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Enjeux de confiance

Texte d'auteur

Article réalisé pour la revue M3 n°8La France est devenue une société de défiance. Déconstruction des mécanismes structurels, sociaux et psychologiques indispensables à connaître pour rectifier le tir.La confiance est une base à la fois de la cohésion de la société, de la vie démocratique et de la performance économique, avec un effet direct sur la productivité des organisations et des entreprises. Comme le bien-être dépend essentiellement de la qualité des relations sociales, confiance en autrui et bonheur sont également corrélés. « Le contraire de la confiance n’est pas seulement la défiance, mais l’angoisse et la terreur existentielle », écrivent les économistes Yann Algan et Pierre Cahuc dans leurs derniers travaux publiés, en 2013.

Pessimisme

La défiance augmente en France. Envers le pouvoir politique, envers les médias, envers l’expertise scientifique, envers les syndicats, envers autrui… La livraison annuelle du Baromètre de la confiance politique de décembre 2013, édité par le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), indique que les Français sont 75 % à penser « qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres », contre 66 % en 2009. 69 % estiment que les jeunes d’aujourd’hui auront moins de chances de réussir dans la société de demain que leurs parents.

Stratification rigide

La confiance est au coeur des dysfonctionnements français. Défiance, incivisme, destruction du lien social, pessimisme et contre-performance vont de pair. Quand le commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry, rend son rapport « Quelle France dans dix ans ? », il fait de la confiance la clé du redressement du pays et met en cause une stratification trop rigide. Comme il l’expliquait dans les colonnes du Monde, fin juin : « Une société éduquée, mais qui reste stratifiée, produit beaucoup de frustration sociale. L’élite est trop étroite et trop fermée. »

E-confiance

Niveau général de confiance envers les gens
Courbe d'évolution Cevipof décembre 2013-1803 individusLa confiance se recentre sur la proximité. 90 % des Français ont confiance dans leur famille et dans les gens qu’ils connaissent personnellement. Elle emprunte aussi des nouvelles voies et ressort régénérée par les échanges via Internet. Le marché mondial du financement participatif, nourri par la « confiance peer to peer  », croît de façon exponentielle (6 milliards de dollars). La majorité des Français accordent leur confiance à un inconnu dans le cadre de la consommation collaborative, pour acheter sur un site de petites annonces, utiliser une plateforme de logement ou covoiturer. La confiance est requise à toutes les étapes de la relation : informations fournies, processus de la transaction. Les systèmes de notation apportent des garanties. La réputation est ainsi devenue un indice important de fiabilité. Lise Brunet, directrice d’études au sein de l’institut Ipsos, explique dans La Confiance en commun, le dernier ouvrage auquel elle a collaboré, que les « sites d’échange de services entre particuliers font désormais de la confiance le moteur de leur développement ».

Tri scolaire et obsession hiérarchique

Cela ne suffit pas à modifier l’image qui se dessine, celle d’une France qui détermine tôt les destins en raison de l’emprise du diplôme, une société où les échecs deviennent des atteintes destructrices à l’estime de soi. Récemment, des travaux ont pointé le rôle de l’école dans la création des mécanismes de défiance (manque de coopération entre élèves, tri entre « bons » et « mauvais » qui installe l’obsession hiérarchique dans la vie professionnelle). D’autres enquêtes ont mis au jour les conséquences de la peur du déclassement dans les classes moyennes et supérieures : comportements séparatistes en matière résidentielle et scolaire, remodelage du paysage idéologique. Finalement, la corrélation est établie entre ce qu’on pourrait appeler le manque de fluidité de la société française, le manque de confiance et un défaut généralisé de performance.