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Le Jardin Botanique de la ville de Lyon

Interview de Frédéric PAUTZ

<< Nous souhaitons faire découvrir la botanique à travers les arts : la photographie, la peinture, l’art culinaire, la musique, le théâtre >>.

Depuis 2000, Frédéric Pautz est directeur du Jardin Botanique de la ville de Lyon. Son insatiable curiosité l’a entraîné dans plus de soixante pays à travers les cinq continents, où il a réalisé près de 45000 clichés photographiques sur la nature. Titulaire d’un doctorat en protection de l’environnement, tour à tour enseignant, conférencier, sa créativité contribue à offrir aujourd’hui un nouveau souffle à l’un des plus exceptionnels lieux de la métropole lyonnaise.

Âgé de 208 ans, le Jardin Botanique de la Ville de Lyon est en effet encore mal connu alors qu’il était, au XIXe siècle, le plus riche jardin municipal du pays. Les missions du Jardin botaniques sont diverses et variées : éducation, recherche et conservation. En vue d'accomplir ces missions, ce dernier n'hésite ni à entretenir des relations avec les autres parcs de l'agglomération ni à ménager ses relations avec d'autres jardins botaniques en France ou à l'étranger.

Réalisée par :

Date : 30/09/2004

De l’intérieur, quel regard portez-vous sur le Jardin Botanique de la ville de Lyon ?

Avec 8 hectares et 6500 m2 de serres, près de 185 000 espèces, le Jardin Botanique est l’un des plus grands de France. Ses potentialités sont très importantes. Le travail est facilité car la structure n’est pas à créer, la majeure partie de l’équipe était déjà en place avant mon arrivée : elle comprend vingtcinq jardiniers. Nous y avons adjoint des laborantins, trois personnes pour l’animation et l’éducation à l’environnement. Nous disposons d’un personnel très compétent. Nous n’avons pas eu non plus à réaliser des investissements colossaux pour faire fonctionner le Jardin Botanique. La difficulté vient davantage de la nécessaire évolution des mentalités pour faire prendre conscience des potentialités du Jardin en matière de sensibilisation à l’environnement. Jusqu’à présent, il n’y avait pas véritablement de vision d’avenir, de stratégie particulière. Une dynamique se met en marche depuis quelques années afin d’organiser des événements phares à la dimension d’un tel lieu. De plus en plus de partenariats se tissent avec d’autres services de la ville de Lyon, avec le Grand Lyon, les universités, les associations… Nous sommes en ce sens de plus en plus structurés et diversifiés. La dimension artistique prend par ailleurs une place de plus en plus importante dans les actions du Jardin Botanique.

Que représente le Jardin Botanique au sein du Parc de la Tête d’Or ?

Le Jardin Botanique de la ville de Lyon est l’une des trois entités du Parc de la Tête d’Or avec le parc animalier et les espaces paysagers, dont la roseraie. Il existe depuis 1796 et se situait à l’origine sur les pentes de la Croix –Rousse. Il a été transféré en 1857 au Parc de la Tête d’Or. C’est un service indépendant sur le plan financier et du point de vue de la gestion du personnel. Auparavant, il était lié aux services culturels de la ville de Lyon. Dans la pratique, peu d’événements étaient réalisés en matière culturelle. Il est désormais rattaché aux services des espaces verts. Cette synergie convient d’autant mieux que ce service, comme le Jardin Botanique, travaille sur le vivant et s’occupe de l’entretien des plantes.

En quoi consiste vos missions ?

Nos missions consistent en un travail d’éducation, de recherche et de conservation des plantes en voie de disparition. Plusieurs élus et directions de la ville de Lyon contribuent à leur réalisation : Rene Chevailler et Gilles Buna, en charge du Jardin Botanique, mais également Yves Fournel, délégué à l’éducation et à la petite enfance, Pierre Laréal, délégué aux universités et à la recherche, Patrice Béguin, délégué à la culture et au patrimoine. L’éducation se fait à travers l’accueil des scolaires en particulier et de tous les publics en général. Grand public, universitaires ou publics spécifiques comme les malvoyants, sont les bienvenus pour découvrir les collections, observer la saisonnalité des plantes, acquérir une approche sensible du vivant. Par exemple, récemment, nous avons inauguré un circuit de découverte de la Grande Serre pour les non-voyants, mis en place ces derniers mois avec l’association Valentin Hauy, en présence de Sylvie Guillaume, adjointe en charge des personnes handicapées. Nous réalisons également des missions d’expertise et de reconnaissance de la flore pour d’autres acteurs de la Région Rhône-Alpes comme la DIREN, le Conservatoire Régional de la Nature, la Direction des espaces verts de la ville de Lyon, le réseau COPARLY. Nous participons à la réalisation d’inventaires.

Comment s’organise l’accueil des scolaires au Jardin Botanique de la ville de Lyon ?

Depuis quatre ans, nous avons doublé chaque année le nombre d’enfants accueillis pour arriver à 11000 en 2004 ! Notre capacité actuelle s’élève à 15 000 enfants/an environ. Nous travaillons notamment avec le rectorat de l’Académie de Lyon, mais les enfants viennent d’un peu partout en Rhône-Alpes. Nous analysons les besoins des écoles afin de participer aux projets pédagogiques des enseignants. Les classes que nous accueillons s’échelonnent entre le cours préparatoire et la 5ème . Nous proposons des ateliers de deux heures ou des programmes de cinq séances par an qui permettent aux enfants de voir l’évolution des plantes sur les quatre saisons. Notre souhait est de continuer à développer cette démarche, mais les lieux de visite, d’interprétation, de travail ne permettent pas vraiment, pour l’instant, d’aller au-delà de nos capacités actuelles. Des aménagements devraient être lancés (aménagement des serres…) pour conforter notre rôle d’accueil des publics, mais le projet est en stand-by depuis quelques temps.

Quels sont vos objectifs en matière d’éducation des enfants ?

L’idée est de faire venir les enfants sur le terrain. La richesse patrimoniale du Jardin Botanique permet d’avoir une approche pratique et non théorique. Nous souhaitons leur faire prendre conscience de l’importance de protéger l’environnement. La découverte des plantes et des animaux, de leur fonctionnement et de leur utilité permet de comprendre qu’ils sont indispensables à notre vie, qu’ils sont une part de la vie des enfants. Nous constatons en effet, de manière affligeante, le manque de connaissances de base dans le domaine de la botanique, sans doute lié à leur éducation dans un milieu urbain, artificiel. Certains enfants ne savent même plus que le cacao qu’ils boivent le matin provient au départ d’une plante ; ce constat n’est pas caricatural, nous le faisons fréquemment.

Vous organisez de plus en plus d’événements d’envergure : quelles sont vos motivations ?

Notre stratégie est celle de l’ouverture à de nombreux publics. Différentes approches sont là pour le faire venir : une approche scientifique, mais également artistique. Nous souhaitons faire découvrir la botanique à travers les arts : la photographie, la peinture, l’art culinaire, la musique, le théâtre… Ces approches suscitent l’étonnement, l’émotion, la surprise. Nous favorisons également la mise en réseau d’acteurs en organisant au moins une grande exposition par an, à l’automne, depuis quatre ans. Elles sont tour à tour l’occasion de mettre en synergie des acteurs qui interviennent dans le domaine de l’environnement, de la nature, de manière directe ou indirecte. L’exposition sur la biodiversité, en 2002, était l’occasion de faire écho à la Fête de la Science (le lancement des événements avait eu lieu le même jour). A cette occasion, nous avons d’ailleurs organisé un spectacle « son et lumière » qui a remporté un franc succès. « Hommes, plantes, insectes : regards croisés », préparé en vingt mois, a également favorisé les échanges entre le milieu scientifique et le milieu associatif. L’an prochain, se tiendra une exposition sur le thème « Arbres et bois » et en 2006, « l’Homo Jardinicus : l’art de cultiver son jardin », devrait être l’occasion de faire se rencontrer les acteurs muséographiques (Gadagne, Beaux-Arts) et des musiciens (avec la participation de l’Auditorium).

Quelles sont vos relations avec les autres parcs de l’agglomération (La Feyssine, LacroixLaval…) ?

La compétition n’est pas de mise avec les autres parcs, au contraire, nous nous situons en complémentarité. Même si nous ne travaillons pas en relation directe avec eux (notamment pour l’organisation de nos expositions), il nous arrive de leur prêter des plantes. Ce fut le cas pour la création d’un potager au parc de Lacroix-Laval. En 2005, nous allons d’ailleurs leur fournir des cactus… Ces pratiques ont également lieu avec le parc de Parilly à Bron. Le parc de Miribel-Jonage, de son côté, est intéressé par la réalisation d’un inventaire botanique. La situation géographique des parcs permet de développer cette complémentarité : nous sommes situés dans un parc de centre-ville dont l’un des objectifs principaux est la conservation des plantes alors que Lacroix-Laval est un parc péri-urbain, poumon extérieur de la ville.

Avez-vous également des relations avec d’autres jardins Botaniques ?

Oui, en effet. Nous faisons partie du réseau national des jardins botaniques qui comprend quatrevingt-douze membres et du réseau international des jardins botaniques qui réunit mille six cent inscrits. Nous envoyons des graines à Cinq cents correspondants à travers le monde.