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Amsterdam : les conditions de l'intelligence urbaine

Texte d'auteur

La ville d’Amsterdam comptera 900 000 habitants en 2040 (soit 120 000 de plus qu’en 2011). Comment alors permettre aux résidents, entreprises et visiteurs de partager l’espace disponible réduit, de façon vivable, propre et énergétiquement rentable ? Grâce aux innovations technologiques et sociales, testées dans la vie réelle. Une mission vigoureusement défendue par l’équipe du programme Amsterdam Smart City.
Texte écrit pour la revue M3 n°7

Date : 01/06/2014

À la fin du XVIe siècle déjà, Amsterdam s’affirmait comme une ville commerciale de premier plan : plus de la moitié du trafic maritime mondial transitait par son port. Précurseur, elle tenait sa richesse comme son succès de sa capacité à organiser et rendre disponibles les données relatives au commerce et au transport de marchandises. Toutes les informations liées au chargement, à la destination et à la propriété des navires étaient collectées dans un espace de 160 000 m2, permettant, aux marchands de négocier la vente des marchandises qui se trouvaient encore à bord du navire ou de comparer les produits. Cet abondant flux de données a permis la création de la première Bourse au monde, offrant à chaque habitant l’opportunité d’investir. Les investissements se multiplièrent aussitôt, tout comme les informations relayés par les journaux financiers. Bref, Amsterdam tirait bénéfice, avant l’heure, des « données ouvertes ». Cette histoire nous paraît poser les bases de ce qu’une ville intelligente doit revendiquer : sa capacité à créer des infrastructures ouvertes, dans le cadre desquelles entreprises et utilisateurs peuvent déployer de nouveaux produits et de nouveaux services, grâce à l’accès organisé à des informations clés. En cela Amsterdam était hier une ville intelligente. Mais aujourd’hui ?

Qu’est-ce qu’une ville intelligente ?

Le programme Amsterdam Smart City (ASC) s’inscrit dans la logique historique de la ville. Créé en 2009 par le Comité économique de la ville d’Amsterdam, la ville, Liander et KPN, il s’impose deux lignes stratégiques pour faire d’Amsterdam une ville intelligente : stimuler le développement de nouveaux produits et services aptes à améliorer la qualité de vie des gens qui vivent et travaillent dans la ville, et capables de résoudre les défis sociétaux ; et assurer la mise en place d’infrastructures ouvertes et avancées, pour la fourniture des produits et des services nécessaires. Amsterdam est une ville idéale pour tester la viabilité de ces nouvelles idées : de taille humaine, cosmopolite, étudiante, dotée d’une économie ouverte (grâce au port d’Amsterdam et à l’aéroport de Schiphol) et d’un secteur créatif florissant. À ce contexte s’ajoutent trois autres facteurs : d’abord, la relative absence de hiérarchie et de formalisme dans les relations humaines, ce qui favorise les contacts et la communication ; le pragmatisme, ensuite, des collectivités locales, habituées à s’interroger : « Qu’est-ce qui fonctionne le mieux et comment allons-nous procéder ? » ; enfin, la coopération de tous les acteurs, dont les universités et les écoles supérieures, pour élaborer les solutions intelligentes qui fourniront, par exemple, du chauffage et de l’électricité de la façon la plus rentable possible du point de vue énergétique ; qui résoudront les défis urbains grâce aux données collectées sur les smartphones, les capteurs, les compteurs intelligents…

Trois laboratoires vivants

Le programme Amsterdam Smart City veut faciliter le commerce et l’activité du gouvernement, des institutions scientifiques et des citoyens. Son rôle se résume en trois mots : connexion, accélération et marketmaking. Ce programme s’est aujourd’hui transformé en une plate-forme à laquelle participent plus d’une centaine de partenaires actifs. Des partenaires investis dans toutes sortes de projets-pilotes autour de l’énergie, la mobilité, la connectivité, l’eau, les « données ouvertes », les soins et l’éducation. En établissant des relations entre les habitants et les partenaires, et en lançant des projets à partir de zéro, ASC offre à ses partenaires la possibilité de tester de nouvelles technologies dans un environnement réel. Dans une zone résidentielle, sur les canaux, dans une rue commerçante ou un établissement de soins, dans un moulin à vent ou dans les transports en commun. Par souci d’efficacité, trois zones ont été désignées « laboratoires vivants » : IJburg, Zuidoost et Nieuw-West. L’intérêt ? Des caractéristiques, des habitants, des usages différents qui permettent d’adapter les innovations sociales, l’engagement aux côtés des populations, les outils de mesure appropriés à chaque contexte.

Un seul pilote

Le programme est géré par une équipe dédiée, persuadée que l’association de la connaissance, des compétences et des partenaires soutiendra le développement d’une meilleure qualité de la vie comme de plus vastes opportunités commerciales et économiques. L’approche n’est pas descendante : les idées citoyennes contribuent elles aussi de manière importante en suscitant le développement de nouveaux produits et services ou la mise en œuvre d’une organisation plus efficace. ASC travaille pour les habitants, par les habitants et avec les habitants, convaincu qu’une ville ne sera pas confortable et vivable sans connecter tous les citoyens entre eux. Un défi essentiel pour une ville intelligente.