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Nouvelles mobilités : quel rôle pour les collectivités ?

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Mobilités sur le territoire de la Métropole de LYon© NJ/Métropole de Lyon

Article

Trottinettes, scooters en libre-service.., nos manières de nous déplacer dans la ville sont en plein bouleversement et appellent à de nouvelles régulations. Alors que la LOM (Loi orientations des mobilités) est en cours d’adoption, la Métropole de Lyon initie le débat. Cette synthèse revient sur les idées- clés, ressorties lors d’une rencontre avec la Commission Consultative des Services Publics Locaux (CCSPL).
Date : 30/09/2019

« Le paysage de la mobilité change très vite. Le risque aujourd’hui est réel d’être dépassé par tous ces nouveaux services, soutenus à coup de milliards par les géants de l’industrie et du numérique.  Comment défendre le rôle de la puissance publique ? Comment préserver l’intérêt général ? »,  lançait Jean-Luc Da Passano, Vice-président métropolitain, en ouvrant la rencontre sur « Les nouvelles mobilités », organisée le 26 mars dernier. À la tribune, Pierre Soulard, responsable du service Mobilité urbaine à la Métropole de Lyon, et Benjamin Pradel, sociologue-urbaniste, exposent des pistes de réflexion. Passage en revue de ce qu’il faut retenir.

 

Les acteurs de la mobilité foisonnent, les genres s’hybrident

Vélos, scooters en libre-service, trottinettes en free-floating, transports à la demande, … les acteurs privés se multiplient dans tous les champs de la mobilité urbaine.  Industrie, transport, numérique : les genres s’hybrident, les technologies se mélangent avec des solutions de plus en plus poussées, intégrant toutes les étapes de la chaîne de valeur, au-delà du transport : services de mise en relation, billettique, applications géo- localisées (calculateur d’itinéraires), etc.

 

La data, une question phare

Tous ces nouveaux services produisent une foule d’informations en temps réel sur les usagers et leurs déplacements (en termes de durée, distance, parcours, profils), qui ont une valeur marchande : les opérateurs privés peuvent les revendre à des fins commerciales, les utiliser pour suivre les utilisateurs ou adapter leurs services.

 

Le MaaS, tous les services en « un clic »

Porté par ces évolutions, un nouveau concept s’apprête à révolutionner le secteur : le MaaS (Mobility as a Service). Demain, une application unique nous proposera un service de mobilité complet, incluant tous les modes de transports, privés ou publics. A l’instar de la téléphonie mobile, nous souscrirons à des bouquets de services mensuels (de kilomètres ou de trajets). La mobilité ne pourra plus se passer de ces plateformes qui, en agrégeant nos données, pourront nous offrir du sur-mesure.

 

Vers un service public local de la donnée : négocier des partenariats vertueux

En pratique, qui va récupérer nos données et les vendre ? Qui détiendra l’information et donc, le pouvoir ? Ces évolutions invitent les collectivités locales à repenser leur rôle comme organisatrices de mobilité. Désormais, l’enjeu pour elles, ne consiste plus tant à gouverner un réseau de transport par la data qu’à en assurer une bonne distribution. Elles sont appelées à devenir des « tiers de confiance » garantissant une diffusion ouverte et transparente des données de mobilité. Pour cela, elles disposent d’un levier puissant : la contractualisation. Elles peuvent négocier avec les opérateurs des conventions d’exploitations vertueuses en échange d’un accès au domaine public. D’ores et déjà, la Métropole de Lyon a négocié avec les opérateurs d’auto- partage de l’agglomération une mise à disposition hebdomadaire des données, assortie d’autres obligations (un service « 7jours/7 et 24 heures/24 » disponible y compris en périphérie lyonnaise et une transparence de la politique tarifaire).

 

Réguler l’espace public

C’est l’autre grand défi pour les collectivités. Car ces nouveaux services apportent leur lot de nuisances : espace public saturé ; abandons de véhicules en free-floating sur le trottoir, conflits avec les piétons...  En attendant la future LOM (Loi d'Orientation des Mobilités), qui encadrera notamment le free-floating, le Grand Lyon a engagé un dispositif de régulation : charte de bonne conduite, instauration d’une redevance d’occupation du domaine public (NDLR : cette redevance a été votée le 20 mai 2019 par la Ville de Lyon), et partenariat en bonne intelligence avec les opérateurs.

 

Préserver les principes d’intérêt général

Face aux nouvelles formes de mobilité, la puissance publique doit veiller à maintenir les grands principes d’intérêt général : assurer une continuité de service ; veiller à son accessibilité pour tous et à son adaptation aux nouveaux usages. Tout l’enjeu consiste à ne pas manquer les opportunités offertes, notamment en termes de mobilité douce, sans être dupes sur les risques et les dérives. Il est essentiel ne pas se laisser dépasser par les nouveaux opérateurs privés, pour défendre une mobilité durable, respectueuse de l’environnement et des prérogatives des citoyens.

 

Prendre du recul ensemble sur des questions de société   
Réfléchir avec les acteurs locaux aux enjeux des politiques publiques, c’est l’enjeu de ces rencontres-débats initiées par la Métropole de Lyon et la Commission Consultative des Services Publics Locaux (CCSPL). Le principe : croiser le regard de professionnels de la Métropole de Lyon et d’experts extérieurs (sociologues…), sur des sujets émergents, auprès d’un public élargi (associations d’usagers, élus, membres du Conseil de développement, autres collectivités…).

 

Télécharger les actes de la séance du 26 mars 2019