Vous êtes ici :

Les temps de la gouvernance : Considérations sur les usages d’un terme "à la mode"

Texte

Tag(s) :

Date : 01/09/2007
A partir d’une mise en perspective historique des usages de la notion de « gouvernance » (depuis le champ du management des entreprises jusqu’à celui de la politique internationale), Philippe Dujardin propose d’analyser ces différents usages comme le symptôme d’une profonde altération des principes au fondement de l’anthropologie politique occidentale : aux schémas hiérarchiques, souverainistes et de l’individualisme possessif, elle viendrait substituer la diffusion d’une fiction contractualiste, l’émergence de nouveaux corps politiques en négociation permanente et la construction de sujets individuels appelés à se penser de plus en plus comme comptables des traditions et des patrimoines.Toujours adossée à la présentation des textes majeurs de ces dernières décennies, la présentation des usages contemporains du terme de « gouvernance » qui balaye successivement les plans des relation internationales, des institutions européennes, de l’organisation de l’Etat français et des politiques publiques territoriales, est d’une très grande richesse ; qui permet de comprendre la diffusion extrêmement rapide et étendue de ce nouveau paradigme d’une société de stakeholders(ou «  parties prenantes ») problématisée par le sociologue britannique Anthony Giddens. Mais qui permet aussi de rentrer dans le détail des modalités selon lesquelles, à chacun de ces niveaux, les différents ordres en place sont amenés à se transformer pour lui faire droit. Ainsi de la « bonne » gouvernance mondiale qui se traduit aussitôt en « démocratique » ; ainsi de l’institution européenne qui ne peut l’adopter qu’en lui forgeant une place ad-hoc pour la rendre compatible avec ses traditions propres de la subsidiarité et de la société civile organisée ; ainsi de la société française pour qui elle peut permettre de dépasser le paradoxe du centralisme et de l’émergence des Régions et des métropoles ; ainsi enfin des politiques locales qui peuvent y trouver manière à penser les bienfaits de la proximité.Assurément, le succès de la notion, bien davantage qu’une mode, a valeur de symptôme. On en sera encore plus convaincu quand on rapprochera le succès de cette notion de toutes les autres avec lesquelles elle forme cortège (mondialisation, principe de précaution, besoin des générations futures, patrimoine mondial de l’humanité, préservation de la biodiversité…) qui disent toutes assez qu’une nouvelle pluralité des mondes se cherche pour vivre ensemble sur un seul.André Micoud, sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur-adjoint de l’unité de recherche Modys

Sommaire

1 Site natif et migration du terme « gouvernance »
1.1 Le champ sémantique originel : la micro-économie, le management des entreprises
1.2 La migration de l’économique au politique

2 De quelques usages contemporains
2.1 Usages dans le champ des relations internationales
2.2 Usages dans le champ institutionnel européen
2.3 Usages dans le champ étatique français
2.4 Usages dans le champ des politiques publiques territoriales

3 De l’usage du terme « gouvernance » comme analyseur
3.1 Quel ordre mondial ? « bonne » gouvernance ou gouvernance « démocratique » ?
3.2 L’Europe entre subsidiarité, société civile organisée et gouvernance
3.3 La France : une gouvernance « nouvelle » et «   humaniste » ?
3.4 Gouvernance territoriale et démocratie de proximité : où le « haut » se découvre un « bas » et le «  dedans » un « dehors »

4 Reprises : les temps de la gouvernance
4.1 Le temps continué de la fiction contractuelle
4.2 Le temps accompli de la souveraineté
4.3 Le temps de la reconsidération de l’humanisme

Annexes 1 : Sources
Annexes 2 : Présentation synoptique