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Années 2000 : quand la Politique de la Ville révèle une politique d’intégration à la française

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Étude

En France en général, et dans l’agglomération lyonnaise en particulier, l’image des « banlieues » s’est figée depuis les années 1980 à travers les émeutes et leur médiatisation, la progression de mouvements islamiques, l’affaire du foulard, la force des mots et des images du hip-hop, ou encore la multitude de dispositifs de la Politique de la Ville et les discours qui l’ont accompagnée. Ainsi, les grands quartiers d’habitats sociaux, à l’exemple des Minguettes ou des cités de Vaulx-en-Velin, ont été progressivement enfermés dans une image stigmatisée de quartiers dégradés et violents qui contraint les habitants à devoir composer avec ce marqueur dont il est difficile de s’extraire.

Cette étude revient sur ce qui marque les années 2000 de la politique de la ville, comme le renouvellement urbain et l'enjeu de la mixité dans la cohésion sociale.

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Date : 01/10/2009

A la fin des années 2000, dans les discours politiques, les médias, les interventions des professionnels de la Ville, et plus globalement dans le langage commun, les termes "quartiers" ou "banlieue" signifient "grands ensembles d’habitat urbain dégradés ou règne l’incivilité et la violence, situés à la périphérie des villes et abritant des populations pauvres, issues de l’immigration africaine et tout particulièrement maghrébine". Et les jeunes de ces quartiers, avant hier "jeunes immigrés", hier "beurs", sont désormais "des racailles". Inévitablement, la problématique de l’image renvoie à celle de l’identité.

Dans son dernier ouvrage Ghetto urbain, paru en 2008, Didier Lapeyronnie évoque "l’effet ghetto" des banlieues, son aspect protecteur, mais aussi son caractère enfermant. La ségrégation spatiale ainsi signifiée et les Politiques de la Ville conduites ces trente dernières années questionnent directement l’acceptation de la multi culturalité et de "la politique d’intégration à la française".

Les enjeux de mixité sociale et plus largement de cohésion sociale posés par la Politique de la Ville constituent une problématique fondamentale du projet de société que la France semble pourtant ne pas oser aborder. Ainsi depuis plus de trente ans, la Politique de la Ville a-t-elle évolué entre stratégie d’évitement et volonté d’intégration, et ce au gré des événements et des émeutes, suivant les aléas des crises économiques, et à travers un arsenal complexe et illisible de lois, de dispositifs et de discours qui demeurent peu convaincants.

Traversée par ses problématiques la Communauté urbaine de Lyon a conduit une politique de requalification urbaine particulièrement ambitieuse depuis la fin des années 1980.
Au début des années 2000, cette politique a gagné encore en ambition dans certains quartiers où d’importantes opérations de renouvellement urbain ont été mises en place à l’exemple de celle de la Duchère. Mais aussi et surtout, la question de la mixité sociale s’est imposée comme un enjeu d’agglomération à traduire dans l’ensemble des politiques et projets du Grand Lyon. Cependant, pour que cet enjeu de mixité fasse "cohésion sociale", il faudra encore très certainement confirmer dans la durée des politiques de discrimination positive tant pour permettre à ces quartiers d’être plus agréables à vivre, reconnus dans leur rôle d’accueil et de promotion et dans leur identité de quartier populaire, que pour garantir de la mobilité à ceux qui les habitent


SOMMAIRE :

Premier chapitre : Banlieues, lieux précaires ou précaires localisés ?
I. De la banlieue "chic" à la banlieue "choc"
II. Des quartiers discrètement dédiés aux immigrés
III. Quand les quartiers brûlent sous les zooms des caméras du journal de 20 heures

Deuxième chapitre : Le ghetto entre protection et enfermement
I. Une communauté de destin
II. L’inévitable succès des mouvements islamistes
III. L’espoir se conjugue t-il au féminin ?

Troisième chapitre : la Politique de la ville, un voile sur la politique d’intégration à la
française ? 
I. De la Politique de la Ville à la lutte contre les discriminations
II. La mixité en question

Conclusion
Ressources