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Robotique et de domotique

Interview de David BONNAMOUR

PDG de Domadoo

<< L’interopérabilité des protocoles est la clé pour constituer une offre domotique globale, simple et abordable >>.

Domadoo est une entreprise de e-commerce spécialisée dans la vente de produits domotiques. Fondée en 2006, dans un marché français fragile, Domadoo entreprend depuis d’élargir le cercle des utilisateurs de produits domotiques à la faveur d’une stratégie de référencement et de positionnement offensive sur Internet. Malgré un chiffre d’affaires encore modeste (600 k€ en 2010, 4 personnes), l’ambition de l’entreprise n’en est pas moins de devenir un des leaders français, voire européens de la distribution en ligne de produits domotiques.

David Bonnamour, PDG de Domadoo, nous fait partager sa vision de la domotique en France et les raisons de croire (enfin !) en son déploiement dans les foyers. Il soutient également les liens étroits qui existent entre les concepts de robotique et de domotique derrière l’idée commune de systèmes intelligents capables d’interagir avec leur environnement. Faisant le pari de l’assistance aux personnes âgées ou handicapées, Domadoo souhaite aujourd’hui s’inscrire plus activement dans les réseaux d’acteurs de la région. 

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Date : 01/02/2011

Quelle est la vision de Domadoo sur le marché de la domotique ?

Il y a dix ans, le marché français de la domotique orientée grand public était inexistant, les produits étaient très élitistes et haut de gamme. Aujourd’hui, le terme « domotique » est presque connoté négativement. Au départ, notre vision était donc de répondre d’abord aux attentes de la communauté existante d’utilisateurs de la domotique qui regroupait essentiellement des passionnés et qui s’approvisionnait souvent à l’étranger. Aujourd’hui, en voyant arrivé d’autres protocoles et la généralisation de l’informatique dans les foyers, nous pensons que des offres grand public, faciles d’usage, vont voir le jour à court terme et se retrouver dans les rayons de la grande distribution. Notre vision à long terme est donc d’être un acteur majeur de la domotique.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi, depuis le temps qu’on en parle, la domotique s’est  si peu démocratisée ?

La domotique existe depuis longtemps mais reste très élitiste et réservée à des habitations haut de gamme. Pour autant, nous avons eu l’occasion de nous rendre à plusieurs reprises à de grands salons sur les nouvelles technologies, tel que le C.E.S. (Consumer Electronic Show), la grand-messe de l’électronique grand public, où nous avons pris connaissance des technologies naissantes, ouvrant la voie à une offre croissante de produits domotiques, à des prix abordables, mais qui malheureusement tardent à arriver sur le marché Français, ou n’y arrivent parfois jamais. Dans la grande distribution spécialisée, l’offre domotique est très limitée et se résume parfois à une télécommande et 3 prises commandées.

Est-ce que le frein technologique est le frein essentiel ?

La domotique grand public repose encore souvent aujourd’hui sur des technologies anciennes. Le X10 par exemple est une technologie courant porteur où les messages et ordres sont envoyés sur la ligne de 220V, ce qui allège considérablement l’installation du dispositif puisqu’aucun câble n’est à installer. Ses faibles coûts et sa facilité d’installation la destinent donc à un usage grand public. Pour autant, c’est une technologie vieillissante qui doit avoir plus de 15 ans, et dont les capacités fonctionnelles sont limitées, exigeant le plus souvent un ordinateur pour un pilotage globale de l’installation et l’interconnexion avec d’autres protocoles.

Depuis 2 ans, commencent enfin à arriver sur le marché, de nouvelles technologies qui répondent à toutes les exigences nécessaires à un développement de la domotique grand public : facilité d’installation avec l’usage du sans fil, fiabilité, capacité d’actions évoluées et surtout interopérables.

Le déploiement de la domotique semble achopper sur la capacité à rendre les appareils domestiques interopérables. Pouvez-vous nous en expliquer l’enjeu ?

L’interopérabilité des protocoles est la clé pour constituer une offre domotique globale, simple et abordable. L’enjeu dans une installation domotique est en effet de la rendre capable de faire communiquer les ouvrants, l’éclairage, les télécommunications, les alarmes, le chauffage, la climatisation, le multimédia. Quand on veut couvrir tout ce spectre, on se rend compte que c’est un gros lego, un enchevêtrement de nombreuses technologies différentes qui ne se parlent pas forcément entre elles. Les produits les plus transversaux coûtant alors très chers.

Est-ce qu’il y a des raisons de croire que l’interopérabilité des appareils va se généraliser ?

A l’heure actuelle, deux nouvelles technologies émergent plus particulièrement, le Z-Wave et le ZigBee. La force de ces protocoles, encore plus que leurs capacités technologiques, est leur ouverture à de nombreux domaines et à plusieurs fabricants. Ils sont amenés à devenir des standards, utilisés dans les télécommandes, matériels HiFi et vidéo, motorisation, climatisation, centrales d’alarme, … en remplacement de l’infrarouge ou des protocoles propriétaires à chaque fabricant !

L’offre Z-Wave, qui est pour l’instant en avance par rapport au ZigBee, regroupe déjà plus d’une dizaine de fabricants et couvre un spectre fonctionnel très large, dont les produits peuvent nativement communiquer entre eux sans passer par des passerelles particulières ou un ordinateur.

Malheureusement, certains fabricants qui ont décidé d’utiliser ces nouveaux protocoles, continuent à verrouiller leurs produits. C’est une manière de préserver un avantage concurrentiel. Le fait d’ouvrir leur protocole dynamiserait le marché ! C’est une dynamique de cloisonnement du marché qui n’est pas propice au développement de la domotique.

Pensez-vous que nous sommes à un tournant aujourd’hui dans le développement de la domotique ?

Le fait que de gros acteurs du secteur des télécommunications s’intéressent au domaine est un signal assez fort de ce changement. Orange, SFR, Bouygues, etc , tous réfléchissent à intégrer dans leur box la fonction de domotique. Le nerf de la guerre est de savoir ce que je peux vendre au client via la box pour 30 euros par mois. Quand ils auront fait le tour de la question du multimédia, ils vont aller chercher d’autres choses comme la vidéosurveillance par exemple. Mais ils sont dépendants de la même chose que nous, à savoir de technologies fiables et sécurisées. A titre personnel, je sens que les choses bougent en ce qui concerne la domotique grand public depuis environ deux ans.

Quelle différence faîtes-vous entre domotique et robotique ?

Je fais très peu de différence entre les deux. Une motorisation de volet battant, c’est un robot quelque part. Peut-être que dans la robotique, c’est l’intelligence artificielle et l’autonomie d’action qui en découle qui sont mises en avant. Mais, dans les deux cas, nous sommes face à l’idée du scénario : par rapport à un événement précis et dans des conditions données, il s’agit d’effectuer une action adaptée. Evénement, condition, et action constituent le triptyque dans lequel se déploient la domotique et la robotique. Ce sont les mêmes fondamentaux. Pour illustrer la proximité des concepts de robotique et de domotique, je citerais le cas d’un produit domotique, Adhoco que j’ai découvert récemment. Adhoco, société suisse, propose une centrale domotique qui fait de l’apprentissage, une forme de domotique adaptative. L’idée n’est pas de la programmer. Elle est posée, elle détecte en plug and play les appareils à commander, et pendant les premiers jours suivant l’installation, elle détecte vos habitudes à votre domicile : les déplacements, les ouvertures de portes,  le réglage du chauffage, l’allumage de la lumière, etc. Au bout d’un certain temps, après avoir mémorisé ces habitudes, le dispositif est capable de les anticiper et d’ajuster le fonctionnement des appareils en conséquence. C’est donc un outil de confort qui finit par faire les choses à votre place d’une part et de surveillance d’autre part, en particulier des personnes âgées. Par exemple, le système détecte et informe par SMS ou email lors d’un comportement inhabituel (si personne ne se lève par exemple). Je crois vraiment en l’interconnectivité des appareils, en une forme d’intelligence collective. Demain, quand je mettrai l’alarme en quittant mon domicile, mon aspirateur Roomba se mettra aussitôt à travailler, et les éclairages ou appareils que j’ai oublié d’éteindre seront arrêtés automatiquement afin de réaliser des économies d’énergie. C’est l’interaction entre les appareils qui constitue l’intelligence du système. Pas besoin de concentrer toute l’intelligence dans un seul appareil. C’est pour moi le scénario le plus probable. Je pense que les visions de développement des robots domestiques d’il y a quelques années ne sont plus les mêmes qu’aujourd’hui.

Quelle est la stratégie que vous comptez adopter pour vous imposer dans la distribution internet de produits domotiques ?

Nous avons, dès la création de la société, orienté notre stratégie sur le e-commerce en domotique pour le particulier, avec une politique de communication et d’assistance forte et un référencement de produits intensif. Aujourd’hui, avec 1600 produits référencés sur notre site, une logistique internalisée maîtrisée, un blog à vocation éducative, un site de support en ligne réactif, une visibilité Internet forte et un chiffre d’affaire croissant, nous avons atteint en 5 ans notre premier objectif d’être un acteur probant du e-commerce sur ce marché. Nous comptons à l’avenir, développer l’activité que nous entretenons déjà avec le monde des professionnels de l’installation, de l’intégration, et de la formation.

Est-ce que la domotique sera capable demain, non pas seulement de proposer du confort dans la maison, mais un réel service à la personne ?

Je pense en effet, que l’on peut voir la domotique sous l’angle des services. Nous croyons beaucoup aux services aux personnes âgées ou handicapées. On sait qu’il y a un besoin croissant et que c’est une manière de valoriser la domotique. Ces personnes sont les premières à avoir besoin de ces technologies. On travaille actuellement avec d’autres entreprises sur l’apport de la domotique dans l’aide à la personne. On est sur un réel service.  Nous souhaiterions travailler avec des partenaires de la robotique sur ce sujet, et avec des acteurs dans le domaine du handicap, ou du vieillissement.