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Le Grand Lyon au niveau international

Interview de Charles-Henri MALECOT

<< Il manque à Lyon une manifestation récurrente, d’envergure internationale >>.

Réalisée par :

Date : 29/05/2006

Interview réalisée par Brigitte Yvray-Danguis- mai 2006

Quelles sont les actions que développe le Grand Lyon au niveau international ? Comment pourrait-elle faire partie du Top 15 ? Quels sont ses atouts ? Quels sont les moyens mis en oeuvre ?

Une question d’ordre général, pourquoi une agglomération se dote-t’elle d’une direction des relations internationales, quels sont les enjeux liés à cette politique ?

Nous avons un enjeu fort au plan politique, porté par le Président Gérard Collomb, qui consiste à conduire la métropole à faire partie du top 15 des métropoles européennes. Les relations internationales se révèlent au cœur de cette action et de cet objectif, c’est évident.Une partie de nos missions consiste à rendre plus visible l’action du Grand Lyon, ce que nous faisons avec une équipe réduite de collaborateurs. A cet égard, on peut s’interroger sur la nécessité de disposer d’une direction commune - ville de Lyon-Communauté urbaine -. De fait, il nous a semblé pertinent de regrouper nos forces car, vu de l’étranger, les frontières administratives n’ont pas beaucoup de sens et ce regroupement nous permet de mobiliser toutes les ressources de l’agglomération. Notre rôle consiste également à créer une synergie entre tous les partenaires institutionnels de la ville de Lyon et de l’agglomération comme : la CCI, l’Aderly etc.…et le rapprochement avec la ville de Lyon facilite bien les choses en la matière.

Quand on parle des relations internationales, on pense d’emblée à la coopération décentralisée qui constitue la partie opérationnelle, visible, de cet axe politique, pouvez-vous nous en dire plus ?

Un des volets phare de notre action, c’est effectivement la coopération décentralisée, mais parallèlement à la coopération décentralisée, nous avons largement étendu notre champ d’intervention, notamment en terme de relations économiques internationales.
Mais, il est vrai que la coopération décentralisée s’avère fondamentale pour deux raisons majeures, d’une part parce que ces partenariats s’inscrivent dans le droit fil des valeurs humanistes de l’agglomération, valeurs profondément ancrées dans l’histoire de Lyon et encore très vivaces aujourd’hui et, d’autre part, parce qu’une partie de la population de l’agglomération est d’origines étrangères. Montrer aux citoyens d’origines différentes qu’on coopère avec le pays dont ils sont issus, rend l’ensemble des Grandlyonnais plus solidaires. D’autant plus que nous travaillons également avec les associations qui mènent des opérations, notamment d’aide humanitaire, à l’étranger. On peut citer par exemple Bioforce ou Handicap international avec lesquelles nous collaborons régulièrement.

Comment s’organisent « les relations internationales » de l’agglomération, de quelles façons, au travers de quelles opérations se traduit votre action ?

De plusieurs façons ! Schématiquement en créant des liens, en participant à des réseaux et en faisant du lobbying au sein des institutions internationales. Pour créer des liens, pour ouvrir des portes pour nos entreprises, pour améliorer notre rayonnement international, nous organisons des « grandes missions » à l’étranger conduites par nos élus. On peut citer, à cet égard, la dernière « mission » aux Etats-Unis conduite par le Président Gérard Collomb qui a réuni des élus, des chefs d’entreprise, des universitaires et des agents du Grand Lyon. En retour, nous recevons de nombreuses délégations étrangères. Ces missions permettent des échanges de savoir-faire et une mise en visibilité de l’agglomération lyonnaise.
Un axe fort de notre action, c’est également la participation active, en partenariat ou directement, à des manifestations internationales d’envergure. On peut citer l’Assemblée générale des Eurocités, organisée à Lyon en 2005, Global City en 2006 ; notre prochaine grande étape étant le Forum pour une mondialisation responsable, prévu en octobre à Lyon.
Enfin, l’agglomération lyonnaise participe à des réseaux de villes, participation d’autant plus importante que c’est la ville de Lyon qui prendra la présidence des Eurocités en novembre prochain. Même chose pour le nouveau réseau mondial des villes CGLU  (Cités et Gouvernements Locaux Unis ) où Lyon a pris également une présidence, au titre de la commission « coopération décentralisée ». Le CGLU est le principal organisme de représentation des gouvernements locaux auprès des Nations Unies et de la communauté internationale. Ce réseau mondial, créé en mai 2004, réunit des villes et des associations nationales de pouvoirs locaux, issus de 95 pays. En qualité de membre du bureau exécutif de cette organisation, le Grand Lyon fait partie de son instance dirigeante et participe activement à la mise en œuvre de ces objectifs aux côtés des grandes métropoles du monde : Barcelone, La Haye, Paris, Pretoria, Istambul, Buenos-Aires, Rabat, Moscou…
Enfin, un autre réseau qu’on peut citer, c’est LUCI, le réseau des villes « lumière ». Mais il en existe beaucoup d’autres, dans lesquels nous sommes très actifs.

La présidence des Eurocités présente, sans doute, une occasion importante pour l’agglomération de faire entendre sa voix, pouvez-vous nous préciser quels sont les objectifs assignés à cette présidence ?

Le réseau « Eurocités » regroupe 125 villes européennes de plus de 200 000 habitants. Il a pour vocation de faire entendre la « voix » des grandes villes auprès de la Commission et du Parlement européens. La première mission de la Présidence vise à faire entendre cette voix, à faire passer les messages de toutes les villes auprès des instances européennes et à le faire savoir médiatiquement. Sur le plan des objectifs politiques, nous aurons à organiser la discussion entre les villes sur les axes politiques forts « à pousser » au niveau des instances communautaires, notamment sur les questions suivantes : comment allier développement social et modernité, comment rendre cohérent le développement économique, sans laisser de coté les quartiers les plus pauvres etc.
A partir de là, se pose la question de comment arriver à organiser et concrétiser notre action ? Cela passe essentiellement par la mise en place de groupes de travail, avec les élus et professionnels des villes pour produire des recommandations, des propositions de directives ou d’amendements qui sont transmises aux instances européennes. Parallèlement, nous devons rendre cette action de lobbying plus visible auprès du grand public des villes concernées. Le travail à la présidence de la mission coopération décentralisée des Cités et gouvernements locaux unis relève-t’il de la même logique ?
Oui en effet, car nous devons relayer et faire entendre la voix des villes, à une échelle différente, au niveau mondial auprès de l’ONU et de ses organismes spécialisés. Il y a là un véritable enjeu de représentation car, souvent, les élus des différents pays participent à des réunions en tant que membres de la société civile, au lieu d’être reconnus comme partenaires institutionnels, à part entière. Être reconnu comme partenaires, en tant que villes, en tant qu’institution, nous permet de bâtir de véritables partenariats, notamment avec la Banque mondiale, le PNUD ( Programme des Nations Unies pour le Développement) ou le FAO (Food Agriculture Organisation ). Cela va au-delà du simple lobbying, car monter des opérations de coopération décentralisée, en partenariat avec la Banque mondiale ou d’autres bailleurs de fonds, crée des effets de levier qui nous permettront de démultiplier l’impact de nos actions.
Pour conclure, ces actions participent au rayonnement international de Lyon, et faire connaître Lyon cela permet véritablement d’attirer des entreprises, des cadres, des étudiants ou des chercheurs.

Au-delà de ces actions et de cette implication, à court et moyen terme, quelles perspectives vous semblent envisageables en terme de relations internationales ?

Je pense qu’il est essentiel de renforcer nos partenariats existants, avec nos villes partenaires, plutôt que de multiplier les actions. De même, on peut faire bien et mieux en travaillant davantage en partenariat avec les institutions financières, telles que la Banque mondiale évoquée précédemment mais aussi avec d’autres comme, par exemple, l’Agence française de développement. Pour revenir à « l’effet de levier », on peut également être plus efficaces en démultipliant nos actions, en apportant à nos partenaires étrangers de l’expertise, de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, et aussi des moyens financiers que nous devons trouver auprès de partenaires extérieurs.
Encore une fois, de par son histoire, sa tradition de solidarité, l’agglomération se doit d’être exemplaire et novatrice en la matière. Parallèlement, nous nous employons à valoriser et faire valider, par les organisations internationales, une cartographie mondiale des actions de coopération décentralisée.

A votre avis quelles sont les marches à franchir pour que la position de l’agglomération soit renforcée au plan mondial sur le plan de son attractivité ?

En premier lieu, ce qui manque c’est un aéroport de Lyon-Saint-Exupéry vraiment international, avec des lignes intercontinentales directes.
Par ailleurs, il manque à Lyon une manifestation récurrente, d’envergure internationale. Il existe bien évidemment des manifestations phares, comme Biovision, les biennales ou la Fête des lumières, mais c’est insuffisant. Nous espérons que le Forum sur la mondialisation responsable puisse devenir un rendez-vous pérenne.
Enfin, un autre axe que nous devons appuyer et sur lequel il « faut mettre le paquet », c’est celui des pôles de compétitivité notamment celui de Lyonbiopôle, pour que l’agglomération lyonnaise soit véritablement reconnue comme capitale mondiale de la santé.