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Techtera développe des tissus intelligents

Interview de Corinne FARACE

déléguée générale du pôle de compétitivité Techtera

<< La tendance porte de plus en plus sur les tissus intelligents >>.

Date : 31/05/2010

Verbatim de l'interview effectué par Anne-Caroline Jambaud le 1er Juin 2010.
Des entreprises de petite taille, leaders mondiaux dans le textile

Le signe distinctif de Techtera, c’est qu’il s’agit d’un pôle de PME-PMI, des entreprises de petite taille mais qui sont leaders mondiaux dans leur champ d’application : le textile au sens le plus vaste. Cela va de l’habillement des individus travaillant dans la ville (les uniformes) mais aussi les vêtements d’images et de sécurité pour les pompiers, gendarmes, facteurs, etc., aux domaines du sport, (de la tenue des sportifs aux matériaux qui constituent les outils, les ustensiles, les raquettes aussi bien que les sols) aux domaines du transport et de la santé.

Une nouvelle appellation : « textiles et matériaux souples »

Depuis janvier 2010, la nouvelle appellation est « textiles et matériaux souples » et non plus « textiles techniques et fonctionnels ». En effet, le textile n’est pas seulement un matériau dans lequel on peut intégrer de nouvelles fonctionnalités. C’est aussi un produit qui peut s’allier à d’autres pour créer des composites. Le papier, le cuir peuvent être travaillés comme le textile. Le savoir-faire développé est lié au fait que ces matériaux se travaillent en grande vitesse et sur de grandes largeurs.
On développe tout un savoir faire au niveau moléculaire du textile : pour permettre un meilleur ancrage, comprendre les mécanismes pour que le fil accroche mieux, etc.

L’habillement des professionnels

La mode, ce n’est pas nous, même si aujourd’hui, un produit non designé ne se vend pas bien. On travaille sur les nouveaux équipements des professionnels de la ville et de l’industrie. Par exemple les futures vestes de pompiers. Ce sont les mêmes problématiques que l’armée, pour laquelle beaucoup de nos adhérents travaillent. Tout ce qui permet à l’individu de faire son métier en n’étant pas encombré mais renseigné et protégé. La tendance est de plus en plus aux vêtements intelligents qui peuvent détecter et transmettre des informations afin que les personnes soient mieux protégées.
Notre problématique c’est : comment intégrer des capteurs 100% fiables dans des produits qui vont être portés et lavés ?

Le recyclage et les tissus autonettoyants

Nous avons engagé toute une réflexion sur le recyclage, pour les collectivités au sens large, tous les agents administratifs. Pour l’instant, nous n’avons pas de programme pour les agents d’entretien. Peut-être plus tard, puisque nous travaillons par exemple sur les tissus autonettoyants ? J’entends par « autonettoyants » des textiles traités de façon particulière, qui ne fixent pas les tâches, et nécessitent moins de lavages. Ils sont donc moins consommateurs d’eau, et d’une durée de vie plus importante.

La santé : surveillance à domicile et réduction des maladies nosocomiales

A l’hôpital, la réduction constatée de 30% des maladies nosocomiales semble liée à l’utilisation des textiles au sens large. On travaille sur la blouse de l’infirmière / du corps médical qui retiendra moins d’agents pathogènes, comme les bactéries ou les staphylocoques dorés, etc.

Le projet Actiprotex, lancé par le pôle en 2007, travaille à la mise au point des textiles de protection multi-actifs qui permettront une prévention plus efficace des maladies nosocomiales et des contaminations microbiennes, à la fois pour des dispositifs médicaux internes (implants), externes (contention), et les vêtements professionnels médicaux.  Ce projet qui associe 18 partenaires – dont 11 PME – arrive à son terme. Les innovations que ces travaux augurent seront disponibles à court terme.

Pour les malades, on travaille sur la surveillance à domicile. On pourra introduire des capteurs dans les vêtements mesurant la tension, le pouls et permettant un suivi médicalisé à distance. Nous avons organisé un Atelier-Innovation sur le thème des textiles électroniques pour un monitoring dans le secteur de la santé et nous lançons un groupe de réflexion avec des industriels et des chercheurs sur cette thématique, fin juin. Le processus d’émergence d’un ou de plusieurs projets sur ce sujet est donc lancé ce qui signifie que Techtera devrait labelliser un ou des projets sur le monitoring dans la santé, d’ici fin 2011.

Autre innovation importante dans le domaine de la santé : les textiles qui soignent ou permettent de réaliser des implants. Matbiotex, lancé en 2007 développe ainsi des matériaux textiles fonctionnalisés innovants dans deux domaines, les dispositifs médicaux externes pour le soin des plaies chroniques (ulcères veineux, escarres, pied diabétique) et des dispositifs médicaux implantables : prothèses de renfort ou remplacement de tissus mous. Ces matériaux utilisent les propriétés de molécules d’origine biologique qui seront mises en œuvre sous forme de fibres ou sous forme de revêtements de matériaux textiles.

Plus récemment, à la suite de Atelier-Innovation consacré aux dermatextiles, des groupes de travail réfléchissent aux maladies cutanées. Cela peut constituer un champ d’innovation important puisque 30% des enfants de moins de 6 ans ont une dermatite atopique (eczéma).

Le développement durable : énergies renouvelables

Demain, les stores pourront être les supports de cellules photovoltaïques (on commence à les avoir sur des supports souples) et fournir de l’énergie pour la domotique. La société Dickson, adhérente de Techtera, a ainsi présenté son premier store photovoltaïque.

Le sport : des sportifs de mieux en mieux équipés et de nouveaux sports de glisse

Les sportifs seront de mieux en mieux équipés, avec des textiles anti-transpirants, des matériaux très légers, des chaussures mesurant la distance parcourue, des vêtements intégrant des instruments de performance sportive.

Des moquettes synthétiques, de la neige artificielle et des revêtements de glisse permettront de nouveaux sports de glisse. Il y a beaucoup d’innovations à venir dans ce secteur. Parmi nos adhérents, nous comptons Porcher, leader de la voile de parapente, mais aussi concepteur d’une nouvelle planche de surf « écologique  » élaborée avec des fibres de cellulose pure. Le Greenlite, mis au point par les équipes de R&D de Porcher, est un matériau de renforts nouvelle génération, biodégradable et compatible avec les biorésines. Chomarat conçoit des skis nautiques dont l’intérieur est réalisé avec des fibres naturelles. La compagnie du bain réalise des maillots de bain qui permettront de se baigner dans une eau à 13 ou 14°.

De plus en plus de textiles dans les transports

Les matériaux entrant dans l’aéronautique sont à 60% des textiles. Les avions ont en effet de moins en moins de métal, et de plus en plus de composites (alliage de textiles et de plastique). L’objectif est de parvenir à une proportion de 80% de textile pour alléger le poids des avions.

Pour les transports en commun, nous travaillons notamment sur des sièges anti-déchirures, et donc anti-vandalisme.

Il y a beaucoup d’applications sur les routes : le plus grand utilisateur de textiles c’est Michelin !

Des textiles créateurs d’ambiance

Brochier Technologies travaille sur la lumière et les smart textiles (textiles intelligents), notamment sur des tissus intégrant des capteurs pour le traitement de l’air ou de l’eau par photocatalyse avec des UV. L’enjeu aujourd’hui pour cet adhérent, c’est de concevoir des textiles techniques dépolluants. Deux programmes sont en cours de développement dans ce domaine. Brochier travaille aussi sur des textiles de traitement de problèmes de santé par la lumière.

Les routes et ouvrages d’art

Tous les soutènements se font désormais avec des textiles et des géo-textiles. Grâce à ces matériaux, on peut élargir la ville sur des terrains beaucoup plus meubles, marécageux, en pente, y compris pour le tracé des chemins de fer, des routes, etc. L’utilisation de géo-textiles permet de repousser les limites naturelles, et améliore l’usure des routes en assurant une résistance plus grande au poids et au passage.  

L’Etat se désengage de plus en plus du secteur routier, les collectivités vont donc avoir en charge la maintenance des ouvrages d’art (il y en a un tous les 2 km !). Aujourd’hui, nous avons des projets qui permettent de vérifier l’état de ces équipements lors d’un choc (quand une voiture entre dans un pilier de pont par exemple). Des fibres optiques situées à l’intérieur du pont signalent, si elles sont cassées, qu’il faut faire la maintenance. Aujourd’hui, il s’agit de maintenance, demain ce sera prédictif. C’est important alors que les normes européennes, anti-sismiques et de prévention contre les catastrophes naturelles, vont changer.
Impermise a été lancé en 2007 avec un financement de l’ANR, l’Agence Nationale de la Recherche. A l’origine, l’objectif de la recherche portait sur l'utilisation de matériaux composites permettant d’assurer la mise en sécurité d'ouvrages du génie civil en tenant compte des critères que doivent respecter les maîtres d'ouvrages dans le contexte général du développement durable. La maintenance, la réparation, le renforcement des ouvrages en béton armé par des matériaux composites nécessitent le développement de méthodes et de techniques d'évaluation de l'aptitude au service et de requalification. Et cela, tant pour la restauration technique et fonctionnelle de ces ouvrages que pour leur adaptation à de nouvelles contraintes, notamment dans le cas des sollicitations extrêmes (accidentelles, sismiques). Ce projet arrive à son terme. Nous pourrons en donner les résultats, fin 2010.

La collaboration avec les autres pôles

Les projets sont développés de façon à ce que les innovations s’adressent à plusieurs marchés d’application. Dans le secteur des transports, nous avons des projets avec Aerospace Cluster. Le projet Textilub a ainsi été lancé en 2008, avec la labellisation de Techtera et le soutien d’Aerospace Cluster. L’objectif de ce projet est le développement d’une nouvelle génération de composites textiles autolubrifiants pour articulation aéronautique. Ce projet répond à des enjeux environnementaux évidents : augmentation de la durée de vie des pièces et donc génération de moins de déchets, réduction de la consommation énergétique et des émissions, remplacement de solutions utilisant des lubrifiants liquides, polluantes et consommatrices d’énergie etc.