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Penser la ville pour les étudiants

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Les étudiants constituent la future population active qui aidera demain le territoire à innover et à créer des emplois. Mobiles à l’international, ils contribuent à son ouverture culturelle et à son développement économique. Attirer ce public est donc un enjeu fort pour les villes, qui cherchent à se démarquer par des politiques ciblées, face à une concurrence devenue mondiale. Avec la création de la Métropole, la politique Université de l’institution évolue. La vie étudiante fait désormais partie de ses nouvelles compétences avec l’objectif de mieux prendre en compte les besoins des étudiants et d’en faire une véritable ressource pour le territoire.
Ainsi, une étude approfondie, réalisée en 2016, a permis de comprendre les modes de vie et aspiration des étudiants pour leur proposer des services adaptés notamment sur les thématiques du logement et de la professionnalisation.
Date : 08/02/2017

Conscientes du potentiel que les étudiants représentent pour elles (économique, intellectuel, culturel...), les villes rivalisent d’initiatives pour les séduire : dispositifs d’accueil, pass multiservices, tarifs attractifs… Second pôle universitaire français, la métropole lyonnaise ne jouit pourtant pas d’une image de « ville étudiante » et reste mal classée dans les palmarès spécialisés.

Sur quels leviers miser, pour inverser la tendance et renforcer son attractivité ? Qu’attend la génération Y de son cadre de vie ? Quelle offre de services fera demain la différence ? Portée par ces questions, la Métropole a engagé un chantier prospectif, en lien avec la Ville de Lyon et l’Université de Lyon. Avec un parti pris, inédit pour elle, en la matière : partir de la demande des étudiants eux-mêmes.

Faciliter la vie des étudiants, avec une nouvelle offre de services

L’étude le révèle : en 2016, la vie étudiante a perdu de son insouciance, à Lyon comme ailleurs.
Dénicher un toit, boucler ses fins de mois, devenir employable… autant de nouvelles sources de stress pour les étudiants, qui appellent des réponses innovantes côté collectivité.
« Mon appartement est horrible. La propriétaire a profité des étudiants en situation délicate pour refiler son appartement insalubre », déclare Jenna. « Je me suis retrouvée à travailler plus pour survivre. Mes études m’ont semblé ingérables avec tout ça, j’ai fini par les laisser tomber », écrit Hadrien. Jenna et Hadrien, font partie des 17 étudiants lyonnais rencontrés, pour les besoins de l’enquête de la Métropole de Lyon sur les étudiants de l’agglomération. L’enjeu de la démarche : comprendre au plus près la réalité vécue par ces jeunes, leurs conditions de vie et d’accueil, pour adapter la ville à leurs besoins. Pour cela, un dispositif original a été déployé : s’inspirant des méthodes ethnographiques (récits de vie, entretiens approfondis, réunion de groupe), les auteurs ont effectué une plongée au cœur de la vie étudiante, auprès d’un panel de jeunes diversifié. Cette immersion nous apporte une mine précieuse d’informations sur leur quotidien, et notamment, les difficultés qu’ils rencontrent sur leur territoire.

Le logement, point noir de l’accueil
Au premier rang de ces difficultés : dénicher un logement. C’est en général, la première démarche qu’effectue un étudiant à son arrivée dans sa ville d’accueil. « Une expérience traumatisante, quand elle ne se fait pas avec un parent, face à certains propriétaires sans scrupules, qui soit refusent d’étudier les demandes, soit proposent des locations dégradées », décrit l’auteur Geoffroy Bing. L’enquête constate un fort décalage entre l’offre et la demande sur l’agglomération lyonnaise. Résultat, la recherche est longue, avant de trouver un logement acceptable ; les conditions, souvent spartiates et chères ; le marché, trop rigide pour répondre au besoin de flexibilité d’étudiants toujours plus mobiles et en quête de solutions temporaires (du fait de leurs stages ou séjours à l’étranger).

Un benchmark d’expériences innovantes
S’inspirant d’initiatives innovantes, l’étude dégage des pistes d’action pour la collectivité. Car, en dehors d’un effort de construction de logements (déjà planifié au sein de l’agglomération), d’autres solutions sont à explorer.
Notamment celles qui consistent à faire office d’intermédiaire entre les étudiants et les particuliers qui veulent louer leur bien, en centralisant et qualifiant les offres : à Toulon, la Maison de l’étudiant délivre ainsi une liste de propriétaires à contacter sur simple présentation de sa carte étudiante. Les offres sont filtrées et accompagnées d’un service conseil. Dans la même idée : l’Université Paris-Dauphine a ouvert une plate-forme centralisant des offres qualifiées ; la plate-forme nationale du CNOUS (Lokaviz) propose des logements labellisés, sur critères qualitatifs. Une autre idée serait de faire des étudiants des ambassadeurs du logement qu’ils s’apprêtent à quitter.
L’étude s’interroge, par ailleurs, sur la montée en puissance des sites collaboratifs privés, tels que Leaveasy, Switcharound, Housing Anywhere. Ces portails internationaux peuvent offrir des réponses nouvelles d’accès au logement et fluidifier les parcours résidentiels en facilitant les liens entre universités. Ils invitent la Métropole à se positionner : doit-elle les appuyer ou, au contraire, les laisser faire ?

Explosion du salariat étudiant
Outre les difficultés à se loger, l’étude fait ressortir une autre source de stress, fréquente chez les étudiants : la nécessité de travailler pour financer ses études. Allongement des études (5 à 6 ans), précarité croissante (25 % des jeunes de moins de 25 ans sont au chômage, l’âge moyen du premier CDI se situe autour de 30 ans…) font qu’aujourd’hui, le salariat étudiant explose. Un étudiant sur trois connaît des difficultés financières. Un étudiant sur deux travaille, dans la moitié des cas, par nécessité. 

Avec le risque que la situation s’inverse, « L’étudiant salarié devient un salarié étudiant, son activité rémunérée prenant le pas sur ses études ». Malgré ce risque, le job étudiant est de plus en plus valorisé comme une opportunité pour entrer dans la vie active. Cette vision positive témoigne d’une évolution profonde : le rapport au travail des étudiants a changé. Peur du chômage oblige, une majorité vient désormais à l’université, non plus par vif intérêt intellectuel, mais pour se former à un métier. On demande à l’Université de coller à la réalité du monde du travail, d’insérer les jeunes.

En réponse, l’enseignement supérieur a professionnalisé son offre (licences pro, travail en alternance, stages, aide à l’entrepreneuriat…) et tente de concilier ce nouvel enjeu avec ses autres obligations, en particulier sa recherche d’excellence scientifique. Les attentes des jeunes vis-vis de la vie professionnelle ont également changé : aujourd’hui, ils rêvent d’autonomie, de créativité et de sens. Ils aspirent à de nouvelles formes de travail, dont la traduction ultime pourrait être l’entrepreneuriat social.

Faciliter l’entrée dans la vie active
Toutes ces évolutions font de la professionnalisation « un angle d’action important des politiques publiques car elle concourt à la fois à l’insertion des jeunes dans le territoire et à la compétitivité du tissu économique ». La montée en puissance des « formations pro », l’imbrication entre temps d’étude et vie professionnelle, invitent à repenser les liens entre l’université et son environnement socio-économique. 

Concrètement, que peuvent faire la collectivité et l’université pour encourager l’employabilité des étudiants lyonnais ? L’étude passe en revue les différents leviers existants et la façon dont les acteurs locaux peuvent les démultiplier : les leviers installés (stages, rencontres de professionnels, Junior Entreprises, réseaux d’Alumni…).

Mais aussi, les dispositifs émergents : l’entrepreneuriat étudiant, favorisé par le récent statut « étudiant entrepreneur » (porté à Lyon par le dispositif « Beelys ») ; les incubateurs d’entreprise ; les espaces de coworking ; les Fablab ; les écoles d’entreprises ; les événements collaboratifs.

Là encore, la Métropole pourrait jouer un rôle de facilitateur : aider les étudiants à intégrer ces lieux innovants (au moyen de tarifs négociés), rendre plus visibles, les possibilités d’engagements associatifs en les valorisant comme autant de leviers professionnels ; centraliser sur le web les demandes et offres locales d’expériences professionnelles (stages, alternance, contrat de recherche CIFFRE…), etc.

Génération Y : un portrait au-delà des clichés

En complément de son enquête ethnographique, l’étude propose une analyse sociologique sur les valeurs, aspirations et modes de vie de la génération Y*. Démontant au passage, nombre d’idées reçues. Morceaux choisis.

  • Une génération « j’m’en foutiste ». Faux. Les jeunes se rapprochent des anciennes générations autour des valeurs traditionnelles. Le principe d’autorité remonte, de même que la valeur « travail » (68 % des 18- 29 ans sont d’accord avec l’idée que travailler est un devoir, contre 60 % des 30-44 ans). Le travail génère d’ailleurs des attentes plus fortes chez les jeunes, même s’il n’est plus vu comme le seul moyen pour se réaliser.
  • Un rejet du politique. Faux. La politisation des jeunes est en nette remontée. Entre 1999 et 2008, la part de jeunes intéressés par la politique a doublé ; les adeptes d’un changement radical sont passés de 5 % à près de 25 % ; ceux déclarant avoir manifesté, de 41 % à 48 %. Pour autant, les formes d’engagement ont changé : elles passent de plus en plus par des actions ponctuelles soutenues par les réseaux sociaux.
  • Un manque de culture. Faux. Les pratiques culturelles (lecture de littérature, fréquentation des musées, théâtre…) restent stables chez les 18-30 ans alors qu’elles s’érodent dans le reste de la population. L’arrivée des TIC chez les jeunes ne s’est pas faite au détriment des dépenses culturelles. Au contraire, les jeunes internautes sont les plus gros consommateurs de produits culturels (musique, cinéma notamment).

Les étudiants et la ville : 4 profils types

Développer une offre de services dédiée aux étudiants suppose de bien connaître leurs liens avec le territoire. Comment utilisent-ils la ville et ses services (transports, loisirs, sport…) ? Quel est leur degré d’engagement dans la cité ? 4 profils ressortent de l’étude.

L’étudiant débordé
Cet étudiant n’a pas le temps de profiter de la ville. Il est submergé par ses études, les longs trajets, les démarches administratives, et parfois un « job » alimentaire. Le stress engendré, ajouté à des conditions de vie souvent spartiates, peut nuire à ses études (il est compliqué de se reposer et de travailler à trois dans une même chambre). Ce profil est fréquent, en particulier dans certaines filières (médecine, ENS, etc.).
Attentes : l’étudiant « débordé » interpelle les pouvoirs publics. Il aurait besoin de services facilitateurs : démarches administratives simplifiées, efforts sur l’offre de logement, horaires adaptés pour les bibliothèques (dimanche compris) ; nouveaux espaces de travail zen, bien équipés, et accessibles (les bibliothèques à Lyon ne remplissent pas encore suffisamment ce rôle).

L’étudiant bénévole
Investi dans une association locale, l’étudiant « bénévole » a, lui aussi, peu de temps pour expérimenter la ville (mais cela ne l’empêche pas d’établir un réseau local via son engagement).
Ce profil illustre une forme d’engagement en hausse chez les jeunes, qui préfèrent se mobiliser dans des projets collectifs (culturels, vie associative) plutôt que dans des institutions politisées.
Attentes : mettre en place des dispositifs de démocratie participative favorisant leur implication dans la cité. Développer les colocations à projet solidaire (Kaps).

L’étudiant multicarte
« Consommateur de la ville », l’étudiant multicarte est au fait des « bons plans » et des services qu’elle propose. En dehors des heures de cours, il s’adonne à ses loisirs, en quête d’expériences multiples. Il est sensible à la politique événementielle de la ville et, bien sûr, à ses politiques tarifaires avantageuses (c’est la cible typique du Pass Culture).
Attentes : développer des applications dédiées à la vie étudiante et aux manifestations (sur le modèle de l’application « Rouen étudiants », par exemple).

L’étudiant entrepreneur
Ce profil est porteur d’un projet dans la ville, en lien ou non avec ses études, et est conduit à se tourner vers des acteurs et des services de la ville qui l’aideront dans son initiative. Lorsque son idée prend forme, il risque de délaisser ses études. On le trouve plutôt en école de commerce, avec un niveau avancé d’études.
Attentes : une collectivité peut aider à révéler ces entrepreneurs en herbe, en veillant à ne pas mettre en péril leurs études. Ce profil est le premier concerné par le récent statut « d’étudiant entrepreneur », dont la réussite repose sur des politiques locales volontaristes.

En conclusion, L’étudiant est un nouvel acteur qui compte. Cette étude en témoigne, la place de l’étudiant est en train de changer aux yeux des institutions. Tant du côté de la Métropole que de l’Université, de nouvelles politiques et initiatives se dessinent qui visent à mieux tenir compte de ses besoins et au-delà, à en faire une ressource stratégique pour le territoire.