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Plus intelligents avec les NTIC ?

Texte d'auteur

Pression cognitive et surmenage intellectuel accompagnent souvent les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). Mais notre organisme a des stratégies de protection et notre cerveau des capacités d’adaptation qui sont loin d’être épuisées.
Texte écrit pour la revue M3 n°3

Je ne peux pas répondre en même temps à deux questions posées par deux personnes, mais je peux recevoir deux, trois, dix mails en même temps. Et pour savoir quel est celui auquel je dois répondre en premier, il faut que je les lise tous, alors que dans un dialogue normal, le plus pressé des interlocuteurs aurait indexé par l’émotion (la mimique, le ton de la voix…) le caractère prioritaire de son message. L’augmentation considérable du nombre d’informations à traiter est l’une des nouvelles causes de stress au travail. Elle nous oblige à faire appel de plus en plus fréquemment à notre capacité à diviser notre attention. Ouvrir plusieurs fenêtres d’un ordinateur en même temps demande à notre programmateur exécutif de grands efforts. Il doit garder en veille les informations de la fenêtre 1 pendant que l’on découvre la fenêtre 2 et qu’on anticipe sur l’ouverture d’une 3e fenêtre qui étayerait notre recherche. Cette sollicitation quotidienne par Internet de successions d’engagements et de désengagements attentionnels a évidemment un coût énergétique.
D’autant que ce type d’expérience s’est multiplié au quotidien. Une alerte mail pendant une conversation, le téléphone qui sonne pendant un repas, un message twitter pendant une réunion… Notre cerveau a ses limites en tant que « robot multifonctions », il peut se mettre à « ramer », comme le ferait un ordinateur.

La structure même de notre cerveau se modifie.
Notre cerveau n’en est pas à sa première expérience d’adaptation. Il saurait s’adapter aux fonctionnalités qui lui sont demandées même structuralement. Des travaux de recherche en imagerie cérébrale montrent que les chauffeurs de taxi londoniens ontun hippocampe postérieur (partie du cerveau qui joue un rôle déterminant pour stocker et manipuler les représentations spatiales de l’environnement) supérieure à la normale. Dans le nouveau type d’échange informatif lié aux NTIC, la circuiterie de notre cerveau devrait laisser place à des aires dédiées au déchiffrage d’informations visuelles complexes et abstraites.
Les nouvelles technologies soumettent l’individu à des situations nouvelles, mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour autant. Le cerveau humain s’adapte. Un travail récent publié dans Science par une équipe de psychologues de Harvard (B. Sparrow et collaborateurs) illustre la grande finesse de nos efforts de mémorisation. Au cours d’une épreuve, certains étudiants étaient informés de façon incidente que leurs données seraient sauvegardées dans l’ordinateur, d’autres recevaient l’information inverse. Il se trouve que ceux qui pensaient que la machine allait garder la mémoire de leur exercice ont conservé moins nettement et en quantité moins importante les données factuelles. Ceci illustre bien que nos capacités cognitives, mnésiques en l’occurrence, continuent d’obéir à des finalités adaptatives, même face aux NTIC.