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L’éducation populaire en mouvement

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Illustration représentant un individu lisant un livre

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Le conseil économique, social et environnemental vient de publier un rapport assorti de préconisations et d’un avis favorable le 28 mai 2019 suite au rapport de Christian Chevalier et Jean-Karl Deschamps intitulé « L’éducation populaire, une exigence du XXIe siècle ».

Actrice majeure du paysage éducatif mais dont le rôle a fluctué au fil des ans, l’éducation populaire se voit ici réhabilitée quant à sa place dans les politiques publiques sur différents points.

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Date : 07/06/2019

D’un point de vue historique

 

Le rapport rappelle comment à partir des premières réflexions de Condorcet avec ses 5 mémoires sur l’instruction publique en 1791 puis son rapport sur l’instruction publique en 1792, l’éducation populaire a connu des renaissances successives occasionnant autant de nouvelles définitions. La question de l’instruction pour tous est fortement liée à la République naissante dans ses différentes phases tout au long du XIXème siècle. L’éducation populaire est à la fois liée à la montée de la question scolaire mais aussi à celle de l’émancipation ouvrière et à la formation permanente des adultes.

Au début du XXème siècle, trois grands courants prédominent alors et la structurent : socialiste, catholique, républicain. En plus des questions éducatives et de formation permanente des adultes, c’est la question du temps libre  et des loisirs, qui à partir de 1936 et du Front Populaire, va ouvrir de nouvelles scènes d’action. Le gouvernement de Vichy, à partir de 1940 va jouer un rôle important dans sa volonté d’encadrer la jeunesse française, par différentes associations. A la Libération, en 1944, le Conseil National de la Résistance élabore différents programmes en direction de la jeunesse et en 1947, le plan Langevin Wallon qui en découlera, en rappellera la nécessité sans qu’elle soit toujours bien mise en place.

Tout au long des années 1950 et 1960, le champ de l’éducation populaire va se structurer et s’institutionnaliser avec la création ou le développement de nouvelles associations (FRANCAS, MJC, Leo Lagrange, Peuple et Culture, etc.) mais aussi d’un corps de professionnels d’État à partir de 1963 qui deviendront en 1985, les conseillers d’éducation populaire et de jeunesse, d’un nouveau champ professionnel plus associatif, celui de l’animation, et de financements d’État aux professionnels : les postes FONJEP (le fond de coopération de la jeunesse et de l’Éducation populaire).

 

Des mutations depuis la décentralisation

 

Mais depuis les années 1980 et les lois de décentralisation, le secteur a profondément muté. Si les liens entre l’école et l’éducation populaire étaient particulièrement forts dans les années 60 et 70 par le jeu des mises à disposition des enseignants auprès des associations, la lente mais continue fin de ces mises à disposition, à partir de 1987, a obligé à une reconfiguration tant des modes de financement, que, peut-être, de la capacité innovatrice de l’éducation populaire. En effet, s’il est un fil directeur de l’éducation populaire, c’est bien celui de la création de démarches pédagogiques innovantes, basées en particulier sur le droit au tâtonnement dans l’apprentissage des savoirs.

À reprendre par exemple deux domaines importants pour l’éducation populaire, on voit bien les changements en cours. Du côté de l’école, le récent abandon des Projets Éducatifs de Territoire en 2017, après la réforme des rythmes de 2013 marque une nette inflexion du reflux d’un projet éducatif local articulant champ scolaire et champ de l’animation. Sur le temps libre, l’organisation des colonies de vacances, secteur important pendant longtemps, est aujourd’hui en chute libre, laissant les parents, suivant leur niveau social financer des semaines de vacances pour leurs enfants de plus en plus coûteuses.

Pourtant que ce soit du côté des questions environnementales, des relations hommes-femmes, de l’inclusion numérique, des professionnels et des bénévoles ne cessent d’innover, et de penser des nouvelles formes éducatives et pédagogiques (par exemple les conférences gesticulées de Franck Lepage).

 

Quels sont alors les grands questionnements posés aujourd’hui à l’éducation populaire ?

 

Un premier est relatif à la faible lisibilité et visibilité de l’éducation populaire. Elle est peu médiatisée, peu portée politiquement et la suppression en cours des Directions Départementales et Régionales de la cohésion sociale qui la portaient du point de vue étatique local ne peuvent que l’interroger encore aujourd’hui. Mais surtout, peu de travaux de recherche, d’observatoires ou d’études précises du secteur existent. Ils pourraient mieux rendre compte de son action. « Mal connue, mal évaluée, mal considérée », nous dit le rapport qui prône une plus grande affirmation politique des vertus de l’éducation populaire.

Un second questionnement est relatif à ses sources de financements. « Mal financée » pourrait être en effet le quatrième terme ! Les ressources ont massivement glissé de l’État aux Caisses d’Allocations Familiales et aux collectivités locales depuis une trentaine d’années. Les modalités de financement ont elles aussi évolué, passant de la subvention aux appels à projets, voire aux marchés publics. Même si la forme associative n’est pas exclusive dans l’éducation populaire (peuvent s’y rajouter des collectifs informels, des syndicats, des fondations, des comités sociaux et économiques (qui viennent fondre anciens CE, CHSCT et délégués du personnel, etc.) elle est la plus connue et la plus représentée. Et les transformations des modes de financement viennent largement impacter les associations qui sont souvent contraintes de fusionner, voire de disparaître pour les plus petites, même si en parallèle continuent à se créer de nouvelles associations œuvrant largement grâce à la présence de leurs bénévoles. De ce point de vue, le rapport plaide pour un retour à la subvention dans le cadre de contrats pluriannuels d’objectifs plutôt que d’aller vers les marchés publics, tendance actuelle : ces derniers sont d’ailleurs particulièrement problématiques dans la mesure où ils accroissent les contentieux juridiques !

Un troisième questionnement est lié à la formation, à la fois des bénévoles et des professionnels. S’il n’existe pas de chiffres délimitant l’éducation populaire, les données relatives à l’ensemble des associations en France pointent que l’engagement se transforme plus qu’il ne diminue. Il devient plus ponctuel, de courte durée et moins total et de long terme. Cela n’est pas sans poser questions pour la gouvernance même des associations dont les président-e-s sont souvent âgé-e-s et cumulent leur mandat dans le temps. Une meilleure formation des bénévoles permettrait de renouveler les conseils d’administration. Une meilleure formation des professionnels permettrait aussi de mieux faire reconnaître le secteur : la filière animation ne va pas jusqu’à la catégorie A dans la fonction publique territoriale, par exemple…

Les mouvements d’éducation populaire sont nombreux sur la métropole de Lyon et les questions posées par ce rapport, en particulier, à travers ses modes de financement sont autant de pistes de travail à venir pour un dialogue fructueux entre les collectivités locales et les associations.