La gestion d'un cimetière

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Interview de Valérie HUET

<< Pour chaque famille, le défunt est unique et nous devons offrir des lieux et des prestations dignes et de qualité >>.

Le cimetière communautaire de Bron, un cimetière parc : description paysagère....

Lorsque de Lyon l’on emprunte l’autoroute A43 en direction des Alpes, on ne peut voir que huit voies surchargées de véhicules qui longent à cet endroit un parc, en réalité un cimetière de 10 ha, créé en 1988. Les talus et bas-côtés le protègent du regard comme du bruit des automobiles. De l’autre côté, la proximité du centre commercial et de l’université, et la fréquentation d’un boulevard qui dessert la Porte des Alpes ne conduisent ni au recueillement, ni à la sérénité. Et pourtant, tout change à l’approche de l’entrée. D’abord pour y accéder, il faut traverser le parking ombragé d’arbres de haute tige et qui nous écarte déjà du monde. Puis l’entrée est majestueuse. Là, dominent le minéral et l’immobilité. Cette entrée s’ouvre sur une esplanade pavée circulaire, bordée à droite et à gauche par des galeries construites de blocs massifs et qui desservent des bâtiments fonctionnels ; l’un est administratif, l’autre comprend une salle de cérémonies multiconfessionnelle,  quatre  salons funéraires, un crématorium et en contigu un columbarium. Silence, seulement troublé par le bruissement des frondaisons qu’on voit se profiler plus loin et par le filet discret d’une fontaine, qui seule anime cette partie de l’esplanade. Un nouveau contraste saisit le visiteur une fois traversée celle-ci. On s’attend à des tombes, on voit d’abord un parc. Les chemins sont tout en courbes et longent des « clairières » séparées les unes des autres par d’épaisses haies, où se retrouvent bouleaux érigés ou pleureurs, bambous, arbustes à fleurs. Au sol, en dehors des allées, courent le lierre d’Irlande, la pervenche parmi la bruyère, les lapins et les écureuils. Certaines de ces clairières  sont aménagées suivant les communautés  ou des cas spécifiques tels que les enfants ; ainsi  chacun dispose de ses espaces, aménagés à l’abri de l’agitation de l’autoroute qu’on devine derrière le talus. De celle-ci, il ne parvient plus qu’une rumeur, qui ne paraît pas incongrue en ces lieux réservés au recueillement mais rappelle, si nécessaire, les droits revenant à la vie. Plus récemment, en 1998, sur la zone de dispersion des cendres, une roseraie de 220 rosiers anciens a été créée avec des formes arbustives et grimpantes sur des pergolas. Cette roseraie est une véritable salle de verdure où il est possible de se reposer sur des bancs. Un cheminement de granit blanc parcourt la roseraie. Et le promeneur qui suit au hasard les courbes du chemin, quels que soient ses choix, revient à l’esplanade, son point de départ, comme si le concepteur de ce parc-cimetière y avait voulu figurer le sens de toute vie

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Date : 27/05/2013

Quel est le quotidien d’un cimetière comme celui de Bron qui abrite par ailleurs des chambres funéraires, une salle de cérémonies et un crématorium ? Qui le fréquente ?

Le cimetière est ouvert tous les jours du lundi au samedi et en premier lieu, nous accueillons tout au long de la journée les pompes funèbres pour les inhumations et les exhumations. Nous pouvons également accueillir les familles des défunts au moment des inhumations mais ces dernières sont principalement accompagnées par les pompes funèbres. Nous recevons plutôt les familles lorsque celles-ci viennent pour les visites en chambres funéraires, chercher de l’information, ou se recueillir. Nous avons des « habitués », des personnes qui viennent tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, et certaines depuis des années. Ainsi, une dizaine de personnes, souvent des hommes de plus de 70 ans, viennent très régulièrement au cimetière qui devient un deuxième lieu de vie. Les chambres funéraires sont accessibles 24h/24 grâce à un code d’accès que nous donnons aux familles. Cependant nous tenons à être avec elles lors de la première visite, pour créer un lien avec elles et les accompagner.

Les thanatopracteurs des pompes funèbres, ou des indépendants, viennent en chambre funéraire pour réaliser le plus souvent des soins de conservation mais aussi des toilettes, habillages et maquillages. Ces soins ne sont pas obligatoires mais les pompes funèbres les présentent comme une prestation nécessaire et courante et de fait, ces prestations se multiplient. Cette évolution n’est d’ailleurs pas sans poser de problèmes écologiques lors des crémations, mais également en cas d’inhumation, compte tenu des produits injectés particulièrement polluants pour la terre comme pour l’air. Nous recevons également les équipes de célébrants, et notamment les bénévoles de l’association « l’Autre Rive » qui est très présente à Bron, et des organismes de formation qui souhaitent visiter le site et mieux connaître son fonctionnement.

Quels sont les différents métiers qui s’exercent au sein du cimetière ?

Peu de personnes le savent, mais nous sommes douze personnes salariées et un apprenti à travailler au quotidien pour que le site soit accueillant et offre une prestation de qualité.

La journée les premiers présents sur le site sont les quatre jardiniers dont un responsable d’équipe et un apprenti. Ils assurent l’entretien du parc et des allées (nettoyage des caniveaux, soufflage des feuilles, démoussage inter tombes...) et celui des végétaux (taille, tonte,...).

Deux techniciens de cimetières assurent la surveillance des interventions des pompes funèbres, les inhumations et exhumations demandées ainsi que l’entretien des locaux.

Une assistante s’occupe particulièrement du cimetière, de la vente des concessions, de leurs suivis et de la gestion du cimetière. Quant à la seconde assistante, elle est chargée de l’accueil, du secrétariat et plus particulièrement de la gestion du crématorium. Pour cela nous disposons désormais de logiciels performants qui permettent le suivi des activités du site et en parallèle la géolocalisation des défunts par le biais d’une borne interactive disponible et consultable par tout visiteur. L’un des techniciens et l’une des secrétaires sont un couple de gardiens logés.

Une équipe de quatre agents funéraires dont un responsable est en charge des crémations. Nous en réalisons une dizaine par jour. Ils gèrent également les dispersions de cendres au jardin du souvenir et la remise des urnes aux familles. Les techniciens funéraires en charge des inhumations et des exhumations ont une formation funéraire de fossoyeur et les agents funéraires du crématorium  ont une formation spécifique de Maître de cérémonie qui est diplômante depuis le premier janvier 2013. Les métiers du funéraire sont des métiers difficiles, la confrontation à la mort, aux corps abîmés et marqués, aux situations douloureuses n’est pas sans impact sur les professionnels. C’est pourquoi nous avons mis en place une cellule d’écoute via un organisme composé de psychologues.

Pouvez-vous décrire en quoi consiste votre métier ?

J’ai une formation de gérant d’établissement funéraire (niveau 6) et par ailleurs je poursuis des études universitaires en droit funéraire à l’Université de Lille. Depuis plus d’une dizaine d’années, je suis salariée Saur qui est la société délégataire du service public de la Communauté urbaine pour la gestion des cimetières communautaires depuis 1995. Préalablement je travaillais plutôt dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. Je ne suis responsable des cimetières communautaires de Bron et de Rillieux-la-Pape que depuis trois ans. Ma mission consiste à veiller au bon fonctionnement des sites. Pour cela, je coordonne les équipes, gère l’organisation du travail et les emplois du temps, et interviens quand il y a des problèmes et des situations délicates. Je tente surtout de mobiliser les équipes pour que l’accueil sur notre site soit le plus respectueux des familles et de leurs défunts. Pour chaque famille, le défunt est unique et nous devons offrir des lieux et des prestations dignes et de qualité. Il est indispensable que notre site soit accessible à tous et nous travaillons sur ce thème actuellement en collaboration avec le Grand Lyon.

Les cimetières que vous gérez sont communautaires. Comment se passent vos relations avec le Grand Lyon et comment ce dernier intervient-il au delà de la délégation de service public ?

Nous entretenons de très bonnes relations avec le Grand Lyon. Il est dans l’intérêt de tout le monde de travailler en bonne intelligence, de regarder aux dépenses comme si elles étaient communes. Lorsque le Grand Lyon, qui a en charge les aménagements du site - la création de nouvelles clairières ou de nouvelles allées - intervient pour réaliser un nouvel enrobé, nous en profitons pour reprendre des problèmes d’enrobés existants afin de ne pas solliciter deux fois la même entreprise et de minimiser les dépenses. A contrario lorsque mes équipes peuvent dépanner…

Quelles sont vos relations avec les autres cimetières de l’agglomération et notamment ceux de la ville de Lyon ?

J’ai peu de relations avec les autres cimetières. Nous sommes en relation avec les villes de Bron et de Rillieux où sont implantés nos cimetières car seuls les Maires ont le pouvoir de Police. Avec la ville de Villeurbanne  nous avions échangé lors de leur projet de site de dispersions. J’ai également, mais très rarement, des contacts avec la ville de Lyon. Nous n’avons pas les mêmes problématiques cimetières, ceux du Grand Lyon, Bron et Rillieux, sont récents, celui de Bron est très paysagé et n’abrite que des caveaux, alors que ceux de Lyon sont beaucoup plus anciens et urbains et ils ont encore beaucoup de concessions en pleine terre.  

Vous êtes en relation quotidiennes avec les entreprises de pompes funèbres, comment s’organise votre collaboration ?

Il existe plus d’une vingtaine de sociétés de pompes funèbres et nous travaillons en étroite collaboration. L’avantage de Saur et de cette délégation de service public est que nous ne sommes pas entreprise de pompes funèbres. Aucune concurrence existe avec les opérateurs de pompes funèbres car nous ne réalisons pas d’opérations liées aux services extérieurs des pompes funèbres tels que la préparation des obsèques en vendant des cercueils, du service par le biais des porteurs, du transport, des démarches administratives, etc.

Nous ne sommes ainsi jamais juge et partie, et nous nous  attachons à démontrer une totale indépendance vis-à-vis de la société de pompes funèbres choisie par la famille, une même qualité de service fournie, quelque soit la nationalité, le groupe religieux, social ou ethnique. Nous attachons également une importance à l’application des règles internes concernant la Qualité de service, l’Hygiène, et la Sécurité, le respect de l’environnement et le respect de la réglementation en vigueur.

Qui est responsable du respect des réglementations en vigueur, par exemple de la conformité des cercueils ?

C’est aux entreprises de pompes funèbres de veiller au respect réglementaire.  Par exemple, les cercueils en carton, car c’est une question qui nous est désormais posée, nous en avons accepté mais ils représentent un réel danger technique pour la crémation. Il faut vraiment que les côtés des extrémités soient renforcés pour que le bras poussoir ne détruise pas le cercueil au moment de l’enfournement. Par ailleurs, le carton peut buter sur une brique du four lors de l’introduction et s’enflammer très vite, bien plus vite que du bois et rendre la visualisation de la crémation, instantanée et directe à Bron, beaucoup plus pénible et difficile. Le seul point où nous sommes en difficulté avec la loi c’est lorsque l’on doit faire la crémation d’un corps qui vient d’un autre pays, par exemple après un accident de vacances à l’étranger. Le corps est alors obligatoirement dans un cercueil en zinc scellé, mais  les pompes funèbres sont bien contraintes de l’ouvrir pour permettre la crémation.

Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’améliorer l’information aux familles ?

Pour une famille en deuil, les décisions doivent être prises en peu de temps alors que l’on n’est pas forcément en état de faire sereinement des choix. Une meilleure information en amont permettrait aux familles d’opérer ses choix en toute quiétude, et de veiller à ses besoins réels et donc aux tarifs proposés en toute connaissance de cause. Certaines associations pourraient jouer un rôle d’informateur, d’aide au suivi des obsèques, telle que le fait déjà l’association des crématistes.

Il me semble aussi qu’il faut conseiller aux familles de ne pas se précipiter pour choisir le devenir des cendres d’un défunt ou leur lieu de dispersion, c’est un acte important, fort en sens.

Que faudrait-il selon vous envisager pour améliorer la gestion des actes funéraires et des cimetières à l’échelle de l’agglomération lyonnaise ?

Tout d’abord, il me semble que cette compétence devrait relever de la Communauté urbaine et non plus des communes comme l’exige encore la loi. Une approche plus globale permettrait de mieux penser les installations et leur répartition sur le territoire, mais aussi de définir un mode de fonctionnement plus cohérent. Par contre, il ne me semble pas opportun de décider d’un gestionnaire unique. Les situations de monopole conduisent trop souvent à une diminution de la qualité du service rendu que peut au contraire favoriser l’émulation d’une certaine mise en concurrence. Certains sites ou services peuvent rester en régie directe, d’autres être confiés à des entreprises privées par délégation de service public. L’essentiel est que le service public soit un vrai service de qualité qui garantisse l’accès au service de tous, avec des tarifs contrôlés par le délégant.

La fosse commune accueille les gens pour cinq ans, mais que deviennent-ils après ?

Nous n’avons pas de fosse commune, mais un terrain général où l’on enterre les  indigents. Les personnes indigentes sont définies par la Ville de Bron, cela appartient à son pouvoir de Police. Effectivement, ces concessions sont établies pour une durée de cinq ans, mais nous avons encore beaucoup de places disponibles. A terme, deux solutions lors des exhumations de ces corps, la crémation ou l’ossuaire. Le choix de la crémation sera prioritaire, sauf contrordre écrit par le défunt ou la personne qui a pourvu à ses funérailles, alors le corps du défunt sera déposé à l’ossuaire. Après la crémation, les cendres seront alors dispersées au jardin du souvenir et leur nom inscrit dans le registre et dans la borne informatique du  site.

Quelle serait pour vous l’organisation idéale d’un site funéraire ?

Il me semble qu’effectivement il convient de parler de complexe funéraire, c’est à dire d’un endroit où l’on retrouve un ensemble des lieux funéraires.
De mon point de vue, un site funéraire doit abriter un cimetière, mais aussi un site cinéraire avec des cavurnes, des columbariums, un jardin de dispersion des cendres, et pourquoi pas un jardin spécifique pour les enfants...
Il devrait y avoir un réel effort de fait sur l’accessibilité au site et dans le site.
Il doit également disposer de chambres funéraires, d’un salon funéraire assez spacieux pour accueillir les cultes qui pratiquent des prières collectives, de salles de toilettes et de thanatopraxie, d’espaces de cérémonie et d’une salle de réception où les gens peuvent se retrouver après une crémation ou une inhumation.

Il serait intéressant qu’il bénéficie également d’un lieu de convivialité, une forme de café sans alcool où l’on peut s’asseoir, prendre une petite collation, attendre dans de bonnes conditions, parler à des proches. Ce lieu pourrait également être mis à disposition des associations, des célébrants, proposer des livres, des musiques et pourquoi pas des animations comme les cafés deuil organisés aujourd’hui dans un café de la presqu’île par une association.
L’agencement des lieux est primordial pour le bon fonctionnement d’un tel site. Il faut par exemple que les espaces dans les cimetières soient séparés les uns des autres pour respecter chaque culte, que les chambres funéraires soient reliées au crematorium, qu’elles bénéficient d’une entrée indépendante, que l’espace de convivialité soit central pour être ouvert à tous, que la salle de réception soit isolée...

Le cimetière idéal pourrait être un beau projet pour le Grand Lyon, pour une agglomération de son envergure.