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Auguste et Louis LUMIERE

Étude

inventeurs du cinéma

L’histoire des frères Lumière commence à Besançon. Auguste y naît le 18 octobre 1862 et Louis le 5 octobre 1864. Ils sont alors les fils d’Antoine Lumière, né en 1840 en Haute-Saône. Celui-ci, après avoir exercé de nombreux métiers, dont celui de peintre d’enseignes, s’est installé photographe rue des Granges à Besançon. En 1870, il décide de quitter cette ville pour venir s’installer photographe à Lyon, rue de la Barre, sur un terrain loué aux Hospices civils de Lyon.
Date : 01/10/2006

La marque paternelle
Si les débuts lyonnais d’Antoine Lumière sont difficiles, sa réputation grandit rapidement entre Rhône et Saône grâce à ses portraits. Leur grande qualité est due à la lumière artificielle installée dans son studio. Bien que les clients soient de plus en plus nombreux, Antoine, bon vivant et esprit ouvert, n’hésite pas à consacrer du temps à ses amis artistes, hommes politiques et esprits savants qui forment pour Auguste et Louis un environnement porteur d’ouverture intellectuelle. Ce père, artisan et artiste, est un gros travailleur qui assure à la famille une réelle aisance matérielle qui permet aux fils Lumière de partir en vacances. C’est lors d’un séjour en Bretagne qu’ils jurent de ne jamais se séparer, le fameux serment de la « Goule-aux-fées ». Leur père est donc un modèle à suivre pour ses deux fils. Leur formation a deux sources, leur père, qu’ils côtoient et aident dans son travail, et l’enseignement théorique et pratique qui leur est dispensé à l’Ecole des Sciences et des arts industriels de la Martinière, véritable pépinière de techniciens pour l’industrie lyonnaise. Si leurs études ne se terminent pas par des diplômes supérieurs, elles révèlent des qualités scientifiques indéniables et surtout leur ont donné le goût de la recherche. Ils en sortent respectivement en 1878 et 1880, Auguste diplômé en physique et Louis en chimie. Or c’est à ce moment là que leur père décide de passer au stade industriel de la production de pellicules photographiques en utilisant le gélatino-bromure d’argent au lieu du collodion humide. Ce sont ses fils qui lui ont permis d’aboutir à la formule adéquate. La famille est alors mobilisée à la fabrication de plaques au gélatino-bromure. En 1881, Antoine quitte le studio de la rue de la Barre pour s’installer dans une ancienne chapellerie transformée en usine de plaques photographiques à Monplaisir. Le succès est rapide et à l’exposition universelle de Paris en 1889, l’entreprise Lumière a pour raison sociale MM. Antoine Lumière et ses fils, fabricants de plaques sèches au gélatinobromure d’argent. Si les fils sont associés à la réussite familiale, ils sont toujours les fils de leur père et vivent à son domicile, rue St-Victor (actuellement rue du Premier film) à Monplaisir. C’est même lui qui organise leur mariage en 1893 avec les deux soeurs Winckler, Louis en février et Auguste en août.

1895, l’année de l’invention du cinéma
C’est à la trentaine bien sonnée que les deux fils Lumière deviennent, en inventant le cinéma, les frères Lumière, désormais associés à cette invention, même si c’est Louis qui semble en avoir été le principal artisan. La ville de Lyon en cette fin de siècle est une véritable ruche industrielle où inventions et innovations se succèdent. Pour les frères Lumière, 1894 est l’année des recherches et de l’invention, 1895 est celle de l’expérimentation et des mises au point. Les tâtonnements ont été nombreux, les concurrents aussi et il existe déjà des appareils qui offrent des images animées, tel le kinétoscope d’Edison. Si les frères Lumière sont les inventeurs du cinématographe, ils le doivent notamment à la structure industrielle performante de l’entreprise familiale qui leur permet de disposer de pellicules vierges de 15 à 20 mètres, mais aussi à la qualité de leur appareil. Cet appareil permet à la fois la prise de vues et la projection, la première ayant lieu le 22 mars à Paris à la Société d’encouragement pour l’industrie où Louis présente La sortie des usines Lumière. Ce même film est projeté à Lyon le 10 juin 1895, puis à Bruxelles et à nouveau à Paris. La première projection publique se tient à Paris au Grand café, boulevard des Capucines, dans le salon indien le 28 décembre 1895. Le succès est immédiat. La première salle de cinéma est ouverte au n° 1 rue de la République à Lyon, le 25 janvier 1896. Le premier tour de manivelle donné les fait sortir de l’ombre tutélaire du père, qui meurt en 1911, puisqu’ils donnent à leur invention le nom de Cinématographe et non celui de Domitor, nom proposé par leur père. Entre fin décembre 1895 et mai 1897, les Lumière ont tourné environ 1000 films, de une minute environ chacun, dont les plus connus sont L’arrivée du train en gare de La Ciotat, La place des Cordeliers et L’arroseur arrosé. Grâce aux opérateurs Lumière, cette invention va se diffuser dans le monde entier assurant fortune et réputation aux deux frères Lumière.

De grands industriels que Lyon n’a reconnus que tard
Si dès le 31 décembre 1895, ils donnent l’ordre de fabriquer 200 appareils, les frères Lumière ne se lancent pas dans la production d’images animées, mais se revendiquent comme des industriels et des savants. En effet, de nouvelles inventions élaborent des produits qui remplacent les anciens, telles les pellicules de celluloïd qui remplacent les plaques de verre en 1905 et les plaques autochromes pour la photographie en couleur. Au milieu des années 1920, les usines Lumière couvrent 4 hectares à Monplaisir et emploient 500 personnes. Elles fabriquent des plaques, du papier photographique et des produits chimiques. Puis des usines sont construites à Fontaines, Feyzin et aux Etats-Unis et la Société anonyme des plaques et papiers photographiques Antoine Lumière et ses fils contrôle des sous-traitants dans la région. Cette dimens ion industrielle et patronale est confirmée par le fait que leurs usines sont touchées par les grèves du Front populaire en 1936.
Malgré cette belle réussite professionnelle et le fait d’être reconnus comme des génies dans le monde entier, les frères Lumière n’occupent pas une place digne de ce nom à Lyon. Ce n’est que tard, en 1933, qu’ils deviennent membres de l’Académie de Lyon et encore Louis, qui vit à Paris, n’y est qu’associé ! Il semble même que Paris cherche à capter la notoriété des frères Lumière en rendant à Louis des hommages répétés. Est-ce le manque de reconnaissance de leur ville ou bien leur attirance pour les régimes autoritaires qui les fait entrer en relation avec Mussolini, puis verser dans le pétainisme ? Auguste est nommé le 10 juillet 1941 au Conseil municipal de Lyon et devient membre du comité d’honneur de la Légion des Volontaires français contre le bolchevisme. Quant à Louis, il entre au conseil national de Vichy. Certes, ils ne sont pas des hommes de « premier plan » de Vichy, mais cela suffit pour que leur usine de Feyzin soit bombardée durant la guerre par les Anglo-Américains sur renseignement de la Résistance. De plus, pour le centenaire de leur invention, la Banque de France n’a pu sortir un billet de 200 francs à leur effigie, du fait de leur passé pétainiste.

Il faut attendre leur mort, Louis le 6 juin 1948 et Auguste le 10 avril 1954, pour que la mairie de Lyon, en la personne d’Herriot, leur rende un vibrant hommage et que la ville de Lyon les classe parmi ses grands inventeurs et entrepreneurs, fondements de la réussite et de l’identité économiques lyonnaises. Si le hangar du premier film n’a été sauvé que de justesse, la fresque des grands Lyonnais les a peints en bonne place, un lycée porte leur nom, une université également et un Institut Lumière s’est installé dans le château Lumière. Il semble enfin que Lyon accorde aux frères Lumière, voire à leur père Antoine, la place qu’ils méritent, en tant que pères d’ une des plus grandes inventions de l’humanité. Que les Lumière soient !
Bibliographie :
- Jacques Rittaud-Hutinet, Les 1000 premiers films, Philippe Sers éditeur, 1990, 245 p.
- L’aventure du cinématographe, Aléas, 1999, 372 p.
- Bernard Chardère, Lumières sur Lumière, PUL, 1987, 340 p