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À Lyon, l’agriculture en étages

Interview de équipe Notus et ferme FUL

 équipe  Notus et ferme FUL
de gauche à droite : Philippe Audubert, Christophe Lachambre, Didier Gaydou,© NOTUS

<< Notre ferme urbaine répond au défi alimentaire mondial facilement reproductible car elle intègre la complexité des enjeux de la ville >>.

Comment nourrir en 2050 une population de 9 milliards d’individus, dont 70 % concentrés dans les villes ?  La future Ferme Urbaine de Lyon apporte une réponse inédite en France et audacieuse. Philippe Audubert, urbaniste et historien est, avec son agence NOTUS, à l’origine du projetqui verra le jour à Lyon en 2016.

Date : 24/06/2015

Quelles sont les grandes lignes de la Ferme Urbaine de Lyon (FUL)?

                                                                  La future Ferme urbaine de Lyon ( ©Buttarazzi Studio)

Le projet est développé par Didier Gaydou, architecte DLPG avec qui nous avons fondé l’agence NOTUS, Christophe Lachambre, cadre financier, et moi-même. La FUL veut répondre, à sa mesure, aux questions qui se posent à l’échelle de la planète. Comment produire une alimentation de bonne qualité dans une démarche soutenable, quand l’étalement urbain éloigne toujours plus les zones de production nourricière des zones de concentration démographique ? Notre Ferme Urbaine répond au défi alimentaire mondial par une unité de production maraîchère verticale en culture hors-sol (hydroponie), facilement reproductible car elle intègre la complexité des enjeux de la ville.

Quelles sont les grandes étapes du projet ?

Une première phase vient de s’achever avec l’INRA d’Angers et l’INSA de Lyon : il fallait faire sauter des obstacles comme le rapport du végétal à la lumière. La salade, notre modèle de travail, est un légume rustique et très populaire : les Français en consomment chaque année environ 23 par personne (27 millions par an dans le Grand Lyon !). Or une salade parcourt en moyenne 1 000 kilomètres entre le champ et l’assiette, toutes régions et saisons confondues.

Nous avons fait le choix de la culture en hydroponie car elle tend vers 0 % de nitrates et de pesticides grâce aux apports contrôlés en sels minéraux et nutriments. La construction assure entre 70 et 80 % d’humidité, des apports maîtrisés de CO2 et d’UV, des écarts de température inférieurs à 3 degrés…

Nos premières projections tablent sur une production de 600 000 salades par an, à coût réduit pour le consommateur puisque la logistique représente aujourd’hui jusqu’à 60 % du prix d’un pied. Nous mettons en place, à l’automne 2015, deux sites pilotes de 50 m2 chacun, l’un au lycée agricole Angers Le Fresne, l’autre dans une serre horticole de l’INSA sur le campus de LyonTech-la Doua à Villeurbanne. Quand nous aurons montré que le concept est maîtrisé, ces sites permettront de faire de la recherche et du développement avec d’autres plantes. 

À terme, toutes les grandes villes pourraient donc se doter de ce type de production végétale ?

Oui. Nous avons vocation à devenir un bureau d’études pour fournir des unités clé en main. Du fait de la culture agricole française, le sujet est encore peu perçu comme une priorité, mais nous sommes en train de créer un réseau d’experts. Et, récemment, Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, et Louis Schweitzer, commissaire général à l'investissement nous ont reçu et soutenu.

Une unité de production agricole urbaine coûte quelques millions d’euros, avec un retour sur investissement à sept ans. Elle peut être implantée sur des surfaces non utilisables, voire des friches polluées car toute la production est robotisée. Nous avons pris le contrepied des cabinets d’architecture en « éteignant » un peu le côté totem urbain de ce genre de réalisation. L’architecture viendra ensuite, en fonction de chaque site d’implantation. Dans la Vallée de la Chimie près de Lyon : nous sommes déjà identifiés comme des apporteurs de solution par des industriels qui veulent aller vers les cleantech, le biosourcé. Ce lien entre ville et campagne nous a toujours tenu à cœur !