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La ville de Stockholm rejette le concept d’assimilation

Interview de Hakan ANDERSSON

<< La municipalité est en train de mettre en place un programme d’intégration qui servira de référence aux actions de la Ville pour l'amélioration de l’intégration et pour la réduction de la marginalisation >>.

Le programme d’intégration qui va être  mis en place par la Ville repose sur l’implication de tous les citoyens. Le rôle essentiel de la Ville de Stockholm est de jouer le rôle de catalyseur c’est à dire créer les conditions de l’intégration plutôt qu’élaborer des projets détaillés ou prendre en charge la vie des individus. Rencontre avec Hakan Andersson du service de l'intégration de la ville.
Propos recueillis pour le Cahier Millénaire 3, n°28 (2002), pp 70-71.

Réalisée par :

Date : 14/05/2002

La ville de Stockholm met en place un programme d’intégration. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?
La ville de Stockholm souhaiterait devenir la première ville au monde à enrayer le développement de la ségrégation sociale et ethnique. La municipalité est en train de mettre en place un programme d’intégration qui servira de référence aux actions de la Ville pour l ’ amélioration de l’intégration et pour la réduction de la marginalisation. Elle doit définir les valeurs qui motiveront les efforts de la ville pour promouvoir la diversité et l’intégration. Le programme repose sur les interactions entre les citoyens au sein des communautés spontanées de petite taille, sur la société civile et sur le droit des citoyens à maîtriser le cours de leur vie.
Le succès de l’intégration nécessite de faire confiance aux individus, aux cellules communautaires spontanées de base comme la famille, les cercles d’amis, les groupements de personnes dans le milieu du travail, les associations, etc., à l’expérience, au savoir et sur l’initiative des individus. La ville doit donc changer d’objectif, concentrer ses efforts sur l’autonomie et la participation accrues des individus et des groupes plutôt que leur offrir une assistance. Son rôle principal est celui de catalyseur : elle doit créer les conditions de l’intégration plutôt qu’élaborer des projets détaillés ou prendre en charge la vie des individus. Le programme insiste sur les axiomes fondamentaux de toute société démocratique, à savoir que la volonté des individus à œuvrer ensemble pour le bien commun est proportionnellement renforcée par l’État et la municipalité qui font respecter les Droits de l’homme pour chacun des individus et chacun des groupes. La ville de Stockholm doit poursuivre sa politique de promotion de l’autodétermination et de la participation démocratique des citoyens.
Le programme d’intégration mis en place par la ville de Stockholm s’appuie essentiellement sur les chiffres fournis par la municipalité et le Service de la statistique et de la recherche, qui sont publiés chaque année, ainsi que sur l’actualisation de certains chiffres clés. Le comité d’intégration est chargé de la coordination, du contrôle et de l’évaluation des efforts de la ville en matière d’intégration. Il est globalement responsable de la publication d’un rapport de suivi et d’évaluation des activités des entreprises et des différents comités. Il lui revient aussi de s’assurer de la disponibilité et de l’accessibilité d’informations sur les projets-pilotes de différents quartiers ou villes, ce qu’il réalise par l’intermédiaire de son site Web. Le comité travaille avec d’autres institutions, comme le Comité national pour l’intégration, le conseil de région et l’Union suédoise des collectivités publiques. Il coordonne les efforts de promotion de l’intégration et contribue à l’échange mutuel d’expériences en la matière. Il est chargé d’évaluer les besoins d’action et de proposer des initiatives de soutien aux élus sur les questions d’intégration, de démocratie et de diversité. Il doit aussi mettre au point des méthodes d’évaluation des efforts de la ville dans le domaine de l’intégration, de la démocratie et de la diversité. La ville de Stockholm s’est donné comme priorité de développer les “zones de croissance ” par l’intensification de l’activité industrielle et la dynamisation du marché du travail. Cela contribue à la généralisation du principe de la libre disposition de soi-même et valorise la diversité. Les instances dirigeantes et les comités locaux sont chargés d’élaborer des plans d’action concrets à partir de ce programme d’intégration. Le succès de l’intégration requiert la coopération généralisée des citoyens, de leurs organisations, des associations, du monde des affaires, de l’État, des autorités locales et des différents organes du conseil de région. 

Qu ’entendez-vous par "intégration","diversité"et "immigré"?
L’intégration développe chez les citoyens un sentiment de responsabilité à l’égard de la communauté, d’harmonie et de participation. L’intégration implique l’égalité entre les personnes, l’existence d’une communication efficace entre les individus de différentes origines sociales et ethniques, ainsi qu’une compréhension et un respect mutuels. Le bon fonctionnement d’une société intégrée et tolérante présuppose l’existence de lieux de regroupement, d’une langue, de cadres juridiques et de systèmes de référence communs. L’État et les municipalités doivent s’efforcer de fournir à leurs citoyens des conditions de vie identiques, ainsi que les mêmes opportunités pour élaborer et réaliser leurs ambitions. Aucun obstacle ne doit s’élever contre les ambitions des individus tant qu’elles ne remettent pas en cause les droits des autres individus et qu’elles ne vont pas à l’encontre de la loi.
Une société tolérante et intégrée reconnaît le droit des peuples à disposer de leur propre identité. La possibilité de se considérer comme membre d’un groupe linguistique, ethnique, religieux ou culturellement minoritaire est un droit de l’homme fondamental comme l’est également la possibilité de se voir reconnue une telle identité. À propos du terme de "diversité", il faut comprendre que tout résident de Stockholm est unique et différent de tous les autres habitants à de nombreux égards. Dans le cadre du programme d’intégration, nous considérons que la diversité se rapporte avant tout aux différences d’origine ethnique, religieuse ou physique, aux déficiences mentales, au sexe et à l’orientation sexuelle, à l’âge et à la classe sociale. L’objectif de la ville en tant qu’employeur est de mettre en valeur les qualités de tous les citoyens, en valorisant leur diversité.
Le groupe des immigrés n’est pas homogène. Des différences importantes existent entre eux, en fonction du contexte culturel et économique de leur pays d’origine, de leur niveau d’éducation, de leur origine urbaine ou rurale, etc. C’est pourquoi le terme d’"immigré" n’est pas adapté. Il suggère qu’il est facile de distinguer, parmi les habitants, les "immigrés" des Suédois, alors qu’à l’échelle historique, tous peuvent être considérés comme des immigrés, et que du point de vue de l’actualité historique ils sont tous suédois. Nombreux sont ceux qui considèrent que l’appellation d’immigré contribue au processus de marginalisation au même titre que le fait de recevoir un traitement différencié alors que ces personnes ont vécu la totalité ou une bonne partie de leur vie en Suède et y ont élevé leurs enfants. Par conséquent, il serait souhaitable d’adopter une nouvelle terminologie, qui
prenne en compte les souhaits des individus et des groupes en question, comme par exemple : un Iranien-Suédois ou un Finno-Suédois (construction analogue à celle du terme Suédo-Finlandais), un Suédois d’origine étrangère, un étranger de naissance, etc.
Faute d’un terme qui ferait l’unanimité et malgré ses défauts, le programme d’intégration emploie le terme d’"immigré" en référence aux citoyens étrangers ou nés à l’étranger.

Quelques mots sur l’assimilation. L’assimilation est parfois présentée comme une alternative à l’intégration. Comme la  ségrégation, l’assimilation peut être intentionnelle ou non. En général cependant, l'assimilation implique que les individus sont forcés à se renier et à rejeter leurs origines, leur langue et leur identité pour être acceptés par la population majoritaire. Les réfugiés et les immigrés sont contraints de manière unilatérale et artificielle à adopter la culture dominante majoritaire. Si la population majoritaire adhérait à un objectif d’assimilation, elle refuserait par-là même de saisir l’occasion d’enrichir et de développer la société et la culture suédoises. Cependant, l’histoire nous enseigne que notre société est le produit de plusieurs siècles de diverses influences culturelles, conceptuelles et empiriques. La culture d’une société n’est pas figée, elle est en perpétuel changement et en développement constant. L’assimilation appauvrit à la fois les individus et la société. La ville de Stockholm rejette le concept d’assimilation et cherche au contraire à promouvoir l’intégration avec pour double objectif l’égalité des conditions de vie et la diversité.