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CLes pôles d'excellence de la région lyonnaise dans le domaine de la santé

Interview de Chantal RABOURDIN-COMBE

<< Il est fondamental de soutenir la recherche dite académique.Les laboratoires doivent également produire des résultats.Il faut investir dans la recherche fondamentale pour avoir des solutions et des produits innovants pour l’avenir >>.

Entretien avec le Professeur Chantal Rabourdin-Combe, directrice de l’IFR 128 "Biosciences Lyon-Gerland".

L'objectif de cette interview est d'identifier les pôles d'excellence de la région lyonnaise dans le domaine de la santé.
Cette excellence repose sur la complémentarité des acteurs de la santé et par leur niveau de compétences dans lequel la recherche fondamentale joue un rôle essentiel. A ce titre, les collectivités locales ont un rôle primordial à jouer dans cette mise en réseau.
La région lyonnaise est donc une région attractive au niveau de la recherche dans le domaine de la santé, pour les chercheurs étrangers, malgré un manque de structures d'accueil adéquates. 

Pour mettre en avant l’excellence lyonnaise dans le domaine de la santé, on énumère souvent les spécialités suivantes : immunologie, vaccinologie, virologie, infectiologie, épidémiologie, diagnostic. Où se situe précisément l’excellence de la région lyonnaise selon vous ? Pour quelles raisons ?
Ce qui fait vraiment l’excellence dans ces différents champs est le réseau de compétences. Dans la région, il y a une vraie tradition en recherche fondamentale dans ces domaines. Mais on peut aussi y associer d’autres compétences, concernant notamment les bases moléculaires de la différenciation cellulaire, de la génétique… Le réseau est excellent, notamment grâce à la présence d’une excellente recherche fondamentale.

Comment voyez-vous les choses évoluer dans les années qui viennent ? cette croissance va continuer ?
Probablement, une unité de génomique fonctionnelle va se mettre en place et permettra d’aborder d’autres thématiques de biologie des systèmes intégrés (homéostasie cellulaire, autres modèles…) qui nous seront utiles pour nos travaux. Le développement de l’Infectiopôle va certainement favoriser les équipes travaillant dans ce domaine, mais il est aussi important de ne pas trop cloisonner ces thématiques. Il est souvent très utile de sortir un peu de sa spécialité et d’échanger avec des équipes dont les préoccupations et les compétences sont différentes. Par exemple, la connaissance des cellules souches permet de contrôler leur différenciation, de bloquer cet état et permet de développer un vaccin dans un tel système cellulaire. Comprendre les virus émergents est aussi essentiel, par exemple comment, en passant de l’animal à l’homme, le virus de la grippe aviaire devient virulent.

Le pôle de compétitivité LyonBIOPOLE met en relief la complémentarité de l’agglomération grenobloise dans ces spécialités notamment par le biais de nanotechnologies. Partagez-vous cet avis ?
Oui, l’agglomération grenobloise, avec de grands équipements, a beaucoup d’atouts. Il y a aussi des compétences en biologie structurale à Lyon. L’important réside en effet dans la complémentarité des compétences.

La logique d’un technopôle est de réunir des compétences … Pour quelles raisons ?
Au niveau de la recherche fondamentale, une approche transversale des thématiques est nécessaire. La réunion des compétences est favorisée par de telle structure. C’est particulièrement vrai en recherche fondamentale. Certes, il faut exister scientifiquement au niveau mondial mais la biologie reste une science expérimentale qui nécessite des plateaux techniques. Pour cette raison, il est très utile d’établir des connexions entre tous les membres d’un réseau, de favoriser le développement de plates-formes technologiques… Les plateaux techniques répondent aussi à un besoin croissant de grands équipements. C’est là où la logique territoriale est importante. On peut citer le laboratoire P4 qui est un outil d’analyse des agents infectieux de classe 4. Mais une fois que ces agents ne sont plus pathogènes, il est possible de les étudier dans d’autres structures.

Comment voyez-vous évoluer la recherche dans ces domaines ?
L’avenir est vraiment dans une approche transversale des problématiques. Nous devons conjuguer les différentes approches : structurale, fonctionnelle…, utiliser la modélisation moléculaire, donc faire appel à la bio-informatique, aux modèles mathématiques… L’expérimentateur isolé n’existera plus dans 20 ans. Les programmes de recherche seront préparés, planifiés, soumis à des comités (scientifiques, éthiques…), expérimentés sur des grandes plates-formes techniques, analysés… C’est déjà le cas pour certains projets, notamment ceux concernant les agents infectieux de classe 4 car ils exigent de travailler en laboratoire très spécifique, ou ceux impliquant des modèles animaux. Une nouvelle biologie se met en place : nous assistons vraiment à un tournant important ! Les technopôles ne sont pas forcément les seules solutions, et au-delà de ces plates-formes ouvertes aux industriels, il est fondamental de soutenir la recherche dite académique. Les laboratoires doivent également produire des résultats. Il faut donc investir très rapidement dans la recherche fondamentale pour avoir des solutions et des produits innovants pour l’avenir. Il est nécessaire d’équilibrer et d’alimenter tous les « nœuds » du réseau, y compris la recherche fondamentale, qui est tout au début de cette chaîne de compétences.

Quels sont les atouts & les faiblesses de la région lyonnaise pour le futur ?
Les liens entre chaque acteur peuvent encore être améliorés. En Rhône-Alpes, tous les acteurs sont présents et commencent à se connaître, à échanger, à se connecter… l’élan est là ! Les collectivités locales apportent leur soutien à ces liens entre recherche fondamentale/innovations/industriels. Mais ceci doit être davantage soutenu par une volonté nationale.

Considérez-vous la région comme attractive ?
Il y a eu de gros efforts de faits (le développement du quartier de Gerland en est la preuve) mais il y a encore des faiblesses. L’accueil des chercheurs étrangers reste insuffisant. Il est nécessaire de mettre en place rapidement un service d’accueil pour les étudiants, les doctorants, les jeunes chercheurs («post-doc »)… Certaines petites villes en France sont mieux organisées que nous. Beaucoup de personnes aimeraient rester et travailler plus longtemps avec nous, mais il y a très peu de postes académiques, les possibilités de CDD à long terme sont encore plus rares… Si on ne regarde que le quartier de Gerland, on peut réellement parler d’attractivité. Le site a considérablement évolué ces 20 dernières années : en 1987, il y avait seulement 6 équipes en Biologie, aujourd’hui, 60 équipes sont présentes ! Et il y a vraiment d’excellentes équipes. Une telle progression est, à ma connaissance, inédite en France.

Pouvez-vous nous expliquer l’organisation et les compétences de l’IFR 128 ?
L’IFR 128 BioSciences Lyon-Gerland regroupe 10 unités de recherche soit 60 équipes (plus de 600 personnes). Les différents partenaires sont les suivants : l’INSERM, le CNRS, l’INRA, l’ENS, l’UCBL, l’Institut Pasteur, les HCL et BioMérieux. Neuf axes de recherche ont été définis, trois concernent l’infectiologie : « Biologie du Système Immunitaire et des Agents Infectieux », « Virologie, vectorologie, transfert de gène et thérapie génique », « Agents pathogènes de classe 4 ». Les équipes peuvent appartenir à plusieurs axes : des échanges scientifiques et de savoir-faire technologiques se créent. Six « plateaux techniques » ont été créés au sein de l’IFR : analyse génétique, production et analyse de protéines, centre commun de microanalyse des protéines, cytométrie en flux, imagerie/microscopie, plateau de biologie expérimentale de la souris. Une quinzaine de personnes de l’IFR font vivre ces plateaux techniques et travaillent ponctuellement avec les différentes équipes. Il ne s’agit donc pas seulement de mise en commun de matériel mais également de compétences humaines. Nous travaillons avec l’hôpital de la Croix-Rousse et surtout avec l’hôpital Lyon-Sud pour des activités de recherche clinique. Deux équipes de l’IFR sont des équipes mixtes CNRSBioMérieux. Mais chaque équipe a ses propres contrats industriels. Ces collaborations ne sont pas de simples prestations de services mais de vrais projets scientifiques. Ces échanges seront peut-être favorisés par la création du pôle de compétitivité LyonBIOPOLE.