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MJC et transmission des valeurs de l’Education populaire

Interview de Maurice CHEVRETON

Président du Comité local des MJC de 1997 à 2008

<< Le Comité local qui réunit les douze MJC de Lyon autour d’objectifs communs est un capital énorme, une vraie richesse, un contexte rare en France et dans notre région. >>.

Interview de Maurice Chevreton, Président de la MJC Monplaisir de 1994 à 2005, membre du Conseil de développement du Grand Lyon depuis 2006.

Réalisée par :

Date : 01/03/2010

Originaire d’une commune près de Roanne dans la Loire, fils d’un contremaître en maçonnerie, Maurice Chevreton sera l’un des rares de son milieu et de sa génération à poursuivre des études. Après sa licence, il deviendra assistant à la faculté, passera sa thèse en lien avec le laboratoire de Louis Neel qui sera par la suite prix Nobel de physique. Puis, dans le sillage des audacieux créateurs de l’INSA, Jean Capel et Gaston Berger, il rejoindra cet institut où il créera et dirigera son laboratoire. Il a ainsi réalisé son premier rêve, celui de faire de la recherche scientifique. Et pourtant, cet enseignant chercheur à l’INSA dans les domaines de la physique et de la cristallographie, va largement s’impliquer dans un domaine bien différent, celui de l’Education populaire. En effet depuis plus de trente ans, il milite ardemment au sein du réseau des Maisons des Jeunes et de la Culture, un autre rêve, moins conscient et pourtant à la source d’un engagement inébranlable.

Dans cette interview, il revient sur les raisons de son engagement et sur la transmission des valeurs de l’Education populaire. Il évoque aussi  les raisons de la création du Comité local des MJC, instance lyonnaise unique en France, et l’évolution de sa mission au fils des années.  Il retrace les grandes évolutions des Maisons des Jeunes et de la Culture et de leurs relations avec la Ville de Lyon. Il s’interroge enfin sur ce qui reste de la République des jeunes, sur le « modèle lyonnais » et trace des perspectives pour demain.

L'interview....UN ENGAGEMENT

Qu’est-ce qui personnellement vous a conduit à vous engager dans le réseau de l’Education populaire et plus particulièrement au sein de la MJC Monplaisir, puis à la Présidence du Comité local, et êtes-vous engagé dans d’autres associations ?
En tant qu’enseignant chercheur, depuis ma retraite, j’ai longtemps été sollicité par des sociétés scientifiques liées à mes domaines d’activités professionnelles. J’ai toujours de l’intérêt pour la science. Cependant, en organisant la relève dans mon laboratoire lorsque je suis parti, j’ai en quelque sorte tourné la page. Et, il me semble difficile de continuer à m’impliquer dans ce domaine sans être un chercheur actif. De plus, sans que ce soit l’expression d’une volonté délibérée, je me suis engagé presque instinctivement au sein de la MJC, j’ai senti que j’étais dans une voie où je pouvais être utile. Bien sûr, c’est beaucoup moins prestigieux que de fréquenter des cercles scientifiques, mais pour moi, tellement plus gratifiant.
En tant que représentant du Comité local des MJC, je participe notamment au Conseil de développement du Grand Lyon et à la Commission extra-municipale pour soutenir les projets des jeunes (PRODIJ). Personnellement, et depuis de nombreuses années, je participe à la chorale de la MJC Monplaisir, à un club de lecture et milite dans une association de défense de la langue Française et pour une association humanitaire qui œuvre au Burkina Fasso.
 
Vous êtes un catholique, croyant et pratiquant : est-ce la raison de votre engagement ?
J’ai eu une éducation religieuse. Cependant, je ne sais pas si c’est la religion qui me motive. Je crois que c’est un tout, un ensemble d’influences qui constitue une éducation qui forge une personnalité qui ensuite va agir. Et puis, d’une certaine façon, je trouve dans les MJC des valeurs évangéliques !
Comment expliquez-vous alors votre appétence pour l’investissement militant ?
J’ai effectivement une forte volonté d’agir et d’être utile, mais aussi de garder ma liberté. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai opté pour un engagement plus social que politique. Chaque personne, par son éducation et sa personnalité, a un profil particulier et c’est à chacun de trouver sa voie.
Par ailleurs, je crois vraiment en l’exemplarité des parents. Mon père m’a beaucoup marqué et je pense qu’il m’a influencé. Contremaître en maçonnerie, il était très apprécié dans son travail, mais aussi très dévoué envers les autres. Il était Conseiller municipal de notre commune près de Roanne, militant laïque. Il tenait à ce que ses enfants soient de bons élèves et apprennent un métier. Et même si, à l’époque, c’était très mal vu d’aller encore à l’école à 16 ans plutôt que de travailler, mon père a laissé ses enfants poursuivre des études.
Je crois aussi que ma génération a été profondément marquée par les années de guerre. Personnellement, j’ai eu la chance de ne pas aller me battre, mais je demeure marqué par cette période. Le 5 juin 1944, Pétain défilait dans la grande rue de Saint-Etienne qui avait subi quelques jours auparavant un bombardement américain faisant 2000 morts. Le 6 juin, alors que les Américains débarquaient en Normandie, avec deux copains, nous passions, dans cette ville, le concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs. Je me souviens des couvre-feux, de la peur au ventre des patrouilles comme lors de notre retour à Roanne à la nuit tombée après avoir passé le concours de l’Ecole Normale, nous devions prudemment marcher au milieu de la rue pour ne pas attirer la suspicion des patrouilles allemandes. Comme le soulignait Jean Boissonat lors d’une récente conférence à Lyon, on parle avec beaucoup de  gravité de la crise actuelle, et l’on oublie le traumatisme que nous avons connu quand, soudainement, les Allemands ont envahi notre pays, nos villes, nos villages. De tels événements nous font grandir vite et probablement nous imprègnent de l’importance de « penser collectif ».
Je crois enfin que le scoutisme m’a aussi beaucoup apporté. Lorsque j’étais en pension à Saint-Etienne, des camarades m’ont entraîné dans cette expérience et vraiment c’était une bonne chose, elle m’a endurci, permis de grandir et souvent aidé à traverser des épreuves. D’ailleurs ma présence dans le mouvement des MJC représente en quelque sorte une continuité de ce passage dans le scoutisme laïc des Eclaireurs de France.
Pour vous la transmission est-elle importante, quelles valeurs souhaitez-vous transmettre et quel passeur êtes-vous ?
C’est une question difficile, je ne sais pas si je transmets et ce que je transmets, peut-être que les choses se font d’elles mêmes. L’importance de ne pas se recroqueviller sur soi et de penser collectif est probablement le message le plus important que je souhaite transmettre. J’ai une conscience aiguë des limites de ce que l’on peut faire individuellement, mais une goutte d’eau ajoutée à d’autres gouttes d’eau finissent par faire des ruisseaux qui forment des rivières….. !

LE COMITÉ LOCAL DES MJC

Pourquoi existe-t-il un Comité local des MJC à Lyon ?
Le Comité local des MJC a été créé à Lyon dans les années 1960 à la demande de la Ville de Lyon. Sa vocation était de servir de relais entre la municipalité et les différentes maisons. La Ville versait une subvention globale au Comité Local, charge à lui de la répartir entre les maisons en fonction de différents critères : nombre d’adhérents, taille des locaux… Les plus petites structures bénéficiaient d’un bonus pour pouvoir se développer. Ce fonctionnement à duré jusqu’au début des années 1990, jusqu’à ce que la Loi Sapin interdise aux collectivités locales d’attribuer des subventions à des associations via un intermédiaire. La Ville a alors été contrainte de verser ses subventions à chacune des maisons et, le Comité local a été remis en cause. Certains effectivement ne comprenaient plus son utilité. Cependant, à travers le Comité local, des liens s’étaient créés entre les MJC et avec la Ville. Des habitudes de rencontre et d’échange avaient été prises, une certaine coordination des points de vue permettait des positions communes. Nous étions donc plusieurs à penser que ce lien que représentait le Comité local devait perdurer. Il était d’autant plus nécessaire qu’à l’époque les différentes MJC lyonnaises appartenaient à des fédérations différentes : à la FRAL qui était majoritaire ou à la fédération concurrente, l’UNIREG. Cet éclatement des MJC était l’aboutissement d’un processus plus ancien, le résultat de la remise en cause de la Fédération Française qui avait éclatée suite à une mauvaise gestion et entraîné la création de fédérations régionales. Dans notre ville, le Comité local était le seul lien qui réunissait toutes les tendances.
Quel est, aujourd’hui, le rôle du Comité local des MJC ?
Concrètement, il représente un organe de cohérence politique et de représentation des MJC de Lyon auprès des Collectivités locales. C’est un lieu de solidarité entre les maisons et d’appui à leurs projets. Aujourd’hui, la Fédération Rhône-Alpes des MJC n’a plus de concurrents locaux et collabore dans une bonne entente avec le Comité local de Lyon. Cette saine collaboration est très importante. Par ailleurs, je mesure l’engouement partagé pour une cohésion des MJC. J’en suis très heureux car c’est ce à quoi j’ai œuvré pendant plus d’une dizaine d’années en tant que Président du Comité local. Et pourtant, en période de crise, la tendance est plutôt au repli sur soi. C’est un capital énorme : Lyon avec ses douze MJC qui s’entendent bien, c’est une vraie richesse, un contexte rare en France et dans notre région. Et même si dans d’autres villes, les unions départementales jouent aussi ce rôle de liant, la situation lyonnaise reste emblématique.
Quelles sont les avancées du Comité local ou les actions dont vous êtes le plus fier ?
Quand je suis arrivé au Comité local, il existait onze MJC à Lyon. Nous en avons sauvé certaines, amélioré d’autres et créé une supplémentaire, dans le sixième arrondissement qui n’en n’avait pas. En fait, nous avons travaillé avec une association, l’Espace Jeunes 6ème, pour que celle-ci devienne la douzième MJC. C’est le cas depuis le premier janvier 2010. Celles de Saint-Just et de Jean Macé bénéficient désormais de locaux fonctionnels et agréables. La relocalisation de la MJC de Montchat est un beau projet. La réinstallation de la MJC de Perrache se fait attendre, la situation provisoire s’éternise, mais heureusement cette maison reste activement gérée. Et surtout, l’ensemble des MJC travaille dans une même dynamique et c’est ce qui me réjouit le plus.
Quel est le point le plus difficile ou la situation la plus tendue que vous ayez connu avec la Ville de Lyon ?
A Saint-Rambert, les élus souhaitaient créer un «pôle social » qui réunisse dans un même lieu, et dans un souci d’économie d’échelle, un Centre Social et une MJC. Nous reconnaissons l’importance et la qualité du travail des Centres Sociaux, et nous travaillons sans problème avec eux dans un esprit de complémentarité. Cependant, nos histoires, nos vocations et nos actions sont différentes, et je tiens particulièrement à ce que chacun garde son image et son identité. Aussi je me suis d’abord opposé à ce projet, puis nous avons discuté. Les élus étaient déterminés et ont vraiment insisté. J’ai demandé que l’on change de nom et que l’on travaille dans l’idée d’un «pôle social et culturel », ce qui fut accepté. J’ai alors incité les équipes de part et d’autre à travailler ensemble. Finalement, le projet de création d’un « pôle social et culturel » a été élaboré et s’est concrétisé dans les meilleures conditions possibles. Ceci-dit, je ne voudrais pas que ce cas fasse école : les Centres Sociaux ont avant tout une vocation sociale auprès des familles alors que les MJC s’adressent d’abord aux citoyens. Je comprends la logique de la Ville de défendre des principes de mutualisation de moyens et de locaux dans un souci d’économie, cependant, je reste persuadé que Saint Rambert devrait rester une exception.
Aujourd’hui, le Comité local de Lyon ne devrait-il pas se positionner à l’échelle de l’agglomération ?
C’est effectivement une question sur laquelle nous nous interrogeons. Le sens de l’histoire va vers l’élargissement. Certaines maisons de la périphérie seraient sans doute favorables à cette évolution. La question de l’échelle de notre intervention est une des raisons de ma participation au Conseil de développement, instance d’ailleurs particulièrement intéressante tant au niveau de l’information et de la réflexion que des échanges qu’elle suscite. Ceci-dit, aujourd’hui le Comité local regroupe douze maisons, avec l’élargissement à l’échelle de l’agglomération nous serions deux fois plus nombreux, et ce ne serait peut-être pas si simple à gérer, mais pourquoi pas ? Le Comité local a déjà montré ses capacités d’adaptation aux évolutions de la société, même dans des périodes de grandes turbulences comme en 1968.

ÉVOLUTION DES MJC ET RELATIONS AVEC LA VILLE DE LYON

Quelles sont les évolutions les plus marquantes des MJC ces trente dernières années ?
Elles ont connu beaucoup d’évolutions ces dernières années, mais j’en retiens trois principales.
A l’évidence, la première est celle de la professionnalisation. Les Maisons des Jeunes et de la Culture ne sont plus qu’une affaire de bénévoles. Aujourd’hui se sont de vrais professionnels qui interviennent tant dans le domaine de l’animation et de la gestion que dans le domaine artistique et culturel. Je dois avouer que j’ai vécu cette évolution avec une certaine réticence au départ, mais aujourd’hui, je le reconnais bien volontiers, c’est une bonne évolution.
La deuxième évolution marquante que je retiens est celle de l’ouverture des maisons à toutes les tranches d’âges. Pour moi, c’est vraiment un élément essentiel en matière de lien intergénérationnel. Toutes les tranches d’âges cohabitent et partagent certaines activités ou animations, c’est fondamental pour le lien social. Il reste que nous gardons une attention particulière aux jeunes, à leurs besoins et à leurs attentes.
La dernière évolution que je souhaite souligner est le combat pour maintenir une vocation sociale dans les MJC. La professionnalisation et l’amélioration des conditions matérielles d’intervention des MJC conjuguées aux contextes économiques que nous connaissons rendent difficile le maintien de la vocation sociale de nos maisons. Toutefois, et si je prends l’exemple de la MJC de Monplaisir, nous tentons de pratiquer des réductions pour les familles les plus précaires. Et même si je dois reconnaître que le budget prévu à cet effet est cette année moins important que l’an dernier, nous tenons à ce qu’il subsiste.
Concrètement, dans la réalité, la vocation première des MJC n’est-elle pas de vendre de l’activité de loisir assurée par des professionnels pour toutes tranches d’âge ?
Cette question, ainsi formulée, est terrible. Si l’on reprend l’exemple de la MJC Monplaisir, il est vrai que sur les 2300 adhérents, peu sont des militants impliqués dans le projet associatif. Et, il est difficile de créer des liens avec les personnes qui viennent simplement pratiquer une activité et de les intéresser aux projets. Cependant, notre ambition est d’en associer le plus possible à la vie de la maison. Nous ne fonctionnons pas comme des officines privées, nous sommes une association sans but lucratif et dont la vocation première reste l’éducation à la citoyenneté. C’est pourquoi, au delà des activités éducatives, sportives, culturelles et de loisirs que nous proposons, nous conduisons chaque année des projets et des animations qui réunissent les adhérents pour partager une dynamique. On peut citer, notre projet de participation au défilé de la Biennale de la danse, mais aussi les actions pour une meilleure compréhension des enjeux environnementaux actuels et pour une sensibilisation au recyclage à travers des expositions, des conférences, des débats, des spectacles, des ateliers, des goûters ou encore, par exemple, notre action de fabrication de compost avec les enfants « le petit citadin au jardin ».
Nous tenons aussi à organiser des temps conviviaux à l’exemple des repas de quartier qui ont lieu chaque été, ou de « Faits d’Hiver », un temps de rencontre des adhérents qui a réuni, dehors en janvier 2009, plus de trois cents personnes autour d’un vin chaud et d’une patate chaude !
Peut-on véritablement parler d’éducation à la citoyenneté ?
L’accent sur cet objectif est probablement plus difficile à garder aujourd’hui qu’hier. Toutefois il demeure, et dans chaque activité, nous incitons les animateurs à relayer cet « esprit MJC ». Il est vrai que dans les faits, cela varie beaucoup d’une activité à l’autre et d’un animateur à l’autre. Mais, par exemple, la convivialité et le caractère intergénérationnel sont particulièrement visibles au sein de l’activité chorale. Cet objectif d’éducation à la citoyenneté nous le développons surtout au delà des activités, dans des projets spécifiques comme les activités libres de proximité, les accueils durant les vacances scolaires, l’accompagnement à la création ou au soutien d’associations, ou encore par l’aide aux jeunes artistes comme nous le faisons dans le bar de la MJC où nous les accueillons deux fois par mois à travers l’action « Première scène ». Nous restons attentifs à susciter des débats de société par exemple sur la laïcité, les discriminations…
Comment considérez-vous le « C » de MJC ?
La Culture tient une place essentielle dans nos maisons. Je tiens à souligner d’ailleurs la qualité des pratiques culturelles des MJC, elle est vraiment d’un excellent niveau. J’ose dire tout simplement que les MJC sont le lieu par excellence de la démocratisation de la Culture et de l’accès aux pratiques culturelles. Les élus en charge de la culture sont focalisés sur les grands équipements et les grands évènements qui absorbent la quasi totalité des budgets culturels. Dans l’ensemble, ces structures nous perçoivent avec condescendance. Elles nous enferment dans une image de « socio-culturel » qui  n’a pas accès à la cour des grands et cette posture leur évite de devoir partager le gâteau. De plus, chaque élu défend la mission thématique qui lui a été confiée. De fait, nous dérangeons et bousculons les habitudes par le caractère transversal de nos activités. Aussi, le domaine culturel de nos maisons est mal reconnu. Et pourtant, je le redis il est d’un très bon niveau et il correspond pleinement à notre vocation. L’essentiel de notre rôle social passe nécessairement par la médiation culturelle.
Vous soulignez que le domaine culturel de vos maisons est mal reconnu, mais n’avez-vous pas aussi négligé sa valorisation tant au niveau de la pratique que des spectacles, au profit d’une image plus ciblée sur les loisirs ?
Il est vrai que nous ne sommes pas de grands professionnels de la communication. Peut-être n’avons nous pas suffisamment œuvré pour faire reconnaître la qualité de ce que proposent les MJC. Ceci dit, le public ne s’y trompe pas, les ateliers de pratiques culturelles et artistiques affichent complet et il en est souvent de même pour les spectacles. Ce n’est pas parce que l’on cible une culture de proximité que celle-ci doit être considérée comme une « sous culture ». Cette culture de proximité participe au lien social et à l’éducation à l’autonomie et à la citoyenneté. Pour moi, elle est au cœur du projet des MJC. Nous avons d’ailleurs décidé de mettre l’accent sur ce point afin que le « C » des MJC soit reconnu à sa juste valeur. Très prochainement, nous allons mettre en exergue des actions culturelles ciblées en direction des élus et des médias.
La Ville est le premier financeur des MJC. Comment travaillez-vous sur les objectifs et les projets des différentes maisons et comment les subventions destinées à chaque maison sont-elles définies ?
Nous sommes aujourd’hui considérés comme de véritables « partenaires ». Ce terme est important. Ce n’est pas qu’un mot, c’est aussi un signe de reconnaissance. Nous sommes considérés pour ce que nous sommes : des associations indépendantes, qui ont chacune un Conseil d’administration et un projet associatif. Nous ne sommes pas des délégataires de services publics. Nous gardons notre logique, notre cohérence et nous discutons avec la Ville sur des objectifs réciproques pour bâtir ce partenariat avec chacune des maisons. Nous avions déjà connu une évolution avec la mise en place des « conventions d’objectifs et de moyens », aujourd’hui alors que ces dernières sont en cours de renouvellement, elles s’intitulent désormais « conventions de partenariat ». Nous avons travaillé tout au long de l’année 2009 sur le renouvellement des conventions, MJC par MJC. Nous avons particulièrement apprécié le travail avec nos correspondants à la Ville qui ont été très professionnels et à l’écoute. Les élus aussi nous ont témoigné une véritable considération et le Maire, malgré un contexte financier tendu, n’a pas réduit nos subventions.

LE MODÈLE LYONNAIS

Pensez-vous que Lyon soit une ville « humaniste » et qu’elle se caractérise par un certain « art de la conciliation » et un « modérantisme » qui lui fait rejeter les extrêmes et lui confère une identité « centriste » ?
Lyon a effectivement l’image d’une ville   humaniste », mais c’est aux historiens de le montrer. Pour ma part, je pense que Lyon, et probablement comme d’autres villes, bénéficie d’habitudes de dialogue entre les acteurs et qu’elle est une ville plutôt « centriste ». Raymond Barre travaillait dans une bonne entente avec Gérard Collomb qui a pris « naturellement » la suite et qui cultive cet esprit lyonnais. C’est d’ailleurs sa force.
Comment pensez-vous que cet « esprit lyonnais » va évoluer avec le double phénomène de la mondialisation et de la métropolisation ?
Je ne me hasarderai pas à faire de la prospective sur de tels sujets. L’avenir ne se prévoit pas, il se construit : retroussons nos manches !
Le fait que la République des jeunes soit née à Lyon en 1944 sous l’impulsion d’André Philip a t-il marqué l’histoire des MJC lyonnaises ?
Certainement, c'est un événement fort de notre histoire qui, de façon implicite, a marqué notre mouvement et les descendants d’André Philip n’y sont pas insensibles. Ils étaient d’ailleurs présents lors de la célébration de notre soixantième anniversaire, le 28 mars 2009. Cependant, les années passent et aujourd’hui n’y nous faisons guère explicitement référence.
Aujourd’hui l’engagement est moins religieux ou idéologique, comment appréciez-vous l’actuel engagement des jeunes et, de votre point de vue,  à partir de quel socle de valeurs les jeunes s’engagent-ils et comment ?
Lorsque l’on évoque « les jeunes », on emploie un terme générique qui ne rend pas compte de la complexité de la réalité et de la diversité de la jeunesse. Les jeunes que j’ai la chance de côtoyer, par exemple dans le cadre des projets PRODIJ, sont enthousiastes, plein d’ardeur et de volonté d’agir dans un esprit collectif. D’autres sont confrontés à des difficultés quotidiennes profondes. Ce que je constate c’est l’immense écart entre la perception, souvent relayée par les médias, qu’ont les adultes des jeunes présentés comme un problème, et la façon dont les jeunes se perçoivent eux-mêmes. La richesse de la jeunesse est là, il faut savoir la détecter et l’encourager, se doter d’a priori positifs. Certes, ils n’ont pas nécessairement envie de venir participer à nos conseils d’administration, mais on peut les comprendre. Lorsque les MJC ont été créées, l’enjeu était de les distraire au travers d’activités enrichissantes. Aujourd’hui, la préoccupation première des jeunes est de trouver un emploi. Il faut bien mesurer le désarroi dans lequel certains s’enferment. Il faut se poser les bonnes questions. Toutes les générations ont connu des situations difficiles et ont dû se battre. Aujourd’hui, il faut entendre les difficultés actuelles des jeunes et les accompagner en leur portant une plus grande considération.
Comment voyez-vous l’avenir des MJC au regard de ces évolutions ?
L’histoire des MJC est le garant de leur avenir. Elles ont toujours su s’adapter aux évolutions de la société. L’unification des MJC a été douloureuse, mais maintenant, chacune avec son histoire et ses particularités se retrouve dans un idéal commun, celui de l’Education populaire. Il reste de nombreux défis à relever :
-    préservation du lien social
-    laïcité
-    lutte contre les discriminations
-    éducation à la citoyenneté
-    formation au numérique
-    accompagnement des jeunes dans leur expression artistique
-    …
Beaucoup de pain sur la planche !
Dans les incertitudes liées au contexte économique et social actuel, le socle des valeurs sur lequel s’appuient nos actions reste notre meilleur atout. La fidélité du public qui se maintient malgré les difficultés financières de beaucoup est un signe fort. Ainsi depuis deux ans, le nombre d’adhérents qui fréquentent les MJC de Lyon n’a globalement pas diminué. Bel encouragement pour les différents acteurs, professionnels et bénévoles, à rester mobiliser et confiant dans l’avenir.