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Génèse d’une politique d’écologie urbaine dans le Grand Lyon

Interview de Jean VILLIEN

Armature verte et territoire urbain, carte extraite du SCOT Lyon 2030
Armature verte et territoire urbain© SCOT Lyon 2030

<< Le Ministère de l’environnement de l’époque s’est inspiré de la politique menée dans le Grand Lyon pour mettre en place une méthode de réalisation des chartes d’écologie urbaine >>.

Interview de Jean Villien, directeur de la Mission Ecologie Urbaine du Grand Lyon.

Le concept d’écologie urbaine, conforté par la conférence mondiale de Rio en juin 1992, a conduit le Grand Lyon à se définir une politique dans ce domaine. Deux chartes en ont été la traduction opérationnelle de 1992 à 2002.

Plus de cent cinquante actions ont été réalisées, un suivi et une évaluation permanente de la politique en matière d’environnement dans le Grand Lyon ont pu être menés. Croisée avec les  questions économiques et sociales, l’écologie urbaine est une partie intégrante du développement durable.

Date : 30/09/2008

A partir de quelle époque l’écologie urbaine a-t-elle été prise en compte dans les politiques de la Communauté Urbaine ?
A partir des années 80´. A cette époque, les questions d’environnement étaient déjà en partie prises en compte à travers les projets d’urbanisme. A l’agence d’urbanisme de Lyon, j’étais chargé de l’intégration des aspects environnementaux dans des opérations de type Zone d’Aménagement Concertée et infrastructures (voiries, réseaux etc.). Mais c’est surtout entre mars et septembre 1990, dès le début du mandat du Président Michel Noir, que le concept d’écologie urbaine a été forgé et s’est matérialisé.
 

Qu’est-ce qui a motivé cette prise en compte ?
Une poussée nationale forte des écologistes, l’arrivée d’élus de cette tendance au conseil de communauté et une sensibilité naturelle de Michel Noir à ce thème. Une nouvelle culture interne, une nouvelle approche philosophique et politique de la question ont émergé dans ce contexte.
 

Comment la sensibilité du Président Michel Noir à l’écologie s’explique-t-elle ? Quel était son projet ?
Il était connu pour s’inscrire dans une forme d’humanisme où l’intérêt général avait sa place. Il était positionné nationalement sur ce plan et était perçu comme ayant une « ouverture sur le monde ». L’environnement, la qualité de vie, apparaissaient dès lors comme une composante importante du développement urbain. Il s’agissait de tracer une nouvelle politique où l’écologie serait prise en compte de manière transversale, « intégrée », dans l’ensemble des politiques de l’agglomération.
 

Quelle forme a pris ce projet politique ?
Celle d’une sensibilisation des élus décideurs dans le bureau élargi pour introduire une culture écologique dans la pensée politique du Grand Lyon et celle de la création d’un poste au cabinet sur l’écologie urbaine . Cette politique a aussi pris la forme de l’organisation d’une consultation des conseillers communautaires, des acteurs de l’environnement et de la population, questionnés sur les priorités à mettre en œuvre. Enfin, d’un point de vue organisationnel, ce projet s’est traduit par la mise en place en avril 1990 d’une « cellule environnement » au sein du département « développement urbain ». De manière plus formelle, un débat exceptionnel a également eu lieu en mars 1991 pour tracer les contours de ce qui devait être la politique d’écologie urbaine.
 

Comment vous y êtes-vous pris pour consulter les acteurs de l’environnement de l’agglomération ?
L’ensemble des vice-présidents a été mis à contribution pour recueillir de manière publique les attentes et les buts poursuivis par le « monde de l’environnement ». La nécessité d’une grande réunion, sous la forme de rencontres annuelles où l’ensemble des acteurs œuvrant dans le domaine de l’environnement  était convié, s’est rapidement imposée. Elle devait servir de « pont » entre la population et l’instance politique qui devait répondre de son action.
 

Comment les élus verts ont-ils réagi face à la prise en compte de l’écologie urbaine par des élus d’autres tendances politiques ?
A l’époque, les élus concernés n’étaient pas véritablement en position de revendiquer une politique. Ils se sont positionnés davantage en force de proposition et d’impulsion de projets. A ce titre, Etienne Tête, représentant du parti des écologistes, a demandé qu’un document de référence soit mis en place. Il a proposé qu’une évaluation permanente de cette politique soit menée à travers la création d’un observatoire des changements écologiques. Cette demande répondait à une volonté de suivre le déroulement des actions et de pouvoir agir si nécessaire.
 

D’où est venu le concept d’écologie urbaine ?
De différentes réflexions qui ont eu lieu dès les années 70’- 80’. Tout d’abord, les grandes questions d’environnement à l’échelle planétaire (trou dans la couche s’ozone, forêt amazonienne, pollution des mers..) qui interrogeaient la croissance économique. L’idée que l’homme était un prédateur était mise en avant. Elle relayait le rapport intitulé "Halte à la croissance". Rédigé par le club de Rome , il prédisait l’épuisement des ressources de la planète d’ici la fin du 21ème siècle. Cet ouvrage était une référence en matière d’approche de l’écologie urbaine. Par ce concept, il faut entendre que l’espace urbain apparaît comme un territoire où il devient possible de conduire des politiques par l’homme et pour l’homme en étudiant la vie urbaine comme un écosystème. 

Par ailleurs, dès les années 90’, à travers le réseau des Euro-Cités (dont la présidence de la commission environnement était tenue par le Grand Lyon), des échanges de bonnes pratiques ont eu lieu entre les villes du Nord et du Sud de l’Europe, sur la manière de conduire une politique environnementale dans les grandes agglomérations. C’est à ces contacts que le concept d’écologie urbaine, puis de développement durable, abordé dans son vocable anglophone «  sustainable development », s’est progressivement imposé.
 

La conférence de Rio vous a-t-elle également inspiré pour développer l’écologie urbaine dans le Grand Lyon ?
Bien sûr ! Le Président et le Vice-Président Claude Pillonel y ont participé. L’idée que les villes rassembleraient l’essentiel des populations dans les prochaines décennies imposait une réflexion systémique. Le Grand Lyon l’a traduite par « Lyon n’est pas une île et doit s’intégrer dans l’espace mondial urbain »  et donc par le fait d’être solidaire des grands enjeux planétaires.
 

C’est dans ce contexte que la mission écologie est née ?
Oui, car il fallait appuyer cette politique par une organisation technique au sein de la Communauté Urbaine. Cela a permis d’asseoir notre démarche et d’avoir un nouvel affichage. Nous n’avons pas été les seuls car les autres politiques prioritaires, habitat, déplacement et économie, se sont vues doter de mission correspondantes. Au départ, la mission écologie urbaine a été prévue pour rassembler cinq spécialistes de l’environnement. Un budget de cinq millions de francs a rapidement été alloué. L’objectif initial de la mission a été de traduire les objectifs d’écologie urbaine dans un document technique, d’où la naissance de la première charte de l’écologie urbaine en 1992.

Parallèlement, la création de la mission répondait aux orientations du Schéma d’aménagement de l’Agglomération Lyonnaise, "Lyon 2010", sorti en mai 1992, qui renforçait la nécessité d’une gestion partenariale de l’environnement. C’est ainsi que des sujets tels que l’agriculture, les milieux naturels ou les risques majeurs, … ont été travaillés plus prioritairement au sein de la mission mais en ouvrant largement le partenariat.
 

Comment s’est opéré le montage de la charte de l’écologie urbaine ?
Tout d’abord, le cabinet a prévu de réaliser deux documents. Le premier était une présentation de la philosophie politique de l’écologie urbaine et des conséquences à en tirer sur les différentes politiques à mener : politique de l’eau, de l’air… Le second était une traduction technique sous forme d’un plan d’actions. Ce dernier a été réalisé sous l’égide du Vice-Président Claude Pillonel avec les services, les associations et les acteurs environnementaux. Plus de deux cent actions ont été proposées sous forme de fiches. Pour impliquer davantage les personnes concernées, le contenu des actions et le nom des référents qui devaient les conduire étaient indiqués.
 

Son adoption par les élus a-t-elle été facile ?
Oui, bien que nous l’ayons présentée sous  la forme de deux documents. Ils ont été votés le même jour à l’unanimité. Les élus de la Communauté Urbaine ont bien compris l’enjeu de tels documents.
 

Et les habitants du Grand Lyon ?
Aussi. Nous avons pu le constater lors de la sortie officielle de la charte en juin 1992, grâce à l’organisation d’une grande manifestation place Bellecour. Les habitants étaient conviés à participer à une grande consultation intitulée « je m’engage ». Sur les vingt mille personnes présentes, cinq mille d’entre elles ont accepté de s’engager à traduire à leur échelle individuelle les principes de l’écologie urbaine mis en place dans la charte de l’écologie pour l’agglomération. Cette campagne a été relayée ensuite par les « journées nationales de l’environnement » qui ont lieu début juin les années qui suivirent.
 

Qu’est-ce qui était moteur pour vous dans cette politique ?
Le sens nouveau apporté à l’approche des questions urbaines. Elle permettait de passer d’une conception technicienne, plutôt sectorisée, basée sur la mise en place de schémas de circulation, schémas des déchets etc., à une conception gestionnaire plus globale et fondée sur une politique transversale.
 

Comment cela se traduisait-il  au quotidien dans les services ?
La vision humaine basée sur un cadre de vie où il fait bon vivre  a redonné une approche différente, une nouvelle culture et une implication plus grande des personnels pour aller dans le sens d’une approche qualitative des politiques publiques du Grand Lyon. L’organisation physique des services n’a pas pour autant changé.
 

Comment cette démarche a-t-elle été perçue en interne ?
Plutôt bien parce qu’elle facilitait le travail des agents de la Communauté Urbaine grâce à la légitimité politique que la charte leur donnait. En effet, les réflexions préalables entre les élus et les services techniques prenaient corps dans un document de référence autour duquel les services se mobilisaient. Cette période a permis de redonner du sens aux politiques urbaines et une réelle dynamique.
 

En quoi la création de la mission écologie urbaine était-elle originale à l’époque ?
Cette démarche était unique en France parce qu’elle intégrait une vision globale et stratégique dans un contexte parfois trop technique. Au moment où le concept d’écologie urbaine a été mis en place, l’état de l’environnement du Grand Lyon résultait de vingt ans d’investissements dans les équipements du territoire tels que les réseaux, la voirie etc. La prise en compte de ce nouveau concept nous a donc permis de réfléchir autrement, en dépassant les seules questions de structuration technique et de rattrapage du retard dans la réalisation d’infrastructures communautaires. L’originalité de cette approche a été remarquée puisque le Ministère de l’environnement de l’époque s’est inspiré de la politique menée dans le Grand Lyon pour mettre en place une méthode de réalisation des chartes d’écologie urbaine.