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IRCELYON, acteur du pôle de compétitivité du secteur chimie- environnement de l'agglomération

Interview de Michel LACROIX et Michèle GRANGER

<< L’objectif premier de la catalyse est le développement de procédés permettant de produire à moindre coût énergétique, avec de meilleurs rendements, en limitant les sous-produits >>.

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Date : 07/03/2007

Propos recueillis par Caroline Januel le 7 mars 2007

L'IRCELYON s'est engagé avec Axelera dans différents programmes aux forts enjeux scientifiques, économiques et sociétaux. Ces programmes s'appuient sur le pôle de compétitivité du secteur chimie- environnement de l'agglomération. Axelera a pour vocation de passer d’une chimie curative de ses effets à une chimie d’avant-garde, intégrant dès l’amont, la maîtrise de sa relation environnementale. 

Quelle place occupe l’IRCELYON dans ce projet ? 
L’IRCELYON est issu du regroupement de l’Institut de recherches sur la catalyse et du Laboratoire d’applications de la chimie à l’environnement. Tous deux étaient présents dès la conception du pôle Axelera sous l’impulsion du CNRS qui est un des membres fondateurs. L’IRCELYON est entièrement dédié à la catalyse. Or, l’objectif premier de la catalyse est le développement de procédés permettant de produire à moindre coût énergétique, avec de meilleurs rendements, en limitant les sous-produits. La catalyse intervient également dans le domaine de la dépollution, en traitant les polluants avant leur rejet dans l’environnement. C’est donc un outil incontournable pour atteindre l’objectif d’Axelera. Environ 80% des produits de la vie quotidienne ont subi une étape de catalyse à un stade de leur développement.

En pratique, dans quels programmes d’Axelera l’IRCELYON s’est-il engagé ?
A l’heure actuelle, l’IRCELYON intervient principalement dans deux programmes : le programme « traitement de l’eau » ou Rhodanos et le programme « intensification des procédés ». 
Le programme Rhodanos vise une maîtrise accrue des conséquences des rejets liquides des activités industrielles et urbaines dans l’environnement et la gestion du bon état des masses d’eau dans les milieux naturels, suivant la nouvelle Directive Cadre européenne, du milieu récepteur jusqu’aux sources d’émission. Répondre à ces directives de plus en plus drastiques est un des enjeux de Rhodanos.

Le programme « intensification des procédés » est peut-être plus prospectif car il a pour objectif de développer de nouveaux outils de production chimique en rendant plus compactes les usines du futur, en améliorant la sécurité des chaînes de production, en accroissant les rendements, en diminuant les déchets produits, grâce à un meilleur contrôle des paramètres clés des différentes étapes d’un procédé. On peut imaginer que progressivement, de petites usines de proximité viennent remplacer des grosses installations. Notre façon de produire va changer et ainsi réduire les dépenses énergétiques, l’émission des déchets, etc.

Quels sont les principaux enjeux scientifiques, économiques et sociétaux d’Axelera ?
Tous sont bien sûr intimement liés. Les recherches conduites, notamment dans les deux programmes auxquels l’IRCELYON collabore, répondent à des demandes sociétales très fortes comme la réduction de la consommation d’énergie, de l’émission des déchets industriels dans l’eau et l’air… En même temps, ces travaux profitent également aux industriels qui verront diminuer les surcoûts occasionnés par le traitement de leurs déchets, les dépenses énergétiques…

Réunir plusieurs acteurs autour d’une même problématique est-elle une condition sine qua non pour innover et être compétitif à l'heure actuelle ? Quelle influence peut avoir Axelera sur les activités de l’IRCELYON ?
L’IRCELYON, comme tout laboratoire académique, innove de part la recherche qu’il mène et valorise ses découvertes par le biais de sa production scientifique et/ou de la prise de brevets. Le rôle du pôle est de faciliter le développement de connaissances et le transfert des innovations vers le monde socio-économique. Fertiliser et adapter de nouveaux concepts aux grands enjeux et défis du monde industriel pour maintenir la compétitivité internationale de nos entreprises, telles sont les grandes priorités du pôle.

Nous n’avons qu’un an et demi de recul, mais on peut espérer que le pôle améliore la diffusion de l’innovation dans le tissu socio-économique. Axelera nous a poussé à réfléchir collectivement sur une problématique commune et à dépasser l’échelle locale, pour nous ouvrir à un marché de plus grande envergure.

La Chimie lyonnaise semble avoir considérablement évoluée via notamment le rapprochement des industries et de la recherche académique, la prise en compte croissante des préoccupations environnementales…

La formation des chimistes a-t-elle évolué parallèlement ?
Les formations peuvent être améliorées : elles ne sont pas à l’heure actuelle en parfaite adéquation avec les besoins des industriels. Ceux-ci doivent être identifiés et les programmes universitaires conçus pour y répondre. On pourrait même envisager plus de liens concrets comme par exemple inclure dans le cursus davantage d’interventions d’industriels. Des projets de nouvelles formations sont actuellement en débat au Ministère délégué à l’enseignement supérieur et à la recherche. La situation devrait donc évoluer favorablement.

Les pôles de compétitivité mettent en avant la notion de territoire. Les pôles soutiennent l’idée que le développement économique doit s’appuyer sur des spécificités locales : savoirs, savoir-faire…

Quelles sont ces spécificités locales sur lesquelles s’appuient Axelera ?
La chimie lyonnaise représente une force indéniable avec plus de 600 chercheurs, enseignants-chercheurs et soutien technique. Dès sa montée en puissance dans les années 60, la chimie lyonnaise s’est très vite associée avec des partenaires industriels locaux dans un premier temps, puis de plus en plus ouverte vers des partenariats européens et internationaux. La chimie moléculaire, la chimie des matériaux, les sciences analytiques et la catalyse  sont aujourd’hui des spécificités lyonnaises reconnues sur la scène internationale. Cette spécificité, couplée à la présence de nombreux acteurs économiques de la chimie, donne à la région Rhône-Alpes une force indéniable dans ces domaines de la chimie. Il n’est donc pas étrange qu’un pôle de compétitivité chimie-environnement ait été labellisé à Lyon. Source de fertilisation croisée entre milieu académique et milieu industriel, ce pôle, créé par les grands groupes de la chimie française et le CNRS, devrait attirer et drainer des PME et des PMI dans ce grand élan de renouveau de la chimie.