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Art & espace public : les passeurs et les passants

Photographie de l'oeuvre Paper Cut réalisée à Lyon par Don Matéo
Don Matéo, paper cut, 2019© Graphull

Dossier

Si l’espace public appartient à toutes et tous, il est avant tout le lieu de l’affirmation du pouvoir qui l’ordonne, le gère, produit les règles de son organisation. Au service des intentions du commanditaire, l’art public s’insère pleinement dans cette logique. Les artistes sont alors associés à la conception et à l’aménagement de l’espace commun, et s’inscrivent dans le prolongement de stratégies qui les dépassent parfois. Dans certains cas, l'art public est même porté par des acteurs privés (promoteurs, foncières, etc.), obéissant à des orientations variables (valorisation du bâti, préfiguration des quartiers, animation des rez-de-chaussée). Dans cet écosystème aux nombreuses ramifications, les contours de l’art public évoluent et s'entremêlent parfois.

Cette pratique traduit une intention de distinction et de valorisation de l’espace public par l’intervention artistique, qu’il s’agisse des Rives de Saône, de la Cité internationale ou encore des parkings de Lyon Parc Auto. Ces derniers ont constitué une véritable innovation, et se présentent désormais comme un « musée souterrain » ! De la même façon, les murs peints de Cité Création se sont imposés comme un marqueur fort du paysage métropolitain.

En parallèle de cet art « venu d’en haut », des initiatives citoyennes, comme celles de l’association Ateliers La Mouche, s’appuient sur la dimension sensible de l’urbain, pour faire évoluer ses formes et son sens. Ici, la ville comme œuvre d’art questionne l’art public sous un nouveau jour.

Contrairement à l’art public, fortement institutionnalisé, le street art et, plus singulièrement encore le graffiti, cherchent à échapper au pouvoir. La chercheure Julie Vaslin explique cependant que le « gouvernement des graffitis » demeure un enjeu pour les collectivités. Celles-ci définissent des stratégies de « tri », effaçant, ou au contraire protégeant, ces manifestations artistiques, quitte à les détourner ainsi de leur vocation initiale. Entre institutionnalisation, marchandisation et pratiques « puristes », le graffiti reste une culture morcelée, au sein de laquelle graffeurs légaux et vandales naviguent.

Aujourd’hui, nombres de graffeurs et de street artistes, auteurs d’œuvres « inopinées », développent des stratégies en opposition plus ou moins frontale avec le pouvoir gestionnaire du territoire. Notre portfolio en trois parties illustre cette pluralité d’intentions portée par ces artistes qui revendiquent, s’approprient ou subvertissent l’espace public.
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Date : 28/07/2021