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Vitalité de l’engagement associatif et du bénévolat en France : quelques données statistiques.

Texte d'auteur

Contrairement à certaines idées reçues, le bénévolat est une valeur en hausse dans notre pays. C’est aussi un bon indicateur pour mesurer le rapport des Français aux notions d’engagement et de solidarité. Du latin benevolus, « bienveillant » — issu de bene, « bien », et volo, « je veux » — le terme exprime en effet l’aspiration qui conduit certains d’entre nous à exercer de manière librement choisie une activité non rétribuée, orientée vers le bien commun. Les données statistiques dont on dispose sur le sujet montrent que cette aspiration n’est pas affaiblie par la crise économique et politique que traverse le pays. L’engagement bénévole augmente même plus fortement chez les jeunes générations, tout en prenant des formes nouvelles (plus « directes » et ponctuelles) — ce qui ne va pas sans interpeller le secteur associatif traditionnel.
Date : 22/12/2014

Selon les enquêtes les plus récentes, les Français seraient entre 15 et 18 millions à donner de leur temps au service des autres, ou plus généralement pour des activités collectives. Ce sont les associations qui accueillent la grande majorité de ces bénévoles, sans qu’elles n’aient pour autant le monopole de cette forme d’engagement. Le bénévolat s’exerce aussi en effet au sein d’autres institutions sans but lucratif, comme les ONG ou les syndicats. Sans compter toutes les personnes qui apportent leur aide, de manière plus ou moins régulière, à leur voisinage ou à leur famille.

Le bénévolat, en progression constante au cours de la dernière décennie

En 2008, l’INSEE dénombrait 15,8 millions de personnes de 16 ans et plus membres d’au moins une association. En prenant en compte les adhésions multiples, les associations totalisaient alors environ 21 millions d’adhérents[1] dont plus de la moitié participaient bénévolement aux activités de l’association.

En 2010, une enquête commandée à l’Institut BVA par la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) des ministères sanitaires et sociaux, permettaient d’estimer à un peu plus de 16 millions le nombre de bénévoles en France[2]. Selon Lionel Prouteau, du Laboratoire d’Economie et de Management de l’Université de Nantes, 32 % des personnes enquêtées de plus de 18 ans déclaraient alors avoir exercé des activités bénévoles dans des associations ou d’autres types d’organismes. Rapprochant ces résultats de ceux obtenus à partir de l’enquête Vie associative conduite par l’Insee en 2002[3], Lionel Prouteau concluait alors à une progression de +4% du bénévolat chez les plus de 18 ans.

La participation au bénévolat était plus élevée dans les zones rurales et les petites villes (36 à 37 %) que dans les villes moyennes et les grandes agglomérations (29 et 28 %). Elle était croissante avec le niveau de diplôme (16 % pour les sans diplôme, plus de 40 % chez les Bac+2) et avec le revenu domestique, et influencée par l’appartenance à une religion et le degré de pratique religieuse (29 % dans le cas des personnes sans appartenance religieuse déclarée, 38 % dans le cas d’une appartenance religieuse avec pratique régulière). L’enquête permettait aussi de ventiler les participations bénévoles des membres d’associations selon les domaines d’activités :  plus de la moitié des participations intervenaient soit dans le domaine sportif (23 %), soit dans celui de la culture ou celui des loisirs (15%), les participations étant déclarées comme « régulières » dans environ 40 % des cas.

Des modes d’engagement qui se transforment

Des investigations plus récentes ont confirmé la tendance à la hausse de ces engagements non rémunérés. Selon l’enquête annuelle réalisée par l’IFOP pour France Bénévolat [4], le nombre de bénévoles en France a augmenté de 14% entre 2010 et 2013, cette progression étant particulièrement forte dans la tranche d’âge des 15-35 ans : + 32% (contre seulement +10% chez les 35-65 ans). Il faut dire que l’enquête comptabilisait pour la première fois en 2013 l’ensemble des engagements bénévoles (plus largement que dans le seul champ associatif). Ainsi, il apparaît désormais que 40 % des Français donnent de leur temps gratuitement pour les autres ou pour contribuer à une cause, en dehors de l’aide apportée au sein de leur famille.

L’enquête met aussi en évidence les transformations de l’élan bénévole. C’est en effet le « bénévolat direct » (vers des engagements de proximité, hors associations) qui augmente le plus fortement (+31%). De même, le bénévolat régulier perd du terrain au profit du bénévolat ponctuel : 73% des bénévoles sont aujourd’hui impliqués régulièrement dans leur action, alors qu’ils étaient 80% en 2010. Une bonne partie des enquêtés n’utilisent d’ailleurs pas le terme de bénévoles pour se caractériser, relève l’étude : « D’une manière modeste, ceux qui donnent de leur temps se considèrent surtout comme "des personnes ayant le souci d’être utile" (54%), (…) ou encore comme "des citoyens engagés" (38%) ou "se voulant acteurs" (35%). Mais très peu comme "des militants" (13% en moyenne et 9% chez les moins de 25 ans), et absolument pas comme "des amateurs", par opposition aux professionnels (5%). »

Les ressorts d’engagement varient assez fortement selon le secteur dans lequel on agit : le "souhait d’être utile à la société" vient en tête (71% en moyenne, variant de plus de 80% dans le secteur social et l’éducation populaire, à 60% environ dans les loisirs et le sport) ; l’épanouissement personnel vient ensuite, assez loin (49% en moyenne, motivation d’autant plus partagée que l’on est jeune). Sont également cités le souhait d’appartenir à une équipe (35% en moyenne, depuis 46% dans le sport ou chez les parents d’élèves, jusqu’à 29% dans le secteur social) et la cause défendue (34% en moyenne, variant logiquement du simple au double entre les loisirs et le secteur social, l’environnement ou encore la solidarité internationale). L’acquisition d’une compétence est un ressort décisif pour 19% des bénévoles, mais bien plus dans le secteur de la santé (35%) et chez les plus jeunes. Le désir d’exercer une responsabilité est partagé par 22% des bénévoles en moyenne, davantage dans le sport (29%) et moins chez les 25-55 ans, pour des raisons de disponibilité. Quant aux satisfactions déclarées, l’étude montre qu’elle mettent d’abord en avant "le contact et les échanges avec l’autre" (72%), "le plaisir d’être utile et efficace" (68%), et "la convivialité" (63%).

Le secteur associatif, lieu de résistance et d’innovation en temps de crise

« Nous ne pouvons que nous féliciter de voir que si la crise a un effet sur le bénévolat, c’est dans le sens d’une plus grande solidarité », écrit Dominique Thierry, Président de France Bénévolat, dans la préface de l’enquête de 2013 — tout en soulignant le défi posé aux responsables associatifs par la transformation des profils et des modes d’engagement des personnes : « Il sera dorénavant important, pour les associations, de s’adapter à ces nouveaux bénévoles, plus jeunes, moins constants, dont on remarque grâce à cette étude la forte motivation à aider. »

Valérie Fourneyron, Ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative, se réjouissait elle aussi en 2013 des conclusions de cette étude, estimant que « la crise que nous traversons n’entraîne pas un repli sur soi, une "désaffiliation" une atomisation des individus. (…)Contredisant les visions pessimistes sur la société, cette enquête inédite souligne en effet que les Français, loin de se replier sur eux-mêmes, sont généreux et solidaires. [Elle] met en évidence une réalité souvent occultée par les discours catastrophistes. Oui, dans les périodes difficiles, les Français font preuve de fraternité et d’entraide. Oui, ils s’investissent dans des causes d’intérêt général. »[5]

Un point de vue partagé par Nadia Bellaoui, Présidente du Mouvement associatif, qui se félicitait dans l’édition 2014 de La France associative en mouvement[6], du « sursaut de la création d’associations » au cours de l’année écoulée (+ 5,8 %) et de l’importance de l’emploi assuré par ce secteur (1 813 000 salariés dans 165 000 associations employeurs, soit 9,7 % des emplois privés du pays en 2013) : « Dans un contexte économique et politique troublé, (…) lorsque les chiffres du chômage en France sont en progression constante, ceux de l’emploi associatif résistent et apportent, là encore, un témoignage de la vitalité du secteur. La société civile est plus que jamais le lieu des sursauts citoyens et des rébellions face aux maux que connaît notre société. Elle est aussi celui où s’élaborent et s’expérimentent collectivement des solutions innovantes pour y faire face. »

[1] Frédéric Luczak et Fella Nabli, division Conditions de vie des ménages, Insee. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1327

[2] Source : Ministères chargés des affaires sociales et de la santé, Drees – BVA . Enquête sur la vie associative en France en 2010. http://www.associations.gouv.fr/1121-le-benevolat-en-france-en-2011.html

[3] Cf. « Donner son temps : les bénévoles dans la vie associative », Lionel Prouteau et François-Charles Wolff, Economie et Statistiques n° 372, 2004, pp. 3-39.

[4] La France bénévole 2013, http://www.francebenevolat.org/documents/recherche?rdoc[theme_document]=1

[5] http://www.associations.gouv.fr/1502-les-francais-de-plus-en-plus.html

[6] http://www.recherches-solidarites.org/