Améliorer les interactions entre les citoyens et la sphère politique est possible : cela passe notamment par l’éducation, par une meilleure écoute des citoyens, par le perfectionnement des démarches participatives, par une plus grande transparence de la part des institutions... A l’échelle de l’agglomération, quelles actions peuvent être envisagées ?
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1- Eduquer à la pratique du débat et à la construction d’une opinion
L’éducation aux outils de communication, l’apprentissage de la prise de parole en public, de l’échange d’arguments et de la résolution des conflits par la parole servent à notre pratique de la démocratie. Comment acquérir ces connaissances et ces savoir-faire et les stimuler tout au long de notre vie ?
Promouvoir dès le plus jeune âge l’apprentissage du « parlé démocratique »
- Proposer une formation aux plus jeunes, intégrée dans le cursus scolaire
L’école peut en effet servir de cadre pour expérimenter et s’approprier les règles du débat. C’est déjà parfois le cas, mais un dispositif plus ambitieux pourrait être imaginé avec :
- la sensibilisation et l’implication du corps enseignant ;
- l’utilisation des moments forts de la vie d’un écolier, collégien, lycéen (élections de délégués de classe, projet de sortie scolaire, problème de discipline, etc.) et de l’actualité ;
- la formation à la prise de parole, à l’argumentation, à la négociation, mais aussi aux autres leviers de la démocratie (internet, consommation, …) ;
- et enfin, l’information des jeunes sur les compétences et l’offre de participation du Grand Lyon.
- Comment favoriser l’apprentissage à l’âge adulte ?
A l’âge adulte, les occasions de se former à la prise de parole en public, à l’argumentation, à l’analyse de l’opinion d’autrui, à l’écoute sont rares. Chacun les expérimente, avec plus ou moins d’aisance et de talent, dans un cadre professionnel ou de loisirs. Lorsque les espaces de débat existent, les règles du débat ne sont pas toujours expliquées aux participants. Certains conseils de quartier de l’agglomération, comme ceux de Saint-Priest, ont mis en place avec succès des formations favorisant ces apprentissages : « conduite de réunion », « prise de parole en public »… Mais il semble que ces initiatives restent trop rares.
Des actions spécifiques en faveur de la presse et d’internet ?
Ces médias sont essentiels pour susciter, rendre compte, et donc alimenter le débat public. Au moins trois pistes d’action sont à explorer :
- améliorer la qualité des médias et garantir leur indépendance ;
- faciliter l’accès du plus grand nombre à l’information ;
- favoriser l’éducation aux outils de l’information ;
Le premier pas serait de réaliser un diagnostic des médias et des usages locaux. Le Pôle international pour la recherche de presse (Pirp), installé à Lyon, pourrait constituer un allié de choix dans l’élaboration de ce diagnostic. Celui-ci pourrait donner l’impulsion nécessaire à des innovations locales, co-produites avec les acteurs concernés.
2- Favoriser l’expression spontanée et l'écoute des citoyens
Les collectivités ont tendance à s’intéresser trop exclusivement aux débats qu’elles organisent, au risque de ne pas percevoir l’opinion réelle. La société dans son ensemble a besoin de se mettre en débat. Malgré les limites actuelles (manque de moyens, méthodologie à inventer…), comment favoriser le débat public et être à son écoute ?
Faire connaître et partager cette volonté
Identifier les publics et les conditions favorables à leurs expressions
Le Grand Lyon peut se mettre en capacité de favoriser l’expression des citoyens en influant sur plusieurs niveaux :
- cerner les différents publics et leurs besoins (les seniors, les jeunes, les mères de famille, les personnes en situation précaire, les personnes aux horaires décalés, etc.) ;
- poursuivre la politique d’aménagement d’espaces publics de qualité pour favoriser les rencontres et l’expression ; l’agglomération est déjà une bonne élève en la matière mais les efforts doivent se poursuivre pour que chaque espace public ne soit pas pensé uniquement sur le plan fonctionnel. Il s’agit par exemple de conserver les places publiques, d’y proposer des sièges mobiles, etc. ;
- identifier les lieux susceptibles de devenir des lieux d’échanges ; les lieux de débat, gratuits ou à faible coût, semblent faire cruellement défaut. Les Ateliers de la citoyenneté se rencontrent par exemple dans un ancien cinéma de quartier. Faut-il utiliser davantage les cafés ou se tourner vers les centres scolaires en-dehors des heures de cours ?
Ecouter… et exploiter aussi en-dehors de l'institution !
- Comment se doter de moyens d’écoute des expressions spontanées ?
Des méthodes sont à mettre au point et des outils sont à développer . Il arrive que des citoyens impliqués dans des démarches spontanées s’engagent également dans des dispositifs institutionnalisés afin de faire davantage entendre la voix de leur association, de leur réseau… Mais la logique participative et celle du débat public sont complémentaires et doivent être distinguées, leurs écoutes doivent donc être différenciées.
- Comment décrypter les différents messages : un mode de gouvernance à inventer ?
Pour exploiter au mieux ces différents messages, il convient de les traiter avec discernement, afin de les hiérarchiser et d’écarter les dérives éventuelles. Il ne s’agit pas d’atténuer les dissensions, mais d’identifier clairement la diversité des points de vue, d’entendre des discours inédits, d’observer l’élaboration de projets de société, que les élus pourraient choisir ou non d’adopter.
3- Relever le défi de la transparence
Les compétences du Grand Lyon ne sont pas toujours bien cernées par les Grands Lyonnais. Si ceux-ci perçoivent aisément la compétence « propreté », qu’en est-il pour les compétences en partie déléguées (service public d’eau potable, parcs de stationnement…), ou celles, plus transversales, concernant l’économie, les déplacements ou encore l’environnement ? En outre, les parcours de prises de décisions (qui décide ? à qui s’adresser ?), comme les démarches participatives développées (comment participer ? à quoi servent-elles ?) semblent encore insuffisamment connues. Comment améliorer la lisibilité du Grand Lyon (compétences et fonctionnement) et des démarches participatives (pérennes et ponctuelles) et faire du Grand Lyon un acteur exemplaire de la démocratie ?
Développer davantage de pédagogie et partager l’information
Celle concernant le fonctionnement communautaire
Des améliorations sont possibles pour permettre une meilleure appropriation du fonctionnement du Grand Lyon : il peut s'agir de hiérarchiser davantage l’information (la concurrence est rude), de la problématiser (produire du sens et non se contenter des faits), de varier les supports de communication, y compris internet de plus en plus plébiscité comme source d'information, de signaler plus clairement les messages officiels du Grand Lyon et les autres...
Nombres d’outils et de supports existent déjà et peuvent être activés dans cet esprit là.
Celle concernant les démarches participatives
Deux types d’information peuvent être davantage diffusés et expliqués :
- l’offre de participation présente localement ;
- les règles régissant les démarches participatives : le fonctionnement et les objectifs visés. Ces règles doivent être connues des participants, des services et des élus, mais aussi facilement accessibles au citoyen lambda.
Ces efforts sont nécessaires pour renforcer la confiance des citoyens, et de leurs représentants, dans ces démarches et entretenir leur dynamique (renouvellement et implication des participants, « bouche à oreille » positif, etc.). Là aussi, des outils existent déjà.
Organiser un véritable réseau de la participation pourrait favoriser ce partage d’information, entre les professionnels de la participation et les citoyens (toutes échelles territoriales confondues). Le Grand Lyon pourrait organiser une rencontre annuelle où les différents dispositifs participatifs viendraient partager leurs expériences, leurs difficultés et construire ensemble les bonnes pratiques…
Généraliser le suivi et l’évaluation…
Les enjeux sont bien sûr de démontrer l’efficacité, souvent critiquée, des politiques communautaires comme des démarches participatives, de les améliorer le cas échéant et de gagner ainsi en crédibilité. Il s’agit d’utiliser au mieux et de redécouvrir les outils existants, voire d’en imaginer d’autres.
4- Elargir la délibération publique
Le Grand Lyon a été la 1ère agglomération à se doter d’une Charte de la participation (2003). Progressivement, les démarches participatives se sont multipliées, apportant aux Grands Lyonnais, aux services comme aux élus de l’agglomération, une certaine expérience et des outils en la matière. Comment conforter et améliorer l’offre existante pour ceux qui s’engagent dans une démarche participative, comme pour ceux qui s’expriment moins ou pas du tout ?
Tendre vers un panel représentatif ou rendre compte de la diversité ?
Les acteurs de la participation se trouvent confrontés de façon récurrente au dilemme de la représentativité. Les démarches participatives sont fondées sur le volontariat. Or, on constate que cette méthode ne parvient pas à faire venir des jeunes habitants, des femmes, des personnes issues de l’immigration, etc. On peut s’interroger d’ailleurs sur la représentativité souhaitée : faut-il faire en sorte que toutes les opinions, toutes les catégories socioprofessionnelles, tous les âges, toutes les minorités, etc. soient représentés ? Le propos n’est pas d’atteindre la représentativité parfaite dans les instances participatives, mais bel et bien de refléter davantage la diversité de notre territoire.
Comment dans ce cas insuffler davantage de diversité sociale et culturelle dans ces instances ? Les acteurs de la participation font appel à des solutions variées : le Conseil de développement du Grand Lyon a par exemple corrigé la composition de son collège citoyen pour que les femmes soient davantage représentées et contacté diverses associations pour tenter de toucher les personnes moins représentées, la Région Rhône-Alpes a déjà utilisé le tirage au sort, etc. D’autres pistes sont fréquemment évoquées par les acteurs de la participation : sensibiliser les jeunes dès le collège ou le lycée, solliciter les associations travaillant pour et avec les minorités (personnes en grande précarité, femmes issues de l’immigration, etc.), utiliser des opérations de communication plus novatrices pour sensibiliser de nouveaux participants…
Adopter des démarches différenciées selon les publics ?
L’idée peut paraître simple et est souvent mise en pratique lorsque l’on s’adresse à des jeunes . Mais qu’en est-il des autres publics ? Est-on prêt à imaginer d’autres rencontres que les réunions de fin de journée pour permettre aux jeunes parents et actifs urbains de s’y rendre plus facilement ? Saura t’on s’exprimer plus simplement pour toucher un public peu familier du jargon politique ou technique ? Est-il possible d’utiliser des méthodes plus attractives pour inciter les habitants à participer ?
L’objectif est de se mettre à l’écoute de l’ensemble de la population : il s’agit non seulement de perfectionner les dispositifs participatifs existants, mais aussi d’innover et/ou de s’inspirer de l’expérience d’autres pays. Il est difficile de trouver des informations utiles et faciles à mettre en pratique, mais on observe de plus en plus de publications en la matière, comme par exemple ce guide conçu par des praticiens américains, canadiens et néerlandais de la participation.
Mobiliser sur de bonnes bases
Les acteurs de la participation (usagers, chargés de communication/concertation, élus, services techniques) formulent régulièrement des pistes d’amélioration concernant le fonctionnement même des démarches participatives :
- être plus clair sur les objectifs de la participation ;
- faire connaître les règles de fonctionnement qui en découlent.
Expérimenter de nouveaux outils pour faciliter le passage des opinions individuelles à un jugement collectif
Opter pour telle ou telle méthode participative ne s’improvise pas. Les objectifs de la participation, la nature et l’ampleur du sujet, les participants, le temps disponible et le budget sont autant d’éléments à prendre en considération. Parmi les nombreuses méthodes décrites, certaines ont à cœur de déjouer les pièges du débat (rapports dominant/dominé, inégalités des participants, etc.). On peut citer par exemple (d'après un guide conçu par des praticiens américains, canadiens et néerlandais de la participation) les jurys de citoyens ou encore les sondages délibératifs .
>> Pour approfondir :
- Pôle international pour la recherche de presse, fiche acteur, 2006, www.millenaire3.com
- Vers quels lendemains allons-nous ? (chapitre Démocratie), 2005, Cédric Polère, www.millenaire3.com
- Communication publique : qui prendra l’information au sérieux ?, 2003, Bertrand Labasse, www.millenaire3.com
- Une dynamique de l’insignifiance : les médias, les citoyens et la chose publique dans la « société de l’information », 2002, Bertrand Labasse, éditeur Presses de l’enssib
- Les jeunes et la lecture de la presse quotidienne d’information politique et générale, 2004, Bernard Spitz, www.ladocumentationfrancaise.fr
- Garantir le pluralisme et l’indépendance de la presse quotidienne pour assurer son avenir (chapitre 3), 2005, Conseil économique et social (Michel Muller), www.ladocumentationfrancaise.fr ou non d’adopter.
- Débat public et dynamique démocratique, 2007, Catherine Foret, www.millenaire3.com
- Les Ateliers de la citoyenneté (fiche acteurs), 2005, www.millenaire3.com
- Interview de Philippe Dujardin (politologue), mars 2007, www.millenaire3.com
- Education et démocratie, 2007, Catherine Panassier et Valérie Pugin, www.millenaire3.com
- La démocratie chahutée, 2007, Catherine Panassier, www.millenaire3.com








