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Dresde : un débat qui s'essouffle

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Texte d'auteur

Le Dresdner Debatte, dispositif qui a valu à la municipalité de Dresde d’être reconnue pour sa politique participative, a fonctionné quatre fois depuis 2010. Avec lui, les habitants discutent pendant plusieurs semaines sur les enjeux d’aménagement, via un forum en ligne et l’Infobox, lieu d’échange direct avec les techniciens. Décryptage d’une expérience inscrite dans une forte tradition locale.
Article écrit pour le n°8 de la revue M3

Dresde a une forte tradition de mobilisations citoyennes construite par des événements marquants survenus au cours d’une histoire agitée. Ainsi, la Frauenkirche, église bombardée en 1945, a été reconstruite à l’initiative d’habitants. Les citoyens se mobilisent également spontanément pour réparer les dommages des inondations de l’Elbe — celle de 2002 ayant été ravageuse. Rappelant la contestation de Stuttgart 21, le conflit du pont de Waldschlösschen est ancré dans la mémoire collective. Des milliers de citoyens ont manifesté pour contester un projet qui défigurerait la vallée de l’Elbe, classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Ces expériences ont structuré la société civile locale autour d’enjeux d’aménagement et ont influencé les pratiques du service d’urbanisme de la Ville. L’intégration des citoyens dans la prise de décision est pensée à Dresde pour anticiper et désamorcer les conflits et créer du consensus.

Une combinaison d’outils « online » et « offline »
Quatre Dresdner Debatten ont eu lieu. Les premiers ont interrogé les usages de deux quartiers en voie de muséification, Neumarkt et Innere Neustadt, pour redonner une place aux habitants. Les suivants ont traité d’orientations globales et stratégiques, autour du plan de développement des transports en 2013 et du projet de territoire communal en 2014. Fruits du volontarisme politique et non de la réglementation, ils ont pour but d’instaurer un dialogue entre les politiques, les aménageurs et la population sans forcément aboutir à une décision concrète. Le couplage entre l’outil Internet et une présence des techniciens dans l’espace public vise à toucher un maximum d’habitants. Le forum Internet permet à chacun d’envoyer et de rendre publiques des contributions. Parallèlement, les habitants peuvent discuter directement avec les techniciens lors de permanences quotidiennes dans l’Infobox, conteneur aménagé en lieu d’information dans le centre-ville. Mais le Dresdner Debatte comporte des limites. Il arrive tardivement dans le processus de décision et les contributions des habitants ne sont que d’éventuels amendements ne remettant pas en cause un contenu déjà  arrêté. Malgré le recours à Internet, qui permet une participation de tous à tout moment, les conditions ne sont pas non plus optimales pour aller à la rencontre d’une grande diversité d’habitants.
On constate par exemple une surreprésentation d’hommes issus des quartiers centraux. L’Infobox est située dans un lieu fixe loin des quartiers de grands ensembles – la superficie de Dresde est sept fois supérieure à celle de Lyon –, le conteneur n’est ouvert que l’après-midi, ce qui exclut de nombreux actifs. L’ancrage de l’Infobox ne permet donc pas de s’adapter à la pluralité des situations et des caractéristiques socioéconomiques.

Discuter pour oublier les réductions budgétaires ?
Amorcé en 2002 avec un rapport intitulé « Pour une administration citoyenne », le développement d’une culture participative au sein de l’administration municipale à Dresde s’essouffle. La Ville a mené en 2013 une concertation sur les implications pour l’administration d’un soutien à « l’engagement citoyen » auprès de représentants de la société civile. Il est significatif que le rapport final ne mentionne pas la participation citoyenne à la prise de décisions, vidant le concept d’une partie de son sens. Encourager le bénévolat, mettre en réseau les organisations citoyennes à vocation sociale, créer une relation partenariale entre la société civile, l’administration et l’université sont autant de pistes ouvertes. Mais la vision normative du citoyen engagé dans la cité véhiculée par ce programme est peut-être un contrepoids à la réduction des dépenses communales, qui a suivi l’arrivée d’une coalition conservateurs-libéraux à la tête de la Ville en 2008. D’autant plus que la valorisation de l’engagement citoyen dans l’action sociale ne s’accompagne pas d’un transfert de ressources financières. Ce basculement peut aussi être lu comme une tentative par la municipalité de redéfinir la tradition participative de la société civile dresdoise, caractérisée historiquement par un mélange entre contestation militante et mobilisation pour l’intérêt général.