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La vallée du GIER

Étude

Une voie de passage depuis toujours

La vallée du Gier, bordée par les monts du Jarez, est une entaille étroite dans la bordure orientale du Massif Central, mais aussi une limite historique entre Lyonnais et Forez. En effet, au XIIe siècle, le comte de Forez, Guy II, s’entend avec l’archevêque de Lyon pour faire de cette vallée et des coteaux du Jarez qui la bordent une zone tampon entre leurs possessions féodales.
Date : 01/06/2006

La vallée du Gier, bordée par les monts du Jarez, est une entaille étroite dans la bordure orientale du Massif Central, mais aussi une limite historique entre Lyonnais et Forez. En effet, au XIIe siècle, le comte de Forez, Guy II, s’entend avec l’archevêque de Lyon pour faire de cette vallée et des coteaux du Jarez qui la bordent une zone tampon entre leurs possessions féodales.

Le Gier, un torrent né dans le Pilat
Cette vallée met en communication la région stéphanoise et la vallée du Rhône et est à cheval sur les départements de la Loire et du Rhône. Elle sépare les monts du Lyonnais, au Nord, du massif du Pilat au Sud. La rivière qui lui donne son nom est un torrent de 45 km, né au Bessat, à plus de 1200 mètres d’altitude, sous le crêt de la Perdrix, versant nord du Pilat. Dès le départ, le Gier se lance dans le vide par un saut de 50 m, le saut du Gier. Des monts du Lyonnais lui arrivent entre autres la Durèze et le Bozançon et du Pilat, le Janon, le Dorlay et l’Egarande. Ce Gier, qui paraît le plus souvent modeste dans la vallée, est capable de violentes crues, souvent à l’automne, telles celles de 1684, 1834, 1856, 1872, 1959, 1996, 2003. Son nom viendrait soit de Jarir qui, roulé dans les gosiers comme les cailloux de son flot, devient Gier et ses rives Gierez ou Jarez, soit du celtique gir qui signifie eau, soit encore d’une racine gauloise giers ou gierdeuse, synonyme d’« épouvantable ».

Une vallée industrielle
Si à l’époque romaine, ses eaux claires alimentent en eau potable Lugdunum grâce à des aqueducs, aux XIXe et XXe siècles, les eaux du Gier, utilisées comme force motrice, sont vite polluées par l’industrialisation qui borde son cours à partir d’Izieux et sont même recouvertes dans la traversée de St-Chamond et de Rive de Gier. Certes, depuis quelques années, des travaux d’épuration cherchent à lui rendre sa pureté d’avant la révolution industrielle. La vallée du Gier, dont l’activité artisanale est attestée depuis le Moyen Age, offre une succession presque interrompue d’agglomérations qui en font une longue artère industrielle où dominaient la mine, la métallurgie, la verrerie et le textile. Aujourd’hui tous ces secteurs étant en crise, les cheminées d’usines ne fument presque plus, les bâtiments industriels sont souvent abandonnés, donnant à l’ensemble de la vallée un aspect parfois tragique. En revanche, les coteaux verdoyants, qui bordent la vallée, ont gardé leur dimension rurale. Ils abritent des exploitations agricoles familiales pratiquant la polyculture où dominent élevage et cultures fruitières. La maigre fertilité des sols a fait que pendant longtemps, les paysans étaient également ouvriers ; aujourd’hui, c’est plutôt le tourisme vert qui peut servir de revenu d’appoint.

Un espace intensément parcouru par les hommes et par les flux
L’aire administrative de la vallée du Gier regroupe 22 communes et 3 cantons, ceux de Grand Croix, le dernier né en 1972, de Rive de Gier et de St-Chamond, troisième agglomération du département de la Loire. L’ensemble approche les 90000 habitants. Le recensement de 1999 a fait apparaître à la fois une perte de population pour les communes anciennement industrialisées de la vallée et un gain notable d’habitants pour les communes des coteaux du Jarez. En effet, ces régions proches des agglomérations lyonnaise et stéphanoise, offrant un prix du foncier encore abordable, servent de zone de résidence pour la population travaillant à St-Etienne ou à Lyon. Ces navettes quotidiennes entre domicile et lieu de travail alimentent des flux de circulation de grande importance tout au long de cette vallée, véritable cordon ombilical entre deux aires urbaines importantes. Cet axe de circulation est terriblement encombré et source de nombreuses nuisances. Cette vallée est, en effet, parcourue aujourd’hui par une autoroute empruntée quotidiennement par plus de 55000 véhicules et une voie de chemin de fer, construite en 1832 pour évacuer le charbon local vers Givors et le Rhône, qui voit circuler près de 70 trains par jour, dont plus de la moitié en trains de voyageurs. Ces deux axes de transport sont parmi les plus fréquentés de France. La dangerosité y est énorme et les pouvoirs publics et les collectivités territoriales évoquent régulièrement la question du dédoublement de ’autoroute A 47. Le projet d’autoroute A 45 est attaqué par les associations de riverains des coteaux du Jarez qui refusent cette nouvelle nuisance et militant pour un élargissement, une amélioration de l’autoroute actuelle.
La vallée du Gier est une terre de contrastes liés à la géographie et à l’histoire. Elle offre de magnifiques ballades et renferme un riche patrimoine artistique à l’image de la Chartreuse de Ste-Croix en Jarez. Son originalité vient de son patrimoine industriel qui mérite d’être sauvé de la démolition entreprise au nom de la rénovation des pays du Gier. De nombreuses associations locales de sauvegarde sont apparues, telle l’association ripagérienne (de Rive-de-Gier) ERL, En Rue Libre, qui essaye de redonner vie à la localité et à ses environs au travers d‘actions culturelles et d’animations historiques. De plus, l’intégration dans sa partie amont de la vallée du Gier dans le parc régional du Pilat contribue fortement à repenser globalement son environnement dans une perspective de développement durable où la nature  retrouve ses droits, sans pour autant négliger l’emploi.

Bibliographie :
Gilbert Gardes, Grande Encyclopédie du Forez, Horvath, 1986