Vous êtes ici :

Croisière sur le fleuve-Dieu

Photographie d'un bateau navigant sur le Rhône
Le Rhône

Texte

Les agences françaises et les compagnies de navigation vendent le Rhône comme un produit phare.

Les études préliminaires lancées montrent le potentiel de développement d’un véritable projet de territoire qui valoriserait le patrimoine naturel et culturel en augmentant la fréquentation touristique des villages riverains.

Texte extrait de “Courant Rhône, patrimoine fluvial et territoires”, la lettre semestrielle n° 3 de la Maison du Rhône du printemps 2001.
Date : 30/01/2001

« Le fleuve-dieu est aussi pittoresque que le Rhin romantique, le saviez-vous ? »


C’est par cette apostrophe que s’ouvre le dépliant de la compagnie Croisieurope consacré aux croisières sur le Rhône. Plusieurs compagnies fluviales qui font naviguer leur flotte sur les grands fleuves d’Europe ont compris tout l’intérêt qu’il y a à conjuguer les produits du terroir et les activités culturelles, en faisant découvrir la beauté des fleuves et celle de ses rives….

Les beaux jours venus, de longs paquebots blancs aux larges baies vitrées remontent donc paisiblement le fleuve, puis éventuellement son affluent la Saône jusqu’à Chalon… De la Camargue à la Bourgogne, les touristes, dont beaucoup d’américains et d’allemands, sont ravis de leurs séjours au fil de l’eau…

Il est vrai qu’une journée type, telle que celle décrite au quatrième jour de la « Croisière du Soleil » met plutôt l’eau à la bouche : les passagers se réveillent à Viviers (Ardèche), visitent ce fleuron injustement méconnu de l’architecture médiévale, réembarquent pour quelques heures jusqu’à la prochaine halte, à Tain-l’Hermitage, où ils dînent en dégustant un Côtes-du-Rhône…

Marta, pétillante sexagénaire new-yorkaise, remontait à bord du Viking lorsque nous l’avons rencontrée à Lyon, quai Claude Bernard. Elle venait de visiter la basilique de Fourvière, puis était redescendue de la colline en compagnie de son amie et d’un plan de la ville - en se promenant dansles ruelles de Saint-Jean. Ravie et surprise de découvrir une grande ville qu’elle ne connaissait pas encore…

Comme la plupart des Américains embarqués sur cette croisière de luxe, elle était déjà venue en France, à Paris, dans le Midi… Cette fois, elle a visité la Camargue «it’s very beautiful», Avignon, et ce jour, la capitale des Gaules… Le programme avait beau être perturbé en ce mois d’avril en raison des crues du fleuve, - une étape s’est faite en car, le bateau n’ayant eu la permission de remonter avec ses passagers à cause d’une écluse pas encore réhabilitée -, Marta se réjouit de découvrir d’autres beautés cachées de notre région. « Le musée d’art contemporain de Lyon mérite-il le détour ? » s’enquiert-elle. Elle trouve les Français courtois et accueillants, prêts à renseigner l’Américaine égarée.

Des propos qui tranchent sur les préjugés habituels ! Ilary, autre américaine de Boston, a déjà visité auparavant la Bourgogne via ses canaux. La vallée du Rhône était une « première » pour elle aussi. Elle envisage de parcourir une autre fois la région en bateau, pour découvrir le Beaujolais, la Dombes, ou encore le canal de Roanne à Digoin. Tous ces territoires représentent autant de destinations attrayantes que de possibilités de naviguer sur les eaux.

Les tours opérateurs américains, déjà à l’oeuvre sur le Rhin depuis de longues années, ont compris l’intérêt qu’il y a à proposer l’un ou l’autre des territoires arrosés par nos fleuves, rivières et canaux. Les agences françaises et les compagnies de navigation l’ont compris aussi quand elles « vendent » le Rhône comme un produit phare, selon l’expression des spécialistes du marketing.

Parallèlement, l’offre de batellerie se diversifie. La plaisance aussi connaît un développement foudroyant de son activité, ainsi que les bateaux à passagers qui font des courtes navettes sur un site. Des paquebots neufs, comme le Rhône Princess renforcent la flotte, quasiment inexistante il y a cinq ans. En 2000, ils étaient huit à sillonner le fleuve d’avril à novembre, avec une capacité totale de 36 000 passagers par an ; ils seront treize en 2002. Via le fleuve, de nouveaux horizons touristiques se profilent. D’ailleurs, à quand la remise en navigabilité du Haut-Rhône? Les études préliminaires ont été lancées, elles montrent elles aussi le fort potentiel de développement d’un véritable projet de territoire qui valoriserait le patrimoine naturel et culturel en augmentant la fréquentation touristique des villages riverains.

Il reste beaucoup à faire ici ou là au fil du Rhône et de la Saône pour mettre à profit la conjonction entre la demande touristique et les équipements : écluses à aménager au gabarit Freycinet (pour permettre le passage de bateaux atteignant souvent 110 mètres de long), appontements, ports de plaisance, haltes nautiques… sans oublier tout le maillage culturel à renforcer : musées, expositions, animations…

De la bonne articulation des politiques touristiques et culturelles, dépend en grande partie l’avenir de la vallée du Rhône. Ses innombrables ressources sont restées longtemps sous-estimées : plus pour longtemps…