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Jeunes diplômés et difficultés dans la recherche d’emploi.

Interview de Zohra REDJEM

<< Les jeunes diplômés abordent le monde du travail comme un monde nouveau, sans repère, sans maîtriser les codes d’entrée >>.

L’AFIJ (Association pour Faciliter l'Insertion professionnelle des Jeunes diplômés) est une association nationale dont la vocation est de faciliter l'insertion professionnelle des étudiants et des jeunes diplômés, en les préparant à l’accès à l’emploi au travers d’actions de terrain. Elle s’adresse aux jeunes issus de l’enseignement supérieur qu’ils soient jeunes diplômés de Bac+2 (même non validé) au Doctorat, STS (BTS), Universités – DUT, Licences, Masters - (DEA, DESS…), doctorats - Grandes écoles – Ingénieurs, gestionnaires… - Ecoles supérieures privées, ou qu’ils soient en échec en premier cycle universitaire, en emploi précaire ou contrats spéciaux. L’AFIJ mobilise des recruteurs (entreprises, acteurs de l’économie sociale – associations, mutuelles, coopératives - collectivités locales…). Elle agit pour rapprocher les jeunes et les recruteurs (promotion des diplômés d’une part, et connaissance des employeurs d’autre part).
Interview réalisée dans le cadre du séminaire du Grand Lyon  « Les jeunes et la Ville » du 19 décembre 2007.

Réalisée par :

Date : 14/12/2007

Pouvez-vous nous donner quelques éléments caractéristiques des jeunes diplômés que vous accueillez ?

De nombreux jeunes diplômés utilisent nos services dans le cadre de leur recherche d’emploi sans avoir besoin d’un accompagnement particulier. De fait, les jeunes que nous recevons sont ceux qui rencontrent des difficultés plus ou moins importantes. Et parmi ceux-ci, certains ont simplement besoin de quelques informations ou conseils pour mieux organiser leur recherche d’emploi, d’autres sont en demande d’un accompagnement plus conséquent. Cependant, ce que nous constatons d’une manière générale, c’est qu’ils ont rarement réfléchi à un projet professionnel. Ils ont choisi un cursus de formation après leur bac qu’ils ont suivi plusieurs années sans se questionner. Ce n’est qu’au moment où se pose la question de leur insertion professionnelle, qu’ils prennent conscience de la nécessité d’élaborer un projet professionnel précis. Or, ils n’ont pas fait de relation entre formation et emploi, et généralement ils ont eu très peu de contacts avec des professionnels. De fait, ils méconnaissent complètement le monde du travail. Lorsqu’au cours du premier entretien nous les interrogeons sur leur projet professionnel, ils restent évasifs, et très souvent, leur projet ne correspond ni à la réalité d’un marché, ni à une idée précise de poste. Ils ont des difficultés à se projeter dans un monde du travail qu’ils connaissent peu ou mal.

Pourtant ces jeunes ont du avoir des expériences dans le monde du travail à travers des stages, des jobs d’ été ou même quelques emplois alimentaires. Comment alors expliquez-vous cette méconnaissance ?

En effet, ils ont tous, ou en tout cas la très grande majorité, au moins effectué un stage.  Cependant, ils ont tendance à rattacher cette expérience uniquement à leur formation, voire à l’enfermer dans le monde de leur formation. Aussi, quand ils doivent passer à autre chose, entrer dans un autre monde, celui du travail, ils ne font pas forcément le lien. Ils donnent l’impression de dissocier deux périodes de leur vie. D’une part, leurs études (ressources inégales : finances, univers familial, culture générale…) et leur entrée dans la vie active : ils se sentent isolés et cette situation devient vite stressante. Leur responsabilité individuelle devient très lourde à porter. Il est très rare qu’ils aient l’idée de valoriser leurs stages ou leurs premières expériences professionnelles dans leur CV, même quand ces dernières se sont révélées particulièrement positives. Par exemple, ils ne pensent pas à rappeler leur maître de stage ou d’autres contacts qu’ils ont pu avoir avec des professionnels durant leurs études. Ils ont appris à faire un CV ou une lettre de motivation, mais ne savent pas les utiliser et les valoriser. Ils ne capitalisent pas leurs acquis et réfléchissent de façon fragmentée. C’est peut-être aussi lié à un certain manque de culture générale, d’absence de vision globale des fonctionnements d’une société. Ils abordent donc le monde du travail comme un monde nouveau, sans repère, sans maîtriser les codes d’entrée. Et bien qu’ils sachent la difficulté de l’accès au travail, ils ne se sont pas préparés à conduire un vrai travail de recherche d’emploi.

Quels sont leurs principaux critères de choix dans une recherche d’emploi ?

Ils cherchent avant tout un poste intéressant, où l’on ne s’ennuie pas, et à la hauteur de leur diplôme. Ils vivent très mal l’idée d’être déqualifiés. Ensuite, ils recherchent la proximité. Ils sont en effet nombreux à vouloir rester proches de leur environnement social et notamment de leur famille, et ce, pas forcément pour des raisons financières. Ils ont besoin de garder leurs relations affectives. Cela s’explique probablement par le fait que l’accès au premier emploi est une étape particulièrement anxiogène. C’est aussi pour cette raison qu’ils souhaitent un poste dans un contexte agréable et une ambiance de travail sympathique. En fait, la question du salaire arrive souvent après ces trois premiers critères de choix.
Comment les recruteurs réagissent-ils aux comportements de ces jeunes ?

Bien sûr, l’attitude des recruteurs n’est pas homogène. Il y a ceux qui, constatant ce manque de repères, l’interprètent comme un manque de motivation ou de capacité. Et puis, il y a ceux qui cherchent à comprendre, à passer au delà des problèmes de présentation et surtout d’expression des jeunes. Car le vrai problème est que les jeunes ne savent pas mettre de mots derrière leur motivation. Ils n’ont pas de vision claire de l’entreprise, ni du poste qu’on leur propose, ni de ce qu’ils pourraient apporter à l’entreprise, ni des évolutions possibles dans l’entreprise. Alors ils sont assez maladroits dans leur expression, tentant parfois d’utiliser un langage raffiné complètement déplacé, ou répondant en décalé car ils ne perçoivent pas les attentes de l’employeur. Les recruteurs attendent des jeunes qu’ils démontrent leur motivation et leur intérêt pour l’entreprise, qu’ils donnent des gages d’implication et partagent une vision d’ensemble de l’entreprise. Or, souvent les jeunes ne sont pas prêts, ils n’ont qu’une vision très partielle et à court terme du poste pour lequel ils se proposent. Toutefois, les employeurs sont souvent surpris de la capacité d’adaptation et de l’implication que les jeunes  révèlent une fois intégrés dans l’entreprise. La difficulté ne semble donc pas être dans l’emploi, mais dans l’accès à l’emploi. Ainsi, il suffirait de permettre plus de liaison entre les mondes de l’emploi et de la formation pour que les jeunes franchissent les frontières de l’un à l’autre bien plus facilement et cela autant dans l’intérêt des jeunes que celui des recruteurs.
Zohra Redjem
AFIJ Lyon
152, rue Duguesclin
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