Vous êtes ici :

L'avenir du Pôle National Ressources Cinéma de Lyon

Interview de Céline FERRIER

<< Il faut faire en sorte que le cinéma soit étudié par les enfants comme les œuvres littéraires et qu’ils aient la possibilité d’obtenir une culture cinématographique large. >>.

Interview de Céline Ferrier – Pôle National Ressources Cinéma de Lyon.

Quelles sont les différentes mission du Pôle National Ressources Cinéma de Lyon , les dispositifs mis en place pour catalyser cette initiation au cinéma et aux images, la spécificité des classes à PAC par rapport aux autres projets ?
Quel est l’avenir du PNR-cinéma à Lyon ?
Comment une collectivité peut-elle aider à la continuation de ce type de projet ?

Réalisée par :

Tag(s) :

Date : 01/02/2005

Pouvez-vous rappeler ce qu’est le Pôle National Ressources Cinéma de Lyon ?
Le PNR Cinéma de Lyon comme tous les PNR a été défini dans le cadre du plan « Art et Culture » mis en place par Jack Lang lors du gouvernement Jospin. Le plan « Art et Culture » est un plan de 5 ans qui se finit dans deux ans. Le PNR Cinéma est un réseau constitué de l’Institut Lumière, du cinéma Le France à Saint-Etienne – ce sont les deux partenaires culturels qui sont aussi deux salles à vocation pédagogique de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) de Lyon et du Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP). Ces partenaires ont signé ensemble la convention d’objectifs sur 5 ans. Nous travaillons également avec le Rectorat et la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) qui sont des partenaires sur le terrain. Le PNR-Cinéma, comme l’ensemble des PNR, a vocation dans trois grands domaines : la formation, l’édition et la documentation. De fait, le rôle du CRDP dans ce contexte est de tout mettre en œuvre dans ces trois domaines pour que le cinéma soit à la fois un support et un outil pédagogique dans toutes les matières. L’objectif est que le cinéma devienne un outil transversal à l’ensemble des matières. Ceci est réalisé fortement sur le temps scolaire et parfois sur le temps hors scolaire. La formation et l’édition représentent le plus gros de l’activité. En ce qui concerne la formation, nous proposons en moyenne deux formations nationales par an. Formations qui sont ouvertes à la fois à un public de l’éducation nationale – professeurs, formateurs, etc. – et à un public « culture » ainsi qu’émanant des collectivités territoriales. Par ailleurs, ces formations sont dites nationales car elles drainent un public de toutes les académies françaises. Ceci caractérise un objectif primordial des PNR qui est de faire se rencontrer voire de collaborer des personnes qui devraient travailler plus souvent ensemble sur le terrain de l’éducation ou de la culture. En ce qui concerne l’édition 2005, nous travaillons au CRDP de Lyon sur un DVD qui porte sur un programme de courts-métrages retenu dans le dispositif « collège au cinéma ». Nous avons choisi ces courts-métrages en les accompagnant de leurs analyses. Ce support permet aux enseignants de pouvoir travailler autour de ces films. La documentation est plus limitée car elle ne sera qu’à l’échelle régionale ou locale. Elle se fait en collaboration avec la médiathèque du CRDP de Lyon. Cela consiste à créer un espace cinéma à la médiathèque qui est en réalité un espace de prêt de films libres de droit ainsi que toute la documentation qui permet d’analyser ce film et Pôle National de Ressources en Cinéma de travailler avec. Cela prend la forme d’une mallette qui offre à peu près toute la matière pour mettre en place un projet. Nous avons à peu près 200 titres, au CRDP de Lyon et nous essayons d’avoir un rythme d’achat régulier et conséquent.

Quels sont les rôles des autres partenaires : Institut Lumière et Cinéma Le France ainsi que l’IUFM ?
Ces trois partenaires interviennent principalement sur les formations. Ils servent de lieux d’accueil, ils proposent des intervenants lors des formations. Ce sont aussi des lieux de communication pour les événements parallèles et notamment lors des avantpremières de films pour faire connaître l’éducation à l’image aux autres enseignants. Ils interviennent aussi sur des projets ponctuels : formations académiques, etc.

Pouvez-vous nous préciser un peu les dispositifs mis en place pour catalyser cette initiation au cinéma et aux images ?
Le PNR Cinéma n’intervient jamais en établissement directement. Notre rôle est d’intervenir en amont auprès du personnel enseignant et encadrant. Les projets mis en place sont de deux formes : soit ils répondent à un dispositif précis, soit ils sont plus libres. Par exemple, il y a les classes à Projet Artistiques et Culturels (PAC) et les ateliers artistiques. Ce sont les deux grands dispositifs. Par ailleurs, il y a également les projets liés aux dispositifs « école et cinéma », « collège au cinéma » et « lycéens en cinéma ». Ces trois dispositifs fonctionnent de la même manière. Ce sont des dispositifs nationaux mais qui sont organisés dans chaque département ou région. Ce sont des opérations qui visent à emmener les écoliers, les collégiens et les lycéens trois fois par an au cinéma. Ces films sont utilisés par l’enseignant pour travailler en classe aussi bien en littérature, en histoire géographie, en art plastique, en musique ou même encore en cours de langue. C’est une démarche transversale. Par exemple, « Collège au cinéma » a lieu dans 87 départements à ce jour. Dans le Rhône ce dispositif existe, mais tous les établissements n’y sont pas forcément inscrits. C’est une démarche volontaire. C’est l’enseignant qui choisit de s’y inscrire et qui établit son programme. Le Centre National de la Cinématographie est pilote de ces dispositifs et c’est à lui qu’incombe chaque année le choix des films. Ensuite, chaque département sélectionne dans cette première liste à son tour 3 films qui seront proposés aux écoliers, collégiens et lycéens. Il y a également tous les projets montés par les enseignants et ce de façon totalement indépendante d’un dispositif. Ces projets sont rares car dans ce cas, l’enseignant se trouve face à de nombreuses contraintes de temps, d’argent et de moyen.

Quelle est la spécificité des classes à PAC par rapport aux autres projets ?
Les classes à PAC font partie d’un dispositif où un enseignant réalise un projet en collaboration avec un artiste dans le temps scolaire. L’objectif, là aussi, est d’intégrer le projet artistique dans l’enseignement d’autres matières. La classe à PAC implique d’emblée une collaboration entre les autres enseignants car l’enseignement dans le cadre du projet doit être transversal. Mais il est vrai que ce type de projet parvient à donner du sens à l’ensemble des enseignements dispensés aux élèves. En revanche, il est vrai que ces derniers temps, il y a eu un effet médiatique négatif autour des classes à PAC. Une rumeur disait qu’elles n’existaient plus car les financements étaient trop faibles. Cela a eu pour conséquence une moindre demande de la part des enseignants alors que ces classes existent et fonctionnent encore. C’est vrai qu’en primaire, il y a peu de classes à PAC en cinéma. Mais en collège et lycée, c’est plus important. Toutefois, on constate qu’en cinéma, ce qui intéresse les enseignants, c’est plutôt d’avoir des ateliers. En effet, dans ce cas cela représente beaucoup d’heures, le financement est plus important, l’enseignant a du temps en plus de son temps de classe, les élèves qui viennent sont des élèves volontaires. De plus l’intervenant vient quasiment à chaque séance (3 heures) ce qui renforce les liens entre le milieu professionnel et le milieu éducatif. Qu’est-ce qui d’un point de vue pédagogique vous semble important à souligner sur l’ensemble de ces projets ? D’un point de vue pédagogique, ce qu’il y a d’intéressant dans l’ensemble de ces expériences est que le cinéma est « prétexte à » Il sert enfin les autres enseignements : mathématiques, physiques, biologie. C’est ici que réside l’essence même du projet du PNR Cinéma. Après si le cinéma est analysé comme tel : tant mieux… c’est même souhaitable. Mais l’objectif premier est de pouvoir se servir du cinéma comme support pédagogique à d’autres matières. Ce type d’utilisation du cinéma ne peut qu’ouvrir à une analyse plus fine du cinéma en lui-même et des images.

Avez-vous eu des retours des enseignants et des élèves sur ce type d’expériences pédagogiques ?
Oui, c’est positif. Généralement, on constate que les élèves les plus en difficulté sur certaines matières, parviennent à se motiver par l’intermédiaire d’un tel projet. D’un point de vue du corps enseignant, cela a eu de très importantes retombées. Entre autres, cela a re-motivé des enseignants, cela a permis la création de collaborations entre enseignants de matières différentes, cela a permis à certains de poser un regard différent sur leur propre métier. Au final, ce sont sans doute les enseignants qui sont plus demandeurs que les élèves. Ces derniers ont effet, dans la majorité des cas, la chance de vivre de nombreuses expériences sur leur temps scolaire et hors –scolaire. Nous essayons de ne pas dissocier la pratique de la théorie – l’expression du PNR est « du voir au faire » - afin qu’enseignants et élèves aient à la fois la possibilité de comprendre et d’analyser les images et d’en fabriquer eux-mêmes. L’étape de la fabrication est également primordiale. L’objectif est que les élèves aient une petite expérience cinématographique qui les place derrière la caméra. Tout ça n’est pas dans le but d’en faire des réalisateurs mais plutôt de leur ouvrir les yeux sur les images et de leur permettre, par exemple, d’être un peu plus citoyen devant leur télévision ou en salle de cinéma. En effet, ces deux médias ne doivent plus représenter pour eux que le rêve et l’imaginaire mais aussi des entités qu’ils ont pu eux-mêmes appréhender. Par exemple, dans l’étape du montage, les élèves se rendent compte à quel point on peut manipuler les images et ainsi les informations qu’on délivre. Ils sont d’emblée plus attentifs au regard des journaux de 20 heures par exemple. L’enseignant peut également à travers ce type d’expériences revenir 4 avec les textes écrits et montrer comment ces derniers sont montés, travaillés, mis en scène.

Existe-t-il d’autres PNR-Cinéma en France ?
Officiellement, il y en a 5 mais dans les faits il n’y en a que deux qui fonctionnent (Lyon et Toulouse avec la cinémathèque de Toulouse). En fait, les trois autres n’ont pas eu d’actions dans la formation et l’édition. Mais à Lyon outre le fait que le réseau d’acteurs existait déjà et que les gens ont souhaité travailler ensemble une véritable impulsion a été donnée avec l’engagement d’une personne à temps plein (Céline Ferrier, chargée de mission, [ndlr]) pour s’occuper de ce projet. L’installation d’un PNR-Cinéma à Lyon trouve alors logiquement un sens ? Il semblerait effectivement que lorsque l’attribution des PNR a été pensée à Paris, le passé de Lyon lui attribuait d’emblée un PNR-Cinéma. Mais au delà de ces aspects historiques, en ce qui concerne la pédagogie et l’éducation à l’image, l’Académie de Lyon était très dynamique bien avant la création du PNR-Cinéma. Il y avait des formateurs académiques en cinéma et en audiovisuel, des lieux comme Le France à Saint Etienne, beaucoup d’enseignants concernés par ces questions d’éducation à l’image et au cinéma. Donc, d’un point de vue pédagogique, beaucoup de choses existaient déjà. Lorsqu’à la création du PNR, il a fallu mettre en place les actions, cela n’a pas été très difficile de trouver les partenaires et de les faire travailler ensemble. Le PNR a catalysé la mise en réseau des différents partenaires et a permis de donner une dimension nationale à ce qui se passe dans cette académie sur ces questions-là. On reçoit ici des enseignants et des intervenants de toutes les régions de France à qui on expose entre autres des retours d’expériences pédagogiques en matière d’éducation à l’image et au cinéma. Cela contribue fortement au rayonnement des initiatives académiques.

Quel est l’avenir du PNR-cinéma à Lyon ?
Tout dépendra de ce qui peut être décidé au niveau gouvernementale pour la suite des dispositifs et notamment pour les classes à PAC. On espère beaucoup des dispositifs comme école, collège et lycéens en cinéma. Il faut faire en sorte que le cinéma soit étudié par les enfants comme les œuvres littéraires et qu’ils aient la possibilité d’obtenir une culture cinématographique large. Il y a une véritable volonté sur le terrain pour ces trois dispositifs là. En revanche si les classes ateliers et les classes à PAC ne sont pas soutenues d’un point de vue gouvernemental, elles ne pourront pas perdurer.

Comment une collectivité peut-elle aider à la continuation de ce type de projet ?
Une collectivité comme le Grand Lyon ou la région aide et ce de façon logique les projets qui ont déjà le label Education Nationale. Mais le terrain doit faire remonter l’information. La véritable question est sans doute : quel type d’école voulons-nous pour demain ?
Le département du Rhône ainsi que la Région sont très concernés par ces questions d’éducation à l’image et soutiennent financièrement des projets. La Ville de Lyon s’est engagée avec les 10 classes à éducation artistique et le Pôle National Ressources Art, Langage et petite enfance. Il y a des actions à l’échelle locale. De plus, avec la décentralisation va se poser la question de qui va porter l’éducation artistique ? Les PNR sont nés d’une action militante d’un gouvernement mais ce n’est plus la tendance actuelle. Beaucoup de choses vont être déléguées aux collectivités territoriales. Il faut espérer que Lyon, forte de son image, de son histoire, reprenne ces actions en faveur de l’éducation au cinéma et à l’image. C’est un peu un pari.