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L’évaluation des pôles de compétitivité lyonnais

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Interview de Guillaume LAIGLE

<< L’urbain peut se prêter à des démarches d’expérimentation et d’innovation. Le Grand Lyon pourrait en faire un facteur de compétitivité pour les entreprises et les laboratoires >>.

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Date : 04/04/2009

Propos recueillis par Geoffroy Bing (Nova7) le 5 avril 2009

Dans cette interview, Guillaume Laigle, responsable du pôle innovation, nous explique ce qu’il ressort de l’évaluation des pôles de compétitivité réalisée au plan national en 2008 et complétée en interne en 2009 par le Grand Lyon. L’occasion de revenir sur le chemin parcouru et les pistes d’action futures pour entretenir la dynamique d’innovation de la métropole lyonnaise.

Une évaluation des pôles de compétitivité au plan national a été réalisée en 2008. Que ressort-il de cette évaluation ?

Il s’agissait d’évaluer la performance des pôles à l’aune de plusieurs indicateurs tels que les niveaux d’investissement, de création d’emplois, de participation des PME et l’intégration de démarches collaboratives. L’Etat a donc fait une fiche par pôles, c’est-à-dire 71 fiches, et distingué trois niveaux de réussite : une première catégorie de pôles qui ont complètement atteint leurs objectifs (en nombre de projets développés et d’investissement), une deuxième catégorie de pôles qui ont partiellement atteint leurs objectifs et une troisième catégorie de pôles qui « tireraient partie d’une reconfiguration en profondeur ». Au plan national, 39 sont dans la première catégorie, 19 dans la seconde et 13 dans la troisième.

Comment les pôles lyonnais ont-ils été évalués ?

Les 5 pôles lyonnais sont dans la première catégorie! Ils ont en effet généré des volumes d’investissement remarquables. Par ailleurs, les objectifs d’adhésion aux pôles ont aussi été atteints puisque 50% des projets de R&D réalisés au sein des pôles sont des investissements liés aux PME. Il est évident que les volumes d’investissement générés par Lyonbiopôle ou Axelera n’ont rien à voir avec ceux de Techtera ou d’Imaginove ! Mais chacun, à sa mesure, a atteint son objectif.

Le Grand Lyon a lui-même mené une démarche d’autoévaluation des pôles de compétitivité tout récemment. Cette évaluation « interne » fait-elle apparaître d’autres résultats intéressants ?

Il fallait regarder en effet dans un premier temps si les objectifs fixés lors de la délibération-cadre de 2006 avaient été atteints. Je rappelle qu’à cette occasion un budget de 13,2 M€ sur 3 ans avait été voté par le Grand Lyon pour cofinancer, avec l’Etat et la Région, les projets de R&D des pôles . Au 31 décembre 2008, 12,8 M€ avaient été dépensés, c’est-à-dire 98% de l’enveloppe et les ¾ de cet argent sont allés à des PME et des laboratoires de recherche. On se rend compte par ailleurs que ces investissements publics contribuent à un effet de levier considérable, de l’ordre de 1 pour 10 ! C’est-à-dire que pour un euro mis sur la table par le Grand Lyon, neuf euros d’investissements sont générés derrière. Au total, les 13 M€ ont généré globalement 150 M€ de projets. Enfin, nous avons essayé de mesurer l’impact sur l’emploi, ce qui n’est pas chose aisée puisqu’il s’agit essentiellement de projet de R&D pour l’instant. Nous avons pour cela procédé par comparaison avec les tendances nationales d’emploi par filière pour aboutir au constat que les adhérents de nos pôles généraient au moins autant, sinon plus d’emplois que la tendance nationale, ce qui tend à démontrer que les pôles favorisent le processus de création d’emplois.

N’y a-t-il pas tout de même quelques faiblesses dans ce tableau ?

Il faut poursuivre l’effort d’intégration de l’université aux pôles. C’est certainement le maillon de la chaîne où les marges de progrès sont les plus importantes. On se rend compte que dans les sciences dures, le lien université-laboratoire-industriel fonctionne plutôt bien, le champ d’application étant plus visible et la culture technique commune. Par contre, dans les sciences humaines, on est loin d’une intégration dans les pôles de compétitivité bien que celles-ci représentent 70% des effectifs de l’université ! Du côté de l’université et de la recherche, il y a une méfiance toujours prégnante vis-à-vis du monde économique et industriel. Et du côté des industriels, il y a une tradition très forte de l’innovation par la technologie à défaut d’une innovation générée par les services et les usages. Ce sont des obstacles qu’il faudra réussir à lever dans les prochaines années.

Quelle est la suite donnée à cette évaluation ?

Les 30 pôles qui ont pleinement atteint leurs objectifs vont se voir attribuer un contrat de performance liant l’Etat, la Région et le Grand Lyon et valable 3 ans. A travers ce contrat, chaque pôle se cale sur des objectifs stratégiques assortis de programmes d’actions, d’un calendrier de réalisation et d’indicateurs de suivi des résultats dont une partie sera commune à tous les pôles. L’Etat devrait maintenir le même niveau de financement que sur la période précédente et le Grand Lyon devrait voter en mai un budget de 12 M€ sur la période 2009-2011, ce qui n’est pas rien.

Faut-il attendre des changements dans la gouvernance des pôles ?

Sur la partie « animation » des pôles, assurée par des associations, l’Etat exige dorénavant qu’elle soit financée à 50% par le privé (industriels) alors que jusqu’à maintenant ce financement était en grande majorité assuré par de l’argent public. Dans les pôles où des grands groupes sont présents, je pense que cette exigence peut être satisfaite. Les grands groupes de Lyonbiopôle mettent déjà 100 000€ chacun dans l’animation ! Par contre, dans les pôles où il n’y a que des PME comme Imaginove ou Techtera, ce sera certainement plus difficile à instaurer.

Quels sont les modes de contribution possibles des entreprises au fonctionnement des  pôles ?

Soit l’entreprise paie un ticket d’entrée chaque année comme adhérent d’une association, soit elle met à disposition des salariés (c’est déjà le cas à Lyonbiopôle et LUTB), soit enfin l’industriel paie un service, le pôle proposant une palette de services dont certains seraient payants. Chaque pôle devra trouver son modèle en fonction de la typologie de ses adhérents.

Quels sont les réajustements de la politique d’innovation du Grand Lyon qui vont s’ensuivre ?

Les pôles de compétitivité restent au cœur du plan de mandat qui a été voté récemment. Cependant, deux priorités se font jour : les biotechnologies et les cleantech. Ce sont les deux marchés qui constitueront à l’avenir le cœur de la politique économique du Grand Lyon. Par ailleurs, la posture du Grand Lyon dans les actions de développement économique va elle aussi évoluer : nous étions déjà des partenaires opérationnels des pôles à travers nos actions envers les PME, ou notre soutien à la communication des pôles. Mais aujourd’hui, la démarche est de devenir partenaire des programmes de R&D des pôles. Nous arrivons ici à une nouvelle phase de collaboration avec les pôles : nous maintenons bien sûr notre niveau de financement mais nous ajoutons à cela la mise à disposition du territoire et de nos métiers pour les industriels et les laboratoires des pôles qui veulent mettre en œuvre des projets de R&D.

En quoi cette mise à disposition du territoire et des métiers du Grand Lyon consiste-elle exactement ?

En ce qui concerne l’approche « métiers », le Grand Lyon a des savoir-faire pointus dans les métiers du traitement des déchets, du foncier, de l’eau, de la voirie ou des transports par l’intermédiaire du Sytral. L’idée consiste, pour le Grand Lyon, à se tenir à disposition des industriels et des laboratoires pour nourrir tous les projets qui prennent en compte ces différents métiers. Nous le faisons déjà dans le transport avec les camions hybrides codéveloppés avec Renault Trucks, dans le foncier avec Axelera dans le cadre de projets de dépollution de sites, avec la direction de l’eau sur les questions liées aux PCB, ou encore avec la voirie sur des concessions de véhicules plus intégrés à l’environnement urbain. L’idée est donc, sur ce mandat, de développer la participation du Grand Lyon à des projets collaboratifs qui trouvent une application dans ces métiers ou qui ont besoin de ces métiers pour avancer.
Quant à l’approche territoire, c’est une idée qu’il nous reste encore à développer mais nous faisons l’hypothèse que des industriels et des laboratoires de recherche peuvent avoir besoin de systèmes urbains pour tester des solutions comme des solutions énergétiques, de construction, d’organisation. Donc pourquoi ne pas utiliser le Grand Lyon pour agir dans ces domaines ? Dans cette perspective, c’est l’urbain, dans sa dimension aménagement mais aussi sociétale qui se prête à la démarche d’expérimentation et d’innovation. La question est de savoir comment nous le mettons à disposition des industriels et des laboratoires et comment nous l’interconnectons avec leurs projets. Ce sont autant d’interfaces que le Grand Lyon peut contribuer à créer.
Enfin, une autre perspective serait de travailler sur la dimension sociétale des développements technologiques à l’oeuvre dans les pôles de compétitivité. C’est un champ d’action dans lequel nous devrions travailler avec la Direction de la Prospective et de la Stratégie d’Agglomération. La démarche consiste à dire que les citoyens du Grand Lyon mais aussi les universités lyonnaises dans le domaine des sciences humaines peuvent être des signaux d’alerte ou aider à mieux concevoir des développement technologiques dont les industriels n’avaient pas forcément évalué les craintes ou les rejets qu’ils peuvent susciter dans la société. L’approche par les usages et les sciences humaines est donc une source d’information qui peut aussi être déterminante dans le développement d’un produit ou d’un service. Le Grand Lyon pourrait proposer une offre de service dans cette perspective.

Comment cette nouvelle posture du Grand Lyon est-elle reçue par les industriels et les laboratoires ?

Elle est très bien reçue. Notre démarche leur apporte des sources de données qu’ils n’avaient pas auparavant. Elle leur permet également d’accélérer le processus de réalisation du projet et d’adapter plus rapidement leur prototype aux besoins du marché. Donc c’est très bien perçu par les industriels. L’enjeu pour nous est d’offrir un service de qualité car cela suppose au sein du Grand Lyon de travailler de manière décloisonnée, en mode projet. Nous sommes en train de mettre en place un dispositif support, un comité technique, qui rassemble toutes les directions pour s’assurer de la qualité du service. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de sollicitations d’industriels pour entrer dans ces démarches et nous devons sélectionner les projets par rapport à leur qualité bien sûr mais aussi par rapport à notre capacité à y répondre. Donc le rôle de ce dispositif est de nourrir, en amont, les autres directions du Grand Lyon pour voir avec elles si elles sont prêtes et compétentes pour répondre au cahier des charges que le laboratoire ou l’industriel nous soumet. Il consiste également à s’assurer du suivi du projet à intervalle régulier. En somme, à travers ce dispositif de R&D, le Grand Lyon constituera un maillon important de la chaîne de R&D à Lyon et confèrera un avantage compétitif indéniable aux entreprises du territoire.