriques, de professionnels du domaine médico-social, d’associations, d’élus, de représentants d’institutions - éducation nationale, police, institutions culturelles…- En somme, tous les professionnels ou non qui contribuent à faire avancer la qualité de vie, au sens large, des personnes touchées par la maladie psychique.
Ces CLSM peuvent être soit des coquilles vides,  soit des dispositifs d’animations très dynamiques, tout dépend de ce qu’on en fait. La plupart ont mis en place une commission logement, cette commission peut se  révéler un rouage important du dispositif et  contribuer à faire avancer très largement l’action dans le domaine du logement.
La poursuite de cette action dépend aussi de l’engagement des secteurs psychiatriques, un secteur étant une entité qui rassemble, sur un même territoire, un ensemble coordonné  d’outils de soins ambulatoires associés à une ou plusieurs unités de psychiatrie dans l’hôpital de rattachement; ils constituent donc une clé d’entrée indispensable.