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Les enjeux du secteur industriel de l’agglomération lyonnaise

Interview de Yves Guyon et Pierre-Yves TESSE

<< Sur Lyon proprement dit, les terrains sont de plus en plus rares, donc de plus en plus chers. C'est un problème pour l'implantation d'entreprises. >>.

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Date : 01/12/2003

Propos recueillis par Bruno Bigourdan et Xavier Lachapelle (Siloe) dans le cadre de l’élaboration d’une note de synthèse, relative aux enjeux du secteur industriel de l’agglomération, de l’évolution de la sous-traitance et des processus actuels de regroupements d’entreprises sous forme de pôles d’excellence. Quelle vision avez-vous, des regroupements industriels dans le Grand Lyon ?
D’abord, il faut se mettre d’accord sur la notion de territoire. L’économie lyonnaise aujourd’hui dépasse les 55 communes regroupées du Grand Lyon et il faut raisonner le territoire au sens du SDE (Schéma de Développement Economique) qui prend en compte l’aire urbaine, comme cela est traduit dans les études de l’ OPALE (L’ Observatoire Partenarial Lyonnais en Economie : www.opale-Lyon.com.). Sur Lyon proprement dit, les terrains sont de plus en plus rares, donc de plus en plus chers. C’est un problème pour l’implantation d’entreprises. Depuis 20 ans, les nouvelles entreprises se sont installées plus sur la plaine de l’Ain, l’Isle d’Abeau …c’est cela l’aire urbaine. On peut voir s’affirmer des pôles de compétences (comme à Gerland sur la santé, le biomédical et la pharmacie) et voir apparaître l’émergence de nouveaux pôles dans ces nouvelles implantations. Par exemple, autour des questions émergentes liées à l’environnement, apparues dans les années 70, ce sont aujourd’hui 450 entreprises qui opèrent dans ce domaine (eau, air, déchets, …) notamment avec l’impulsion de Rhône Poulenc. Que fait la CCI en matière de coopération inter-entreprises en lien avec les territoires ? Concernant la notion de cluster, c'est-à-dire de compétences territoriales reconnues, notre démarche d’appui se traduit en trois temps : 1) Construire à la base un mapping de tout ce qui existe, dégager une masse critique, puis regarder la chaîne de valeur. Nous cherchons le segment de marché sur lequel nous sommes compétitifs au niveau global. Il ne s’agit pas simplement de repérer un nombre d’entreprises présentes sur le même ‘métier- marché’ sur un territoire, mais de bien identifier un ensemble cohérent depuis la recherche et le développement, la formation, en passant par la logistique nécessaire à la production.2) Ensuite, il faut dégager les axes de progrès en se posant les questions d’une offre globale de services qui favorise le maintien de cette « filière » à un bon niveau. 3) Enfin, il faut vendre cette démarche, notamment en travaillant à partir des entreprises qui peuvent servir d’exemple. La vraie difficulté, c’est l’animation ! Nous faisons beaucoup de benchmarking pour aller chez les autres voir ce qui est bien ! Par exemple, nous sommes allés en Autriche pour étudier une initiative intéressante dans les métiers de l’automobile. La fédération de sous traitants sur un territoire, a réussi, grâce au financement d’un animateur, à agir sur des choses simples et concrètes, en apportant un bénéfice immédiat aux entreprises. Par exemple, se positionner sur la question de la délocalisation vers les pays de l’Est. Nous en parlerons plus loin…Pour vous, sur un segment de marché, quelle est la délimitation nouvelle d’un territoire ?
Il faut raisonner en déplacement. Un périmètre d’une heure de voiture semble être l’élément fédérateur.Pouvez-vous qualifier les clusters identifiés ou en émergence sur l’air urbaine de Lyon ?
Il y a les cluster traditionnels qui sont orientés vers les métiers, par exemple, dans la plasturgie ou le décolletage. Ceux-ci agissent par des actions communes relatives aux achats ou à la formation. Vous trouvez, aussi, les cluster organisés sur des marchés, par exemple, pour le véhicule industriel ou la carrosserie à Bourg en Bresse.
Il existe maintenant des clusters d’initiatives, c’est le cas des biotechnologies qui ont atteint une masse critique qui permet de s’affirmer. Mais, il faut passer de l’idée à l’acte (passer à la communication commune), ceci nécessite de créer du lien avant.
Et puis vous avez les clusters en émergence, tel, Lyon Info Cité, dont l’objectif est de se dégager d’une logique de production de type cinéma, dans la création de jeux vidéo vendue en ligne.Dans quelle activité voyez-vous poindre un nouveau cluster ?
Dans les métiers de l’acoustique, la région Rhône-Alpes est en tête des régions avec des formations de qualité, des laboratoires performants comme ceux de l’INSA, et des entreprises suffisamment nombreuses en ingénierie et en traitement pour apparaître en pôle d’excellence. Quelle est votre vision de l’évolution de la sous-traitance ?
Pour avoir une opinion, il faut passer par un observatoire très précis ! Derrière le mot de sous-traitance il y a des réalités très différentes. Par exemple, un grand groupe ne pourra se passer d’une petite entreprise très spécialisée dans la réalisation de prototypes. Dans ce cas, il s’agit plus de partenariat. Le terme de sous traitant n’exprime qu’une réalité juridique. Le tableau n’est ni blanc, ni noir. Dans les secteurs traditionnels (la métallurgie par exemple) nous allons continuer de vivre une recomposition, mais ce n’est pas une fatalité. Si les coûts de main d’œuvre sont inférieurs à 15% des coûts de fabrication, la délocalisation n’a pas de sens. Le cas de la fédération Autrichienne, évoqué précédemment, montre qu’un secteur peut survivre en conservant la mise au point des productions
à haute valeur ajoutée, du montage nécessitant une qualité totale, tout en délocalisant, à son initiative, des productions standards à moindre coûts de main d’œuvre. Il faut suivre aussi les évolutions et internationaliser son entreprise, quand les grands constructeurs s’installent en Chine par exemple. L’Italie et l’Autriche
sont plus en avance que nous sur cette exigence d’adaptation. Les Autrichiens ont gardé la création, le design, la R&D des chaussures de sport qui sont produites maintenant en Slovénie !
Dans les secteurs orientés marchés (la tôlerie industrielle par exemple), il faut là aussi se concentrer sur des produits à plus forte valeur ajoutée. Passer de la fabrication de « caisses » pour l’électroménager à des productions pour l’aéronautique, travailler sur des produits à cycles plus courts, apporter un service autour du produit de base (assemblage, peinture, conditionnement pour être positionné sur une chaîne de production …).
Dans tous ces changements, il est important de considérer les Technologies d’Information  et de Communication comme stratégiques. Il y aurait encore beaucoup de sujets à approfondir, comme les problèmes de logistique – transport (nous travaillons actuellement sur un concept de transport en commun de marchandises), mais ce sera pour une prochaine fois ! Merci.