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Quand les mobilisations citoyennes interpellent l'action publique

Étude

Date : 31/03/2014

Cette étude a été réalisée dans le cadre d'un chantier de réflexion prospective consacré à "la conflictualité, les rapports de force et l'exercice démocratique", piloté par la Mission participation citoyenne de la Direction prospective et dialogue public du Grand Lyon, dans l'optique d'éclairer les défis auxquels les collectivités comme le Grand Lyon se trouvent confrontées dans la gestion des conflits autour de la chose publique.
 
Elle est complétée par les interviews d' acteurs de mobilisations citoyennes (Jean-Pierre Frencel association d'usagers de la SNCF et Matthieu Gouttefangeas, collectif d'usagers de la SNCF) ainsi que par des fiches de lecture ("La mésentante" de Jacques Rancière et "Le conflit" de Georg Simmel).
 Au moment où certains déplorent "l’apathie" ou la "dépolitisation" des citoyens français — dans un pays par ailleurs régulièrement secoué par de grandes manifestations de rue à forte teneur idéologique — que faut-il penser des mobilisations collectives plus "modestes", qui se nouent localement autour des usages de l’espace, de l’application du service public ou de la desserte des territoires ? Souvent perçus comme des obstacles à l’exercice de la puissance publique, ces engagements de proximité, qui prennent en général des formes protestataires ou conflictuelles, sont fréquemment déconsidérés par les décideurs. Au motif qu’ils seraient "non représentatifs", et centrés sur des "intérêts particuliers", les collectifs concernés sont renvoyés à leur statut minoritaire, et peu entendus dans un premier temps. Dans les faits, l’analyse prouve pourtant qu’ils font souvent évoluer l’ordre établi, trouvant par des voies originales les moyens de leur légitimité.

La présente note s’appuie sur diverses études de cas pour éclairer les registres d’action à l’œuvre dans ces conflits territoriaux, ainsi que les évolutions qu’ils entraînent, dans le corps social comme dans les institutions qui se trouvent prises pour cible. Elle alimente notamment la thèse selon laquelle ces conflits ne sont intrinsèquement ni bons ni mauvais, et que leur multiplication témoigne de l’évolution de nos sociétés contemporaines vers davantage de pluralité et de liberté individuelle.

Elle détaille la manière dont émergent, à l’occasion de ces controverses, des collectifs d’acteurs inédits ; les modalités par lesquelles ceux-ci parviennent parfois à faire valoir leur cause sur la scène publique ; et certaines des réponses ou adaptations qui sont mises en œuvre pour sortir du conflit, par les élus locaux et les agents des institutions interpellées. Elle propose enfin de considérer ces conflits territoriaux comme des moments révélateurs de l’activité démocratique, comme des épreuves collectives, voire comme des ressources, au cours desquels se produisent un certain nombre d’innovations, d’apprentissages de germes de changement qui, pris au sérieux, pourraient être source de renouvellement pour les institutions en charge de l’action publique.