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Le potentiel de la région lyonnaise dans le secteur de la robotique

Interview de Pierre SEGUIN

fondateur et président de Pob-Technology

<< Les principaux robots humanoïdes que l’on voit aujourd’hui sont avant tout des objets de recherche. Le robot grand public est un robot qui doit être simple et sous la barre des 1000€ pour pénétrer dans les foyers ! >>.

Pob-Technology commercialise des robots éducatifs et ludiques à destination des structures académiques, et de plus en plus, sur le marché des particuliers. 
Armé d’un BTS en informatique industrielle et d’une expérience de trois ans chez Infogrammes, Pierre Séguin, 31 ans, décide de créer Pob-Technology (Pob = Piece Of Bot, pièce de robot) en août 2005. En 2006, POB commercialise son premier robot, le POB-BOT. A force de détermination, l’équipe de POB se fait progressivement une place parmi les sociétés de robotique françaises, européennes et internationales. En septembre 2009, Pierre Seguin a ouvert son capital à des business angels lyonnais, permettant une levée de fonds de 290 000€. Grâce à ces fonds, POB a mis au point une nouvelle gamme de produits, la POB Robotics Suite, permettant à quiconque de construire facilement un robot et de le programmer à la faveur d’un logiciel simplifié. Cette gamme de produits robotique a tous les atouts pour entamer un processus de démocratisation de la robotique. Pour Pierre Seguin en effet, le marché de la robotique ludique est en train de muter d’un marché de passionnés à un marché de grande consommation. La société Pob Technology est au cœur de cette mutation et prévoit de dégager 4M€ de chiffre d’affaires en 2012 (26 k€ en 2009) avec 15 personnes (7 actuellement).
Entrepreneur passionné et combatif, Pierre Seguin nous a accueilli dans son nouveau bureau de Villeurbanne pour nous éclairer sur le modèle d’une « start-up de robotique à la lyonnaise ». Bien placé pour apprécier l’évolution du marché, Pierre Seguin nous offre également un regard pragmatique et une analyse avisée sur le potentiel de la région lyonnaise dans le secteur de la robotique.

Réalisée par :

Date : 30/11/2010

Les volumes de vente de votre robot sont en pleine croissance. A qui vendez-vous votre robot ?

Nous vendons beaucoup aux écoles, aux collèges, aux lycées professionnels ou laboratoires de recherche, en France et à l’étranger. Mais notre ambition est aussi de vendre des robots aux particuliers. Par exemple, nous proposons un robot distributeur d’apéricubes, contrôlable par I Phone. Le particulier achète les pièces mécaniques pour son robot, puis va sur l’appstore pour télécharger l’application permettant de commander la distribution des apéricubes. Avec notre nouveau logiciel Risbee, nous avons radicalement simplifié l’interface de programmation pour que n’importe quel utilisateur lambda puisse programmer  son robot.

La robotique sort-elle enfin du cercle des initiés ?

Il y a encore quelques années, nous étions aux prémices de la robotique, c’était un marché de bidouilleurs. Le reste, c’était de la robotique industrielle. En 2010, le marché de la robotique industrielle est de 7 milliards de dollars, et 12,7 milliards de dollars pour la robotique domestique. La tendance s’est inversée.
Comment expliquez-vous ce décollage de la robotique domestique ?
Le secteur s’est professionnalisé depuis 4-5 ans et quelques produits ont décollé sur le marché. Les robots aspirateurs se vendent maintenant comme des petits pains. Pob Technology est aux avant-postes de la révolution en cours. Je considère que mon entreprise a appris son métier à la vitesse de l’évolution du marché. On peut dresser un parallèle avec le secteur du jeu vidéo qui, au départ, était entre les mains des dessinateurs de BD, du dessin animé et qui, en une décennie, a vu apparaître de véritables professionnels du jeu vidéo. Les sous-traitants aussi ont évolué. Ils ne comprenaient pas ce qu’était le marché de la robotique au début. Finalement, je pense que nous réalisons une bonne opération aujourd’hui, on ne s’est pas brûlé les ailes à vouloir aller trop tôt sur le marché. Le «? Time to Market » est central.

Est-ce que vous avez trouvé les soutiens nécessaires à Lyon pour démarrer votre entreprise ?

Des investisseurs institutionnels comme la Banque Populaire, la Région et le Département m’ont soutenu. J’ai obtenu 120 K€ de prêt, et il me reste 80K€ à rembourser… J’ai surtout obtenu une levée de fonds de 290 K€ en septembre 2009 auprès de business angels (Lyon Angels et le fond Start Me Up), ce qui m’a redonné de l’oxygène. La labellisation Novacité de Pob Technology m’a permis également de gagner la confiance des investisseurs. Mais le gros problème que je rencontre, c’est que je n’ai pas d’investisseurs pour prendre le relais des business angels, alors que c’est maintenant que Pob Technology a le plus besoin de capitaux. Une autre difficulté tient au prix de l’immobilier. Les start-ups ne vont pas dans les pépinières du Grand Lyon parce que c’est trop cher au m2 !

Avez-vous trouvé localement toutes les compétences techniques dont vous aviez besoin ?

Oui, j’ai trouvé à proximité toutes les ressources dont j’avais besoin pour créer ma boîte : nos tests de conformité électromagnétique sont réalisés par des laboratoires lyonnais, nos éléments en plastique sont fabriqués par l’entreprise Valla à proximité, l’électronique par la société Elji à Duerne dans le Rhône, et j’en passe. Pob Technology a une fonction de conception du robot par assemblage de ces technologies. Ce qu’il manque sur Lyon, c’est un pôle « énergie », le gros défi de la robotique étant de fabriquer des batteries légères et puissantes.

A votre avis, quelles mesures vous semblent importantes pour permettre un véritable ancrage de la robotique de service à Lyon ?

Je pense que l’un des enjeux est de former les professionnels de demain de la robotique. Les entreprises en auront besoin ! Toutes les formations pour développer un robot existent sur Lyon mais elles ne sont pas orientées sur la robotique! Nous avons besoin d’une multitude de spécialistes pour faire un robot, mais surtout que chaque spécialiste soit capable d’appréhender la complexité du robot dans son domaine de spécialité. Le développeur devra par exemple comprendre et intégrer les contraintes mécaniques des pièces que son programme se destine à commander. Je défends l’idée d’ouvrir une licence de robotique sur Lyon, en partenariat avec Robopolis. Il faut introduire de la transversalité dans les disciplines d’enseignement pour constituer des équipes capables de travailler sur des robots.
 

Quel regard portez-vous sur la concurrence coréenne et japonaise dans ce secteur ?

Les Coréens subventionnent la robotique mais il ne faut pas croire qu’ils sont en avance ! J’étais au salon de la robotique en Corée, rien ne m’a épaté. Les seuls robots qui fonctionnent en Corée sont les robots industriels type robot sapeur pompier ou robot militaire. Ils essaient de vendre de la robotique de service mais ce sont très souvent des flops commerciaux.  Il y a des écarts culturels qui sont énormes avec nous. La plupart des robots qu’ils fabriquent sont invendables en Europe tels quels. Mais la course à l’innovation est bien réelle. Ils s’intéressent à Pob Technology car ils voient en nous des relais commerciaux intéressants pour attaquer le marché européen. La proximité avec le marché est un enjeu fondamental.

Le fait que vos robots soient conçus et fabriqués localement est-il un gage de compétitivité à plus ou moins long terme ?

J’ai fait le choix de la proximité car l’enjeu pour moi est de maitriser de A à Z la réalisation de mon produit. On sous-estime les inconvénients de faire fabriquer ses produits en Chine : on contrôle beaucoup moins la qualité, et les délais. Il est très difficile également d’être sur des petites commandes, dans la réactivité face au marché. Si je dois fabriquer mon robot en Corée par exemple, ce ne sera que pour de l’assemblage, et j’expédierai mes pièces plastiques de Grand Clément en Corée. Car si je fais fabriquer mes pièces plastiques directement là-bas, je n’en maitrise plus ni la qualité, ni les délais.

Vous êtes partie prenante d’un projet financé par le Fonds Unique Interministériel (ou FUI) et associant l’INRIA à Grenoble. Quel est l’objet de ce projet ?

Nous sommes en effet associés à l’INRIA et à une société spin-off de l’INRIA qui s’appelle Probayes, dans le cadre de ce projet. Ils sont en train de construire un pack recherche avec notre robot, qui va permettre aux universitaires de faire du développement informatique avec notre robot. Dans ce projet, notre robot sert de support de recherche, dans lequel ils ont intégré Probity (système d’Intelligence Artificielle) développé par Probayes. Son objectif est d’enseigner au robot ce qu’il doit faire avec un joystick et de ne plus avoir à le programmer. Le Grand Lyon a investi 80 K€ dans ce projet

Quel regard portez-vous sur Paris et Grenoble ?

Des Parisiens m’ont déjà contacté pour m’inciter à développer mon activité sur Paris. Mais je ne veux pas aller sur Paris. Je doute que j’aurai pu monter mon activité là-bas. A Grenoble, ils ont une puissance de feu scientifique et capacité d’ingénierie qui sont remarquables.  A Lyon, nous avons les jeux vidéos, nous avons des créatifs, c’est une ville qui a de l’argent, des entrepreneurs, des artistes et techniciens en même temps. Je vois plutôt Lyon comme concepteur et intégrateur de robots avec, à proximité, Grenoble qui fabrique de l’Intelligence Artificielle, des capteurs, des actionneurs, etc. A Grenoble, ils ont l’ingénierie pour fabriquer les pièces constitutives du robot. Lyon est plutôt dans un rôle d’assembleur, d’intégration, de composition. On ne fait pas les briques technologiques, on les monte, on les intègre. On est en aval de la chaine de valeur de la robotique.
 

Pensez-vous que des groupes industriels comme SEB vont s’intéresser à la robotique de service ?

Ils le font déjà ! C’est sûr qu’ils vont aller dessus ! Samsung, LG, Philipps, Azus fabriquent  déjà  le robot aspirateur ! Philipps a récemment racheté un modèle coréen. On peut s’attendre à de la croissance externe de leur côté. La robotique sera pour eux un nouveau de relais de croissance. Je pense qu’ils sont au milieu du guet et qu’ils iront à la rencontre des pépites de la robotique.

Se dirige-t-on vers un robot polyvalent que l’on aura dans nos foyers ?

Le robot polyvalent se heurte à des obstacles mécaniques majeurs, qui rendent le robot hors de prix. Le robot d’Aldebaran est à 12 K€, Asimo à 500 k€ ! Entre l’électronique, le logiciel et la mécanique, c’est la mécanique qui coûte le plus cher dans un robot. Je ne vois pas une réduction de ces coûts dans un horizon à court terme. La mécanique, c’est de la matière première dont le coût reste incompressible, elle va même se renchérir avec la raréfaction des matériaux. Les principaux robots humanoïdes que l’on voit aujourd’hui sont avant tout des objets de recherche. Le robot grand public est un robot qui doit être simple et sous la barre des  1000€ pour pénétrer dans les foyers ! Le reste, c’est encore de la science fiction.