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Les perspectives de la robotique de service

Interview de Catherine SIMON

Secrétaire Générale de Syrobo

<< La robotique de service est un marché d'offre. La demande suivra ! >>.

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Date : 20/12/2006

Entretien réalisé par Geoffroy BING leSyndicat de la robotique de services, Syrobo a pour objectif de rassembler les acteurs économiques, les structures d’enseignement et centres de recherches en robotique, pour participer activement à la dissémination d’informations et à la formalisation et visibilité de ce secteur innovant en France et en Europe. Interlocuteur privilégié des pouvoirs publics, Syrobo engage la réflexion et propose des actions pour que l’Europe saisisse les opportunités multiples de développement économique qu’ouvre la robotique de service dans des secteurs aussi variés que l’assistance à la personne, la santé, l’éducation et les loisirs, mais aussi le transport, l’énergie, les télécommunications.
SYROBO est à l’initiative du 1er forum professionnel international de la Robotique de Services en Europe : INNOROBO. Cet événement, exclusivement dédié à la robotique de service et ses différentes applications, ouvrira ses portes au Centre des Congrès de la Cité Internationale de Lyon, les 23, 24 et 25 mars 2011, avec le soutien de la région Rhône-Alpes, le Grand Lyon, le Centre des Congrès de Lyon et la Korean Association of Robot Industry (« KAR »). Catherine Simon, Secrétaire Générale de Syrobo, nous expose avec enthousiasme les objectifs de ce salon et les perspectives de la robotique de service.Quel est le message principal que vous voulez faire passer à travers ce salon de la robotique de service ?
La robotique va changer notre vie en société. Le message que nous voulons faire passer aux investisseurs, c’est que c’est maintenant qu’il faut investir. Il faut y croire ! La robotique de service est un marché d’offre. La demande suivra ! On cherche donc à convaincre les industriels et les investisseurs qu’il faut innover dans ce domaine. Je ne pense pas  que l’on se trompe en prédisant qu’il va y avoir demain de plus en plus de connectivité et d’ « intelligence » dans les objets qui nous entourent. INNOROBO veut démontrer que c’est aujourd’hui que ça se passe et que les technologies sont là.

Est-ce un message adressé avant tout aux entrepreneurs ?

Aux entrepreneurs, investisseurs et pouvoirs publics.  Il faut des entrepreneurs pour créer le marché et le jeu en vaut la chandelle. En 2006, Robopolis vendait 700 robots aspirateurs. Cette année, on va en vendre 100 000 ! On commence à être référencé par GFK qui a créé une catégorie « robots aspirateurs » qu’il n’avait pas auparavant. IRobot, commercialisé par Robopolis, est leader sur le marché des robots aspirateurs devant LG ou Samsung et pourtant voyez la taille de Robopolis par rapport à ces grands groupes ! Je prendrai aussi l’exemple du robot lave-vitre. Savez-vous qui a fabriqué ce robot ? C’est un entrepreneur issu du milieu du textile ! Il n’y connaissait rien en mécanique, capteurs, électronique mais a eu la bonne idée d’intégrer son tissu à une technologie robotique.

On constate que la notion de robotique de service n’est pas claire pour tout le monde. Comment la clarifier ?

Je la définirais en creux en disant que c’est  une troisième catégorie de robot qui ne relève ni de la robotique industrielle, ni de la robotique militaire, mais qui partage les mêmes technologies. La représentation que l’on a de la robotique industrielle est celle du bras articulé qui prend essentiellement la forme d’un automate. Or on voit aujourd’hui une convergence entre la robotique industrielle et la robotique de service pour les PME, à travers ce que l’on appelle la « cobotique », c’est-à-dire la collaboration homme-robot dans les PME. On voit par exemple l’ouvrier qui passe une pièce au robot qui met ensuite cette pièce dans le four pour que l’ouvrier ne prenne pas le risque de se brûler. En ce qui concerne la robotique militaire, elle vit par définition des contrats de l’armée, mais favorise ce faisant des transferts technologiques vers la robotique de service. En clair, la robotique de service touche l’assistance à la personne dans la sphère domestique et la sphère santé, dans les services urbains (transports, énergie), dans les jeux ou l’éducation, bref un très grand nombre de domaines !

Quels concepts de robots se cachent derrière la robotique de service ?

Il y a deux courants à distinguer. La robotique humanoïde d’une part, sur laquelle les Japonais font le  pari. En France, le projet ROMEO représente bien ce courant. Au-delà des conjectures sur le modèle qui dominera demain, ce type de robotique a plusieurs vertus : il permet d’abord de faire travailler laboratoires et entreprises ensemble. Ensuite, travailler sur la robotique humanoïde ubiquitaire permet de faire progresser les technologies robotiques en général et a donc des vertus en termes de transfert et innovations technologiques. Enfin, que ce concept de robot soit fantasmagorique ou pas, la robotique humanoïde est un vecteur d’image très puissant.
D’autre part, il y a un courant qui défend une robotique beaucoup plus pervasive et diffuse. Ce courant de la robotique de service désigne l’intelligence de tous les objets de mon quotidien.  Dans ce cas, ma table devient robotique, de même que mon fauteuil ou mon matelas. Demain, la pénétration des robots dans les foyers sera peut-être équivalente à celle de la machine à laver ou du lave-linge. Le message que l’on veut faire passer, c’est que la robotique de service ne concerne pas exclusivement les PME et les projets innovants orientés très « techno » et évoluant dans des marchés de niches, mais que c’est quelque chose de beaucoup plus pervasif, qui se diffuse progressivement dans l’ensemble des objets qui deviennent de plus en plus interconnectés et intelligents. Vu sous cet angle,  il y a un potentiel de croissance et d’innovation incroyable dans une multitude de secteurs ! Je pense par exemple qu’un fabricant de matelas est concerné par la robotique. Demain, votre matelas pourra être programmé pour vous réveiller par un massage ou vous calmer en cas de sommeil agité ! C’est de la robotique !
Quant à savoir si l’un ou l’autre de ces concepts robotique dominera demain, personne ne le sait. C’est tout l’objet d’un des débats qui aura lieu à INNOROBO. Il est cependant permis de penser que le courant de la robotique humanoïde est plus prospectif tandis que le courant de l’intelligence des objets est plus tangible et opportun à plus court terme.

Votre connaissance des salons internationaux de la robotique (Corée, Japon, USA) vous permet-elle d’anticiper le développement de la robotique de service ?

C’est effectivement en regardant vers ces pays là que l’on s’aperçoit du potentiel et des opportunités qu’offre la robotique de service.
En Corée, l’accent est mis sur l’éducation. Ils mettent les jeunes en contact avec des robots dès le plus jeune âge car ce sont eux qui vont inventer les applications de demain. Il est d’ailleurs prouvé que l’usage de robots dans l’école favorise l’engagement des élèves dans les filières scientifiques. Pour avoir été dans une école coréenne, j’ai observé le statut qu’occupe le robot auprès des enfants qui est vu comme un véritable compagnon et non comme une machine (ils disent « iRobi est malade » quand il est cassé). En clair, leur objectif est de former les gens pour être leader demain. Cela passe par des commandes d’Etat, la mobilisation des grands groupes industriels du pays (Samsung, LG, etc.). C’est un effort national ! Au Japon, l’enjeu est complètement différent. Ils ont une population vieillissante et vont manquer de main d’œuvre active. Donc ils font de la robotique humanoïde ou d’assistance à la personne.  On s’aperçoit que le sujet de la dépendance et du maintien à domicile est un réel enjeu dans les sociétés des pays développés, auquel la robotique pourrait apporter des réponses. Regardez aujourd’hui le débat sur la dépendance en France ! La robotique de service dans la ville est un autre domaine auquel nous croyons beaucoup. Au Japon, ils commencent à mettre des robots policiers dans les rues par exemple.
Qu’est-ce qui incite par exemple des Coréens à venir sur le salon INNOROBO selon vous ?
Les Coréens étaient en demande d’un salon de la robotique en Europe où ils puissent tous être présents et s’afficher comme vitrine car ils étaient jusqu’à présent « dilués » sur plusieurs salons connexes tels qu’Automatika, IFA ou la Foire de Hanovre. Pour eux, c’est une porte d’entrée très intéressante sur l’Europe et des perspectives de coopération avec les Européens.

Comment situez-vous la région rhônalpine dans cette course à l’innovation robotique ?

Tout d’abord, nous ne sommes pas organisateurs de salons et je tiens à remercier la Région et le Grand Lyon pour leur soutien logistique et leur écoute, qui va bien au-delà des aides financières. Par ailleurs, nous sentons que notre message sur le potentiel et les opportunités de la robotique de service n’est pas toujours bien compris et que des acteurs, qui auraient de la valeur ajoutée à apporter à des projets de robotique de service, n’ont pas encore bien saisi leur intérêt à participer. Mais, je sens aussi que l’on arrive à faire bouger les lignes progressivement. Tout l’objet du salon est de faire comprendre au plus grand nombre qu’ils ont une carte à jouer dans la robotique de service. En ce qui concerne la perspective régionale, même s’il faut, à mon avis, envisager la robotique de service comme un enjeu à une échelle au moins nationale,  l’échelle régionale est pertinente pour déployer certaines actions de convergence et de coordination autour de la mécatronique en Haute-Savoie, du logiciel à Lyon, de la mécanique et  du design à Saint-Etienne ou de l’électronique et des nanotechnologies à Grenoble. La région dispose des savoir-faire et des technologies clés pour faire de la robotique de service un domaine d’innovation, de croissance et de renouveau industriel.