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La Communauté urbaine de Lyon et l’éducation à l’environnement et au développement durable

Interview de Béatrice VESSILLIER

Vice-Présidente de la Communauté urbaine de Lyon en 2006.

<< L’éducation au développement durable, à l’écocitoyenneté est un choix politique fort : elle doit favoriser à la fois le mieux vivre ensemble dans une agglomération préservée et l’épanouissement individuel des habitants >>.

Le développement durable permet de remettre en scène la question de l’environnement en lui donnant une dimension sociale et économique. Il réinterroge l'ensemble de nos pratiques, de nos modes de production et de nos modes de vie. La collectivité a un rôle à jouer dans le domaine de l'éducation au développement durable même si cela ne fait pas partie de ses attributions directes. De quelle façon ? Qu’est-ce que le Grand Lyon met concrètement en œuvre dans les domaines de l’éducation à l’environnement et au développement durable ?  Qu'est-ce que le plan d’éducation au développement durable ? Béatrice Veissiller répond à nos questions.

Date : 29/05/2006

Que signifie pour vous la notion de développement durable ? S’agit-il de protéger l’environnement en gérant ses ressources, en triant nos déchets, (etc.) ? Ou cette notion inclut-elle une dimension plus large au niveau sociétal pour favoriser un mieux vivre ensemble ?
Deux angles d’analyse permettent de répondre à cette question. D’une part, le glissement sémantique de l’environnement au développement durable n’est pas neutre : il permet de remettre en scène la question de l’environnement en lui donnant une dimension sociale et économique. En effet, on se rend compte depuis 20 ans que la seule entrée environnementale ne produit pas des résultats satisfaisants. En ce sens, la notion de développement durable met en perspective l’environnement et ne l’isole pas des autres problématiques. Il me semble que cette approche donne plus de chance à la protection de l’environnement. D’autre part, le développement durable contient bien sûr un véritable enjeu sociétal. Les inégalités profondes qui existent entre les pays Nord et Sud, et au sein même des sociétés développées, ne sont pas acceptables. Et notre développement ne peut être durable que si chacun peut en tirer bénéfice, peut avoir accès à la santé, à l’éducation, à la culture, etc. En cela, c’est un terme transversal qui concerne toutes les politiques publiques : les déplacements, l’urbanisme, le développement économique, les politiques sociales, le logement, etc. C’est ainsi que je l’entends, même s’il reste encore à faire auprès de certains élus, ou certains services, pour qu’ils prennent véritablement en compte la question du développement durable. En tous les cas, c’est une notion qui réinterroge l’ensemble de nos pratiques, de nos modes de production, de notre modèle de vie, de notre modèle de développement. Certes, la notion de développement durable est souvent utilisée comme un concept à la mode, ce qui contribue à le vider de son sens : on voit des entreprises de la grande distribution ou de service qui se servent de l’argument du développement durable à des fins commerciales. Mais je crois personnellement que c’est bien plus que cela : il permet de renforcer la protection de l’environnement tout en remettant l’homme au cœur des préoccupations et de redonner un sens à l’ensemble des politiques publiques.

Bien que le Grand Lyon n’ait pas de compétence institutionnelle « éducation », l’agglomération se sent une responsabilité éducative. Ceci est particulièrement présent dans le champ de l’environnement et du développement durable. Pourquoi prendre en compte cette dimension éducative ?
Parce que le Grand Lyon n’est pas seulement un syndicat de communes qui gère des services urbains, il s’est donné une responsabilité dans la formation des citoyens de l’agglomération. L’éducation au développement durable, à l’écocitoyenneté est un choix politique fort : elle doit favoriser à la fois le mieux vivre ensemble dans une agglomération préservée et l’épanouissement individuel des habitants. Ainsi, le Grand Lyon souhaite contribuer à développer notre prise de conscience, faire évoluer nos représentations sociales et culturelles, nous responsabiliser dans nos actes individuels et nos choix collectifs. Cette éducation doit permettre aussi à chacun de devenir acteur du changement, de prendre mieux  en compte les conséquences des choix à moyen et long termes, au plan environnemental, social et économique, de l’échelle planétaire à l’échelle locale.De plus, si l’on souhaite que nos politiques publiques soient efficaces, elles doivent intégrer une dimension éducative. Les politiques les plus volontaristes en matière de gestion des déchets, de propreté, d’eau, d’assainissement ne produiront jamais les effets escomptés si les habitants ne sont pas conscients de leur responsabilité. Et ils le seront d’autant plus qu’ils savent et qu’ils comprennent pourquoi ils agissent en ce sens. Par exemple, il nous reste du travail à faire lorsque l’on sait que 50% des habitants de l’agglomération qui habitent sur une ligne de métro préfèrent utiliser leur voiture pour leurs déplacements quotidiens : dans ce cas, réduire l’usage de la voiture ne tient plus au développement des transports en commun, mais bien du comportement individuel ; il nous faut convaincre ! Enfin, l’éducation inclut aussi une dimension économique et sociale. Le tri des déchets permet en effet une économie financière, et l’habitant qui trie ses déchets fait preuve de respect envers le travail des agents de l’agglomération qui ramassent les poubelles.

Comment, et à travers quelles actions, se traduit cette prise en compte éducative ? Qu’est-ce que le Grand Lyon met concrètement en œuvre dans les domaines de l’éducation à l’environnement et au développement durable ?
Durant plusieurs années, on a eu essentiellement des actions d’éducation à l’environnement, et parmi elles, des actions principalement naturalistes. Il s’agissait surtout de développer la sensibilité à la faune, à la flore et aux milieux. Depuis environ quatre ans, nous recadrons nos objectifs, les thématiques sur lesquelles nous  agissons, et de fait, le type des actions qui sont mises en œuvre. Le développement durable comprend des thématiques davantage liées à l’environnement urbain : les déplacements, le bruit, le commerce équitable, les énergies, etc. Pour mettre en œuvre nos actions, nous travaillons avec des associations partenaires, et en lien avec l’Education nationale, et nous développons aussi des actions dans le temps hors scolaire, avec les centres de loisirs et les centres sociaux notamment.
Outre les équipements comme le Grand Moulin de l’Yzeron, nous avons des actions innovantes , comme le « Pédibus : en marche vers l’école » qui est exemplaire. Il s’agit d’un véritable autobus de ramassage scolaire entièrement piéton. Il y a une ligne avec un itinéraire, des arrêts, des horaires, et des parents accompagnateurs qui se relaient à tour de rôle. 55 écoles ont des lignes quotidiennes aujourd’hui, soit plus que les objectifs que l’on s’était fixés ! Cette action porte de véritables enjeux : moins de pollution, moins d’encombrement par les voitures, meilleure hygiène de vie, plus de relations entre les habitants, etc. Les jardins pédagogiques constituent aussi une action intéressante, de même que la Péniche du Val du Rhône qui permet d’aborder la question de l’eau. J’ajoute  aussi la mise en place de circuits pédagogiques au centre de tri de Rillieux-la-Pape. Et dans un futur proche, il y aura, à Pierre-Bénite, le circuit pédagogique de l’eau.

Le plan d’éducation au développement durable sera présenté en Conseil de Communauté cet été. Pouvez-vous nous en donner les principaux enjeux ?
Le plan définira nos objectifs en matière d’éducation et la diversité des publics visés : jeunes, grand public, mais aussi personnes handicapées. Il montrera à nos partenaires notre réorientation vers des thématiques et des actions plus urbaines autour de nos compétences institutionnelles, sans pour autant abandonner les actions naturalistes. Il permettra aussi de développer des partenariats avec d’autres acteurs institutionnels (des communes, des centres sociaux, etc.), voire des entreprises, selon des cahiers des charges précis, qui iront dans le sens de notre projet. Au niveau interne au Grand Lyon, il a pour objectif d’affirmer l’importance de l’éducation au développement durable. Tous les services pourront se sentir investis et intégreront alors un volet éducation.

À travers l’éducation au développement durable, on voit bien que l’acteur public porte des valeurs fortes. Comment, dans un contexte où le citoyen reçoit un flux continu d’informations, l’acteur public peut-il réellement transmettre ses valeurs, son projet aux habitants ?
Il me paraît important d’abord que les actions d’éducation au développement durable se fondent, surtout pour les publics les plus jeunes, sur la pratique concrète plus que sur les grands discours (les jardins pédagogiques, les séjours en Péniche, la fabrication d’objets etc.). De plus, elles intègrent, et nous le souhaitons ainsi, une dimension ludique. Pour exemple, le spectacle que le Grand Lyon a offert aux écoles de l’agglomération (« Eclats de l’eau ») relevait d’une approche  beaucoup plus poétique et artistique que didactique.
Concernant les valeurs, la question du message est importante, bien sûr, et je prendrai deux exemples très différenciés de projets du Grand Lyon. Avec Vélo’V, on a su communiquer sur les valeurs de partage de l’espace, de préservation de l’environnement, de respect les uns des autres. Sur le projet Confluence à l’inverse, je suis frappée de voir que si, à l’extérieur de Lyon, il est identifié comme un projet exemplaire sur le plan environnemental et en particulier sur les énergies renouvelables, ce n’est pas l’image que véhiculent les promoteurs immobiliers au sein de l’agglomération ! Comment faire donc pour transmettre son projet et ses valeurs ? Il faut avant tout un portage politique au plus haut niveau. Et il faut aussi du temps, car on est là dans une pédagogie de la durée. Si on prend l’exemple d’une ville comme Fribourg qui est identifiée comme une ville exemplaire en la matière, il faut aussi se souvenir qu’elle développe une politique environnementale globale depuis plus de 30 ans !