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Techtera dans la filière des textiles techniques

Interview de Corinne FARACE

<< Techtera joue la carte des croisements et des synergies entre les filières qui sont la clé de la réussite en permettant de rester innovant ! >>.

Réalisée par :

Date : 23/02/2007

Interview réalisée le 23 février 2007 par Geoffroy Bing (Nova7)

Corinne Farace nous apporte des éclaircissements sur la filière des textiles techniques et fonctionnels et les actions menées au sein du pôle de compétitivité Techtera. Ce dernier, l’un des plus petits pôles de compétitivité français, compte aujourd’hui 60 adhérents dont 5/6 sont des PME/PMI.

Techtera est le pôle de compétitivité spécialisé dans les textiles techniques et fonctionnels. Qu’appelez-vous précisément textiles techniques et fonctionnels ?
Il n’y a pas de définition stricte des textiles techniques et fonctionnels. Je vais donc vous donner la définition qui me semble la plus simple et compréhensible. Ce sont des matériaux textiles qui répondent à des exigences techniques et qualitatives élevées et qui sont destinés pour les uns (les textiles fonctionnels) à l’usage de la personne avec une orientation consommateur (les textiles anti-transpirants par exemple) et pour les autres, à l’usage de l’industrie : un des plus gros textiliens de la région Rhône-Alpes est Michelin et beaucoup de personnes l’ignorent ! Les pneus sont en effet composés en grande partie de fibres textiles. En d’autres termes, les textiles techniques et fonctionnels sont souvent peu visibles car ils sont intégrés à beaucoup d’autres matériaux et employés comme semi-produits au service d’industries diverses : automobile, aéronautique, BTP, sport, habillement, santé, etc. ! C’est probablement ce qui les rend un peu obscur aux yeux des gens

Faut-il voir dans le développement des textiles techniques et fonctionnels le moyen pour les pays développés de préserver leur industrie ?
Il est vrai que l’industrie textile en France a perdu beaucoup d’emplois, avec un coût social important et qu’elle ne renvoie pas à une image très positive. C’est un secteur très concurrentiel et les pays asiatiques se sont engouffrés très logiquement dans la production de masse à bas coût. Mais la situation se stabilise aujourd’hui dans les pays développés, dont la France. Même dans le secteur de l’habillement. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, on garde en France encore 80% de la valeur ajoutée dans le secteur mode/habillement : il s‘agit essentiellement des activités des R&D, de création, de logistique, de marketing et de vente. Donc les métiers du textile-habillement ont changé certes mais ils n’ont pas disparu pour autant ! Les activités développées dans cette filière sont devenues, pour la grande majorité d’entre eux, immatérielles. Celles-ci restent bel et bien ancrées ici. En parallèle, l’industrie des textiles techniques et fonctionnels connaît une croissance à deux chiffres depuis quelques années ! Nous sommes face à une industrie qui se restructure petit à petit sur des produits à forte valeur ajoutée sur lesquels les pays asiatiques n’ont pas prise.Par exemple ?
Le textile-verre (fibres de verre tissés) par exemple est aujourd’hui en forte croissance parce qu’il devient le support de tous les circuits intégrés de vos téléphones portables ou ordinateurs. C’est un matériau qui est donc étroitement lié à l’industrie électronique !
Dans le secteur de l’aéronautique, le textile est le principal matériau contribuant à l’allégement des appareils.

La région Rhône-Alpes, et l’agglomération lyonnaise en particulier, ont une tradition textile. Quelle continuité observez-vous entre l’histoire de l’industrie textile rhonapline et l’émergence de la filière des textiles techniques et fonctionnels ?
L’industrie locale a développé de longue date un savoir-faire dans le travail des fibres longues et résistantes (la soie). Ce savoir-faire est indéniablement un atout pour la maîtrise des fibres utilisées pour des textiles techniques comme les fibres de verre ou les aramides par exemple. Cette spécialisation dans les fibres longues explique en partie le fait que Rhône-Alpes est relativement peu présente sur le marché des textiles non-tissés (essentiellement à base de fibres courtes comme la laine et le coton) comparativement à la région Nord-Pas-de-Calais. A cela s’ajoute la puissance de l’industrie de la chimie qui a fortement contribué à la production de nouvelles fibres (synthétiques) et de nouveaux traitements des fibres (notamment à base de colorants).

Quels sont les liens de cette industrie avec les autres pôles de compétitivité de la région ?
Paradoxalement, nous n’avons moins de relations avec la Chimie française qui préfère se positionner sur le secteur pharmaceutique au détriment du développement des fils Par contre, nous sommes très en lien avec le pôle Sporaltec et avec Plastipolis (situé dans l’Ain) qui développe des produits à base de fibres et de plastique, ou encore Minalogic pour le développement des textiles « intelligents » et l’utilisation des nano particules dans le textile. Avec la santé aussi, les collaborations sont fortes : nous avons déposé un dosser visant à mettre au point un matériau de protection contre les maladies nosocomiales (il semblerait que 17% des maladies nosocomiales soient liées au tissu !). Nous allons travailler avec la faculté de pharmacie et de médecine sur ce type de projet.
Donc aujourd’hui on croise avec beaucoup de secteurs, soit des entreprises avec lesquelles on travaille sur l’amélioration de procédés, soit avec des entreprises avec lesquelles nous avons des marchés communs (sport, automobile, aéronautique, santé). Techtera joue la carte des croisements et des synergies entre les filières qui sont la clé de la réussite en permettant de rester innovant !

Concrètement, quels sont les principaux projets menés au sein de Techtera ?
15 projets ont été labellisés en 2006 avec un taux de réussite important puisque seulement 2 ne seront pas financés.
Un des projets phares aujourd’hui est la fabrication de structures textiles en trois dimensions utilisant la technique dite NAPCO (de non tissé). C’est un tissu qui présente l’avantage de pouvoir intégrer plein de fonctions : on peut y mettre de l’air (anti-bruit, isolant thermique), des fils électriques (pour cacher tous les fils). Ces produits trouveront des débouchés dans le génie civil, les transports ou le médical. Un autre projet dénommé « Univerre » a pour objectif de mettre au point des fonctionnalités nouvelles à base de fibres de verre haute performance pour la fabrication de tissus multicouches. C’est une technologie parfaitement maîtrisée par Boldoduc et Porcher notamment. Nous espérons ainsi conquérir de nouveaux marchés dans l’aéronautique, l’électronique ou l’isolation thermique. Je pense également à un projet développé en partenariat avec OSEO-ANVAR, sur la mise en place de textiles chauffants à vocation industrielle ou grand public. Voilà quelques projets R&D des industriels qui ont été labellisés.

Y a-t-il des collaborations avec le secteur de l’habillement ?
Oui, un point de connection est en train de voir le jour entre la mode, les industries créatives et le textile technique. En partenariat avec l’Union des Industries Textiles, nous menons aujourd’hui une action collective visant à croiser le secteur des industries créatives (comme l’habillement) avec l’industrie du textile technique. En effet, la valorisation de la marque se fait bien dans l’habillement mais peu dans le textile technique et on souhaiterait qu’il y ait plus d’échanges là-dessus. Inversement, le textile technique peut également se doter d’une finalité esthétique. Hermès travaille aussi sur des matériaux très techniques !Vous avez intitulé votre dernière assemblée générale « partager l’innovation : c’est le premier pas vers une nouvelle révolution industrielle ».

Concrètement, quels sont les outils mis à la disposition des industriels par Techtera pour favoriser l’innovation ?
Le rôle de Techtera est d’impulser des projets innovants tels que ceux mentionnés auparavant, et il dispose d’outils spécifiques pour y arriver. Il y a tout d’abord un service de veille technico-économique délivré par l’IFTH permettant aux entreprises du pôle d’anticiper au mieux les variations du marché et des normes. Nous avons également mis en place un incubateur « Incubatech » à Lyon (IFTH) dont le but est d’aider les entreprises à créer de nouveaux produits en mettant des technologies à leur disposition pour qu’elles puissent tester leurs inventions à moindre coût et valider la faisabilité économique de leur projet. Nous organisons aussi les « Ateliers de l’Innovation » ouverts à l’ensemble des industriels des textiles à usage technique et qui permettent de faire le point sur l’état des besoins et d’échanger sur des projets de R&D. Nous avons ainsi abordé des thèmes tels que le textile et la santé, les besoins de l’armée ou le textile et le son. Et puis, nous aidons également les entreprises dans leur stratégie internationale avec l’aide de ERAI et de l’Espace Textile.

Quelles sont selon vous les principales innovations à venir dans le secteur ?
La santé est incontestablement un domaine où les textiles techniques trouveront beaucoup de débouchés. Qu’il s’agisse des textiles permettant l’auto-surveillance du malade (à base de capteurs), des biotextiles (pour les greffes) ou des textiles anti-bactériens, on aperçoit un vaste champ d’applications possibles. En matière d’environnement aussi, on voit apparaître des textiles à durée de vie limitée comme par exemple ceux que vous mettez sur vos plantes afin de les protéger du gel. Et puis dans l’armée, les travaux sont également nombreux pour fabriquer des textiles à la fois confortables et protecteurs (certains sont capables de vous rendre imperceptibles au détecteur de chaleur) ! Je pense enfin à tous les supports flexibles à effet barrière utilisés dans le bâtiment ou dans les transports pour accroître la protection contre la chaleur ou contre le feu. Pour Techtera, il s'agit de parvenir à un niveau d'activité homogène et à une masse critique suffisante sur ces différents segments d'application des textiles techniques, et ce afin de lutter contre l'arrivée des pays émergents sur ces nouveaux marchés.