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Laisser faire la nature

© Grand Lyon

Texte

Date : 01/03/2012

Texte écrit pour la revue M3 n°2

Les liens entre présence du végétal en ville et développement urbain durable apparaissent évidents. Pour autant, son implantation plus massive sera source de nouvelles contraintes entre l'indispensable et le dispendieux, et d'arbitrages dépassant les catégories du beau, de l'utile et du fonctionnel. Nous entrons dans l'ère de la raison écologique.

Il faut bien se résoudre à une évidente contradiction. Si l’on souhaite plus de nature dans la ville, les moyens mobilisables pour son entretien se réduiront inexorablement dans l’avenir. Dans ces conditions, la démarche de projet devra s’intéresser davantage à la question du devenir des réalisations et envisager des choix minimisant les besoins d’entretien. L’analyse des surcoûts de gestion met généralement en évidence l’éloignement entre les principes de conception des projets et les règles du fonctionnement naturel des écosystèmes. Ce n’est souvent que par des mesures correctives artificielles et récurrentes que l’aménagement paysager peut survivre. Le système fonctionne et peut donner des résultats étonnants (faire pousser un golf en plein désert), mais c’est au prix d’un coût économique et environnemental exorbitant. Ce modèle de création qui s’oppose à la nature ne peut plus servir de référence unique. C’est nécessairement vers des paysages qui se revendiquent comme des écosystèmes à part entière, vivants et complexes, en devenir vers un équilibre naturel, qu’il me semble impératif de s’orienter. Un vrai défi d’observation, de compréhension et d’imagination pour les paysagistes et les gestionnaires.

Le bond culturel, condition sine qua non

Cette évolution devra s’accompagner d’un travail pédagogique et culturel en direction de l’ensemble des acteurs de l’aménagement urbain, décideurs et grand public. La prise en compte des enjeux de développement durable conduit en effet majoritairement à des solutions situées à l’interface des savoirs et des organisations techniques conventionnelles. Les enjeux de formation professionnelle, tant sur un axe d’expertise métier accrue qu’en matière d’acquisition d’une culture transversale, sont aussi une vrai clé de réussite pour ces idées.
Le fonctionnement de cette « ville nature » repose aussi sur des changements individuels de pratiques et de comportements. C’est pourquoi un autre enjeu d’importance est la perception et l’acceptation de ces changements par les citadins. L’image de la nature en ville reste aujourd’hui encore très liée aux yeux des habitants des villes à l’idée d’ordre et de propreté, une vision qui fait écho à la tradition horticole d’entretien des jardins. L’image d’une végétation plus libre et diversifiée, plus naturelle et moins normée, doit être expliquée afin d’être comprise puis admise. Une nécessité car l’implication plus généralisée des habitants dans la conception mais aussi la maintenance active de ces espaces de nature est une des conditions de réussite de ce modèle.