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Blandine Melay, service Énergie Climat du Grand Lyon : « Le climat a déjà changé chez nous. On pointe de l’anxiété chez les habitants »

Interview de Blandine Melay

Portrait de Blandine Melay
Responsable du service Énergie Climat à la Métropole de Lyon

Au sein de la Métropole de Lyon, le service Énergie Climat a pour mission principale d’œuvrer à une transition écologique en phase avec les impératifs du changement climatique.

Entre 2020 et 2021, il a mené une série de travaux lui permettant d’évaluer la situation sur le territoire grand-lyonnais, associant données macro, baromètre local des évolutions statistiques et rencontres sur le terrain, au plus près des habitants.

Blandine Melay, responsable de service Énergie Climat, nous présente les multiples enjeux auxquels il fallait répondre, et les différentes méthodes qui ont permis ce diagnostic global.

Réalisée par :

Date : 13/12/2021

Au sein de la Métropole, comment en êtes-vous venus à vous tourner vers des outils tels que les « baromètres » ?

Avec notre nouvelle approche, plus qualitative, nous savons quelles sont les actions mises en œuvre par les ménages interrogés

Dès 2017, nous avons mis en place un baromètre de l’énergie, qui nous apportait plusieurs types d’informations sur le territoire. Quand on travaille sur les sujets « climat et énergie », on pose des politiques publiques qui sont un peu macro, avec des trajectoires qui peuvent paraître lointaines : quels efforts sur la réduction d’émissions de gaz à effet de serre, sur les réductions de consommation par secteur, etc. Les données dont on dispose aujourd’hui sur ces trajectoires de transition énergétique et de lutte contre le changement climatique sont transmises par l’Observatoire Régional Climat Air Énergie (Orcae). Avec, on est en capacité de regarder, année après année, les diminutions des émissions du territoire, par secteur d’activité, par vecteur énergétique, et de la même manière l’évolution des consommations d’énergie ou les productions d’énergie renouvelable.

Mais ce que ça ne nous dit pas, c’est ce qui bouge, en réalité, sur le territoire. Qu’est-ce qui frémit ? Comment le public, les acteurs économiques, se saisissent de la question et mettent en œuvre des actions, s’acculturent, ou pas, à cette thématique ? Les baromètres permettent de nous apporter cela. Si les consommations du secteur résidentiel diminuent, à quoi cela est-ce dû ? Est-ce que les ménages mettent en œuvre des travaux qui permettent de rénover l’existant, et donc de diminuer les consommations d’énergie du territoire ? Est-ce qu’ils changent de pratiques, et sont plus économes sur la gestion de leurs équipements, sur leurs achats, etc. ? Tout cela, il nous est impossible de le percevoir dans de grands chiffres collectés à l’échelle du territoire. Avec notre nouvelle approche, plus qualitative, nous savons quelles sont les actions mises en œuvre par les ménages interrogés, mais aussi quelles sont leurs postures vis-à-vis de la mise en mouvement : sont-ils proactifs ou plutôt en réaction, attendant en matière de rénovation que la collectivité ou l’État interviennent ?

Au niveau opérationnel, que vous permet cette précision ?

Il y a des vécus qui semblent s’intensifier, des situations de fortes chaleurs qui sont mal vécues, pour des raisons qu’on ne sait pas encore forcément déterminer

On arrive à dessiner différentes cibles d’interlocuteurs et à élaborer différents niveaux de discours pour des profils qui ont chacun une sensibilité différente au sujet de la transition, et une capacité d’action inégale. Si on reprend l’exemple de la rénovation du logement, cela demande un peu de moyens. En plus, il faut entrer dans un parcours administratif parfois un peu compliqué. Donc pour se lancer dans cette démarche, il faut en avoir le temps, et bénéficier d’accompagnement.

Ces baromètres nous permettent de savoir ce qui change et à qui on s’adresse. Sur les fortes chaleurs, la question posée aux habitants était simplement : « Comment vivez-vous les fortes chaleurs ? ». À travers les données macro, nous percevons que le climat change, y compris sur la Métropole de Lyon. Mais est-ce que cela a un écho auprès des citoyens ? Est-ce qu’eux-mêmes le perçoivent, à leur échelle, au quotidien ? La réponse est oui. On sait que des événements caniculaires provoquent des chocs. Ce sont des événements exceptionnels, qui décrochent par rapport à des statistiques habituelles. On en garde la mémoire.

Et puis il y a des vécus qui semblent s’intensifier, des situations de fortes chaleurs qui sont mal vécues, pour des raisons qu’on ne sait pas encore forcément déterminer. Nous constatons aussi qu’il y a une inquiétude qui monte. Sur le baromètre des fortes chaleurs, comme nous en sommes à sa première version, on ne sait pas encore tout à fait dire aujourd’hui si la situation actuelle est différente de celle qu’on aurait pu constater il y a dix ans. Les prochaines versions seront intéressantes à ce titre.

 

Quels sont concrètement les informations que vous apporte ce baromètre ?

Le climat a déjà changé chez nous. Et même s’il n’a pas changé encore de manière radicale, on pointe de l’anxiété chez les habitants

Il nous renseigne prioritairement sur deux choses : comment les habitants vivent les fortes chaleurs, et comment ils s’y adaptent, quelles solutions ils mettent en œuvre. Nous les avons notamment interrogés sur la climatisation. Quand on raccroche nos deux baromètres, chaleur et énergie, on s’aperçoit que les équipements en climatisation progressent sur le territoire. C’est quelque chose qui est complètement invisible à partir de grands nombres. On voit juste les consommations qui fluctuent sur le territoire. Par contre, l’effet de la climatisation, aujourd’hui, c’est un signal faible, parce que nous ne sommes pas encore dans les pays du Golfe ou dans les pays du sud de l’Europe ou en Asie, où elle est un objet de confort présent systématiquement dans les logements. Chez nous, c’est quelque chose qui est en train de monter. En 2017 on avait 16 %, des ménages métropolitains qui en étaient équipés. En 2021, 23 %. 5 % de plus, c’est considérable.

En matière d’augmentation des consommations énergétiques, et d’impact à moyen terme sur le dimensionnement du réseau électrique (en partie sous compétence métropolitaine), c’est potentiellement un problème. Il y a d’autres impacts environnementaux, des conséquences sur le paysage urbain. Des climatisations un peu sauvages, installées partout, est-ce que ce sera ça le paysage de nos villes demain ? Peut-être. Est-ce qu’on y est prêts ? Est-ce qu’on l’accepte ? C’est l’un des aspects à prendre en compte. Et bien sûr, cela souligne l’urgence d’une action sur ce sujet. Passer d’une intuition à la prise de conscience qu’il s’agit désormais d’un sujet qui monte sur le territoire, cela permet d’enclencher l’action.

On entre donc là dans une forme d’observation du territoire peu conventionnelle, qui nous sort de nos habitudes. On va chercher des informations qui sont de l’ordre du ressenti pour la canicule, de l’ordre de l’enquête sur les pratiques de consommation pour l’équipement en climatiseurs, et qui sont extrêmement parlantes pour hiérarchiser l’opportunité de mettre en œuvre des politiques publiques. Maintenant, on en a la démonstration : il est important que la Métropole s’interroge sur sa réponse à l’usage croissant de la climatisation, qui est un nouveau poste de consommation qu’on n’avait pas anticipé dans notre trajectoire de lutte contre le dérèglement climatique. Au-delà du paysage, ces équipements contiennent des fluides qui, une fois relâchés dans l’atmosphère, contribuent au réchauffement climatique.

En général, pour les petits systèmes des particuliers ou des professionnels, la maintenance n’est pas très bien gérée, donc ces fluides vont se retrouver dans l’atmosphère à un moment ou un autre. Une climatisation, cela crée de la fraîcheur dans les bâtiments, mais ça relargue de la chaleur dehors, donc ça ne fait que renforcer la chaleur urbaine dans un cercle vicieux. Il fait plus chaud dehors, donc on climatise l’intérieur, donc il fait plus chaud dehors, donc on climatise l’intérieur, etc. Ce n’est ni un épiphénomène, ni une moindre affaire.

Et puis, il y a le sujet de l’adaptation et de la manière dont on accompagne les Grand-Lyonnais sur un sujet dont ils sont bien conscients. Le climat a déjà changé chez nous. Et même s’il n’a pas changé encore de manière radicale, on pointe de l’anxiété chez les habitants. Il est important et urgent de s’y intéresser de manière un peu plus proactive.

Comment fixer le seuil à partir duquel quelque chose est retenu dans la feuille de route comme l’un des éléments à intégrer à un plan d’action ?

Nous avons un exécutif qui mise sur la sobriété énergétique

Le travail sur le plan d’action est encore devant nous. Aujourd’hui, on en est plutôt à rapprocher deux politiques publiques qui ne se sont pas encore suffisamment rencontrées. Suite à la canicule de 2003, les conseils départementaux ont la responsabilité de porter une politique de prévention, et la Métropole a récupéré les compétences du département sur son territoire. Elle met donc en œuvre un dispositif de prévention canicule. Par ailleurs, nous avons un exécutif qui mise sur la sobriété énergétique, et donc qui tient une posture plutôt défavorable à l’émergence de nouveaux usages sur l’énergie, dans un temps où on essaye de réduire ceux qui existent déjà.

L’été dernier, quand on a commencé à s’intéresser de manière plus forte à ce sujet à la demande des élus, nous avons travaillé avec nos collègues en charge de la prévention, sur les messages à passer en période de canicule, pour préserver la santé des Grands-Lyonnais, mais aussi pour prévenir les atteintes à l’environnement. De nouvelles recommandations ont été formulées dans ce sens dans le guide pratique dédié, visant à mettre en valeur les solutions passives et accessibles à tous, pour se mettre au frais : s’habiller de manière adaptée en évitant les matières synthétiques, fermer les volets et les fenêtres le jour et aérer son logement la nuit, s’équiper en brise-soleil, éviter l’usage des équipements qui rejettent de la chaleur (four, plaque de cuisson, ordinateur, etc.), rejoindre un des lieux frais cartographié par la Métropole de Lyon (parcs, places ombragées, jardins publics, piscines, bibliothèques, etc.). De manière explicite, on déconseille l’usage de la climatisation individuelle en montrant qu’il existe des solutions alternatives.

 

Ces changements de comportements, d’habitudes, convergent-ils progressivement vers un changement fondamental de mode de vie ?

Il y avait des savoirs, des pratiques culturelles que l’on peut qualifier de vernaculaires, des gestes simples à la portée de chacun, si tant est qu’on les connaisse

Il y a des savoirs qui existent ici, et d’autres qui sont importés par des personnes venant de régions aux climats plus chauds, sur la manière de gérer les épisodes de fortes chaleurs, sur la gestion des occultations d’un logement, de la lumière, de la ventilation, etc. On le voit notamment en interrogeant certaines personnes âgées, qui ont trouvé des solutions parfois extrêmement performantes.

J’ai un exemple intéressant, de deux personnes interrogées, vivant dans un même immeuble. D’un côté, une jeune personne assez sensible à l’écologie, passionnée par le jardinage, qui ne pouvait pas occulter ses fenêtres pendant la journée, parce que c’était la mort assurée pour ses plantes. D’un autre côté, un couple de seniors qui ont toujours été Grand-Lyonnais et qui connaissaient les périodes de fortes chaleurs. On n’est pas dans un changement brutal sur le territoire. C’est quelque chose qui existait déjà auparavant, donc il y avait une espèce de technicité dans la gestion de l’ouverture de la fenêtre, de la fermeture des volets, avec une ficelle réglée à la bonne longueur pour avoir le bon entrebâillement des volets… Il y a là une vraie maîtrise technique de la ventilation et de la lumière. Entre ces deux appartements, on constate un vécu complètement différent, parce que des techniques maîtrisées ou non, et peut-être une compréhension du phénomène un peu différente.

Il y a des savoirs qui ont peut-être été un peu oubliés, pour des raisons diverses, parce que l’on bouge plus, que l’on connaît moins son logement. C’est aussi la conséquence d’un habitat de plus en plus automatisé : le bouton qui ferme le volet ou la fenêtre ne permet pas de l’entrouvrir, de laisser un peu d’air, un peu de lumière, on n’a moins de marge de manœuvre, on est moins maître de cette technique.

Et puis on en revient aux personnes qui se sont équipés récemment en climatisation, comme cet ambulancier qui disait : « Dans ces périodes où il fait très chaud, pour moi, c’est la course toute la journée. J’ai un métier très actif, et quand je rentre, c’est le moment où je suis au calme, c’est mon espace de repos. En situation caniculaire, si je ne peux pas obtenir un peu de répit et un peu de fraîcheur, et bien je craque, ce n’est plus possible ».

On est dans une espèce d’anxiété, qui n’est pas une écoanxiété, mais qui trouve aussi une réponse parce que c’est facile aujourd’hui de s’équiper. Entre le petit ventilateur que l’on branche sur le port USB de l’ordinateur, la publicité pour la clim que l’on reçoit dans la boîte aux lettres et qui est bien choisie de manière saisonnière par les équipementiers, on nous propose plein de choses. Il y a je crois, aussi à ce niveau, un aspect culturel qui n’existait pas avant.

C’est très empirique, évidemment, mais j’ai moi-même grandi ici, et il me semble qu’auparavant, la climatisation d’un logement était vue comme un luxe. La canicule de 2003 a été un accélérateur. Elle a entraîné un pic dans les ventes de climatiseurs, qui ensuite est devenu un marché plus stable. Aujourd’hui, quand on va dans les grandes surfaces, en tête de gondole, début juin, c’est l’offre de climatiseurs et de ventilateurs qui se présente à tous. Il y a des prix qui sont sans doute plus accessibles, et plus d’offres sur le marché. Ce sera sans doute intéressant de creuser ce sujet dans les prochains baromètres. On ne l’a pas tellement sondé aujourd’hui, parce qu’on a seulement enquêté via le taux d’équipement des ménages. Nous ne sommes pas encore allés voir les réponses des acteurs économiques.

Nous avons donc constaté qu’il y avait des savoirs, des pratiques culturelles que l’on peut qualifier de vernaculaires, des gestes simples à la portée de chacun, si tant est qu’on les connaisse. Et puis, à l’autre bout de la chaîne, on a cette solution matérielle, technologique, immédiatement disponible. Entre les deux, il y a sans doute beaucoup de pistes intermédiaires qui restent à explorer. En termes de modèle de société, on peut supposer que si on privilégiait les solutions techniques aux solutions culturelles, ce seraient ceux qui auraient le plus fort pouvoir d’achat qui souffriraient le moins, donc l’enjeu est fort.

Dans le plan Climat, pour tenter de faire comprendre les changements à l’œuvre, nous indiquons qu’en 2050, à Lyon, on pourrait avoir le climat de Madrid, et en 2100 celui d’Alger. Il y a sans doute des choses à apprendre de ce qui se passe ailleurs : comment les usages évoluent, quelles sont les pratiques mises en œuvre, les enseignements à tirer, à contrario, ce qu’il faut absolument éviter...

 

Plus près de nous, vous êtes allés échanger avec les Grand-Lyonnais chez eux, à leur domicile. Ce n’est pas anodin d’ouvrir sa porte à des inconnus. Cette expérience de rencontre avec l’intime, est-ce que c’est quelque chose qui vous a interrogés, qui vous a obligés à vous adapter, à changer par rapport à l’approche que vous aviez au départ, en vous confrontant éventuellement à des refus ?

Les témoignages sur le terrain ont plutôt illustré les chiffres. Ils ont mis autour d’eux des visages, des récits

Ça n’a pas été simple du tout, c’était quelque chose de complètement nouveau dans la manière de faire, qui a été possible parce que l’on a chez nous une doctorante, Malou Allagnat, qui est allée à la rencontre des habitants de manière assez originale pour la collectivité., Elle est allée elle-même s’installer sur son terrain d’études à Saint-Priest, l’une des communes de la Métropole, et s’est installée dans une famille dont elle a documenté le quotidien et le vécu de la chaleur. Nous avions choisi Saint-Priest parce qu’on y avait des situations très différentes, de l’individuel, du collectif, du logement social. On a à la fois une ville très urbaine, et le début du périurbain, avec des gens qui habitent dans des pavillons avec jardin. Nous avions une diversité du tissu qui était intéressante.

Ensuite, les rencontres se sont faites « par le réseau » et en allant à la rencontre des gens dans l’espace public. C’était important, parce qu’il y avait la question du rôle de cet espace public dans la gestion de ces temps de fortes chaleurs. Malou a ainsi pu rencontrer des personnes âgées qui avaient adapté leur schéma temporel dans la journée, et changé leur rythme de vie. Des gens un peu isolés, qui avaient pour habitude de se rencontrer à l’extérieur, qui avaient leur banc, leur lieu, leur moment, et qui ont décalé leurs horaires pour que ce temps ait lieu quand les températures devenaient acceptables. Le reste de la journée, elles renonçaient à une partie du lien social parce que la chaleur était tellement forte qu’il fallait se barricader chez soi pour être un peu au frais.

Ces personnes-là ont été abordées en premier lieu parce qu’elles étaient disponibles, ça s’est enchaîné ensuite par le bouche-à-oreille. Le baromètre concernait un grand nombre de personnes. Là, par le travail de Malou, l’enquête était menée de manière beaucoup plus qualitative, auprès d’un nombre plus restreint de gens. Ce qu’elle a observé n’a pas valeur de statistique, évidemment, mais ce n’était pas en contradiction, c’était même complètement en lien. Les témoignages sur le terrain ont plutôt illustré les chiffres. Ils ont mis autour d’eux des visages, des récits. C’est sans doute une manière rare de travailler, je ne sais pas si on pourra la répliquer sur d’autres sujets, mais ce serait évidemment très intéressant d’avoir ces trois échelles de regard : l’observation du territoire, le baromètre qui nous donne une vision de l’acculturation des citoyens, de leur sensibilité par rapport à la problématique que l’on questionne, et puis des illustrations très concrètes de quelques vécus qui viennent incarner les chiffres collectés par ailleurs.

Dans un temps où l’on parle de renouveler les récits, de raconter des modes de vie qui devront être les nôtres face à l’urgence climatique, face aux canicules qui se répètent, c’est peut-être intéressant de partir de récits existants pour se dire : « Bon et bien ça, c’est le récit du territoire aujourd’hui, et demain, le récit que l’on pourra vous proposer pourra être de nature différente. En tout cas, il faudra qu’il soit de nature différente, parce que l’on voit que celui d’aujourd’hui n’est pas complètement satisfaisant. » Cela nous donne un point de départ, peut-être.

 

En répondant aux questions, est-ce que les gens avaient conscience qu’ils étaient en train de s’adapter non pas à un simple mois de juillet chaud, mais au réchauffement climatique ?

D’après les échanges que j’ai eus avec Malou à ce sujet, il y a eu des réponses assez différentes. En tout cas, il y a eu des publics qu’il a été plus simple de capter : des parents avec des jeunes enfants et les personnes âgées, pour des raisons diverses. Il est plus difficile d’aller vers d’autres publics, en tout cas de les interroger sur la question, mais ce n’est pas forcément lié à la thématique, mais plus globalement à la capacité à interpeller les citoyens sur les politiques publiques. Malou a également, mené une démarche auprès d’adolescents, avec d’autres supports, plus divertissants, pour leur demander : « Qu’est-ce qu’on fait ? En période de forte chaleur, comment peut-on s’organiser collectivement pour mieux faire les choses ? ». Et en fait, ils avaient beaucoup de réponses de bon sens, qui peuvent paraître un peu naïves, mais qui restent pertinentes : quand il fait plus chaud, il faut aller plus souvent nager à la piscine, aller dans des parcs et des jardins, se mettre au frais, ne pas rester chez soi où il fait chaud. On était sur des approches très pragmatiques, dynamiques, sans aller systématiquement sur des réponses techniques.

Aujourd’hui, quel bilan peut-on faire des apprentissages de votre service, et dans quelles directions comptez-vous aller pour agir ?

On ne sait pas exactement quel sera le climat de demain, mais on sait qu’on aura des marges de manœuvre pour réduire la surchauffe urbaine

Malou est dans une phase d’analyse des données récoltées lors de son travail de terrain, il y a beaucoup de matière. Aujourd’hui, nous investissons deux sujets. Le premier est celui que nous avons commencé à travailler avec les collègues en charge du dispositif de prévention canicule.

Le deuxième concerne le rafraîchissement de la ville, à toutes les échelles. La première échelle, qui est dans les mains de la Métropole, c’est bien sûr celle de l’aménagement urbain. Comment avoir une ville qui chauffe moins en été, où il y a plus d’eau, puisque c’est l’eau qui produit la fraîcheur ? Plus d’eau, en général, cela se manifeste par plus de végétal, puisque les arbres ramènent l’eau du sol dans l’atmosphère par le phénomène d’évapotranspiration. La végétalisation de la ville ne permet pas de lutter contre les îlots de chaleur simplement à travers l’ombre, les arbres sont en quelque sorte des climatiseurs naturels, chaque feuille est un brumisateur ! En fait, c’est toujours l’eau qui rafraîchit la ville. Il peut y avoir d’autres manières de mettre l’eau dans la ville, par des bassins, des fontaines... On ne sait pas exactement quel sera le climat de demain, mais on sait qu’on aura des marges de manœuvre pour réduire la surchauffe urbaine, c’est-à-dire l’écart de 3 à 4 °C entre le centre-ville et les communes avoisinantes.

Ensuite, on travaille à l’échelle du bâti. Comment concevoir des bâtiments pour les fortes chaleurs, et pas seulement pour réduire les consommations de chauffage en hiver, ce qui a été l’objectif des réglementations thermiques depuis 20 ans en France? Désormais, il faut aussi que l’on prévienne les consommations de climatisation, qu’on se protège du soleil, que l’on sache évacuer la chaleur en été. Pour conserver la chaleur à l’intérieur l’hiver on fait des « thermos » bien isolées… ce qui peut être problématique l’été, si le logement n’est pas suffisamment ventilé. On a besoin d’avoir des logements traversants, très ventilés, avec un système de ventilation mécanique qui fonctionne bien, et qui ne soit pas un frein au confort des usagers. Privilégier, évidemment, les solutions passives, puisque ce sont celles qui fonctionnent de la manière la plus pérenne.

Par exemple, le problème des volets roulants, qui se sont généralisés dans le logement ou dans les bâtiments tertiaires, c’est qu’une fois le volet fermé, il n’y a plus de lumière dans la pièce, alors que les jalousies lyonnaises traditionnelles permettent de gérer simultanément l’aération et la lumière, sans être dans le noir quand on veut se protéger du soleil. On pourrait aussi utiliser le végétal pour préserver les bâtiments du rayonnement solaire l’été, avec des arbres caducs qui laissent entrer la lumière en hiver.

 

Finalement, il s’agit de retrouver l’intelligence de techniques peu sophistiquées, voire mêmes plutôt rustiques ?

Comment acculturer les Grand-Lyonnais à un climat qui change ?

Oui, on est complètement sur du low-tech. Il s’agit de réinventer tout cela, de diversifier un peu la manière de faire. Arrêter les façades sud lisses, quand on sait que les brise-soleils sont hyper efficaces. Systématiser un aménagement des toits utile pour la lutte contre le dérèglement climatique, avec des toitures productives. Si on met des panneaux solaires en toiture, le rayonnement solaire est capté par eux, plus par le bâtiment. À défaut, peindre les toits en blanc, une approche simple et relativement peu coûteuse, permet qu’une partie importante de l’énergie solaire incidente soit réfléchie, tout en restant vigilant au risque d’éblouissement pour le voisinage. Après, on peut se poser la question de l’opportunité du végétal en toiture, sachant qu’encore une fois, ce n’est pas tant le végétal qui rafraîchit la ville, mais l’eau. Pour conserver l’eau en toiture, il faut des bâtiments qui ont une structure suffisamment solide, et cela a un coût économique et environnemental. Tout ça n’est pas simple…

Ces réflexions peuvent atterrir dans plusieurs outils dans les mains de la Métropole : le Plan Local d'Urbanisme et de l’Habitat (PLU-H), le dispositif Écoréno’v, qui soutient les projets d'éco-rénovation en copropriété ou en maison individuelle, ou encore le référentiel Habitat durable, qui définit les exigences de performances environnementales que les projets de constructions neuves doivent satisfaire dans les opérations d’urbanisme d’initiative publique.

Et puis, après, il y a le travail sur les usages, les pratiques, dont on parlait tout à l’heure. Il y a déjà beaucoup de ressources existantes sur le sujet, l’Ademe notamment, fait beaucoup de choses. Comment mieux les faire connaître ? Comment acculturer les Grand-Lyonnais à un climat qui change ? Les collègues du service Écologie travaillent déjà sur des outils, comme une cartographie des lieux frais, refuges en période de fortes chaleurs.