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Le pôle innovation au Grand Lyon

Interview de Marjorie BORDEAUX

Photographie d'individus travaillant dans un laboratoire à Lyon
© Thierry Fournier // Métropole de Lyon

<< Les pôles de compétitivité créent la ligne stratégique majeure de la politique d’innovation économique du Grand Lyon >>.

Entretien avec Marjorie Bordeaux, chargée de mission au pôle innovation du Grand Lyon.

Le pôle innovation au Grand Lyon est un service qui met en oeuvre la politique de soutien aux pôles de compétitivité principalement Lyon Biopole et Axelera.

Réalisée par :

Date : 21/06/2006

Pouvez-vous contextualiser et expliquer le travail effectué au sein du pôle innovation ?

Le pôle innovation est un service de la nouvelle « Direction des  Services aux Entreprises » de la Communauté Urbaine de Lyon. C’est le service qui met en oeuvre la politique de soutien aux pôles de compétitivité du Grand Lyon, principalement sur les deux pôles internationaux initiés par la collectivité, LyonBiopole et Axelera.

LyonBiopôle est ciblé sur l’infectiologie c'est-à-dire les marchés liés aux maladies infectieuses animales et humaines, production de nouveaux vaccins et approches diagnostiques etc. Axelera Chimie-Environnement est ciblé sur une chimie qui intègre mieux sa relation à l’environnement avec 12 programmes technologiques dans les domaines de la catalyse, des procédés et des matériaux.

Depuis la labellisation des pôles de compétitivité en juillet 2005, l’organigramme de la Direction des Affaires Economiques et Internationales a été refondé pour mieux répondre aux besoins des entreprises, qui sont nos bénéficiaires. Six chargés de mission spécialisés par « filière » sont en charge du déploiement des pôles de compétitivité. De plus, dix développeurs économiques basés sur les différents territoires de l’agglomération lyonnaise sont en contact permanent avec les entreprises dans une logique de proximité pour leur proposer une offre de service concernant leur environnement (aménagement, déplacement, sites d’accueil …) mais aussi leurs projets de développement interne (information sur les projets des pôles de compétitivité, par exemple).

Les pôles de compétitivité créent la ligne stratégique majeure de la politique d’innovation économique du Grand Lyon. La labellisation des pôles des compétitivité a été un « exercice de vérité » qui a permis de révéler où étaient les pôles industriels majeurs sur le territoire français. Cette labellisation a donc permis de mettre en avant des lignes de force, clarifier des positionnements et faire émerger des projets de R&D partenariaux – 600 millions d’euros de projets ont été déposés pour les 6 ans à venir par les pôles lyonnais.

 

La vocation du pôle innovation de la Direction des Services aux Entreprises du Grand Lyon est aujourd’hui d’accompagner les pôles de compétitivité dans leur phase de déploiement tant en terme d’ingénierie de projets qu’en terme de communication, de mobilisation des PME, PMI, de promotion internationale... Comment intervenez-vous concrètement sur ces pôles ?

Le Grand Lyon concentre ses efforts sur les deux pôles internationaux. Ces deux pôles sont des leviers majeurs dans l’objectif de l’agglomération d’atteindre le top 15 des villes européennes les plus attractives, en conséquence de quoi, favoriser ces deux pôles est un enjeu majeur de la politique de développement économique du Grand Lyon qui a une ambition internationale.

L’accompagnement des pôles par le Grand Lyon se fait selon deux logiques : mise en place d’une offre de service dédiée et financement de l’animation et des projets des pôles. Le Grand Lyon est un partenaire de proximité des pôles. Ceci en partie parce qu’il a été à l’origine des pôles de compétitivité LyonBiopole et Axelera aux côtés des acteurs industriels et académiques. Ce travail quotidien auprès des grands groupes, des laboratoires publics et privés, des PME, etc. a positionné le Grand Lyon dans un rôle de facilitateur, de tiers de confiance et voire même parfois de médiateur.

Les pôles de compétitivité sont pilotés par les industriels, il n’est pas question de les institutionnaliser. En revanche, en matière de coordination, d’ingénierie de projet et d’animation, les pôles ont un certain nombre de besoins sur lesquels le Grand Lyon intervient.

 

Quels sont exactement ces besoins ?

Par exemple, lorsque les pôles ont été labellisés, ils ont eu des besoins en terme d’ingénierie de montage de dossiers de Recherche et Développement (R&D). La Direction des Services aux Entreprise a mobilisé des consultants spécialisés pour accompagner le montage des premiers projets. Ainsi,  suite à un appel à projets de la commission européenne sur la grippe aviaire, le Grand Lyon a mobilisé des experts pour accompagner LyonBiopole dans le dépôt de deux dossiers. Ces derniers ont été sélectionnés par la Commission Européenne.

Nous intervenons également sur les projets transversaux des pôles. Par exemple sur le site technopolitain de Gerland, la chargée de mission sur les bio réalise actuellement un diagnostic des besoins et de l’offre de formation en infectiologie. LyonBiopole reste centré sur le montage et le financement de ses projets de R&D partenariaux, mais acquiert ainsi une dimension plus large : recherche, industrie, enseignement supérieur, formation. La collectivité accompagne la mise en place de cet « écosystème de la croissance ». Lyon Biopole porte un projet de centre d’infectiologie sur le site de Gerland qui aura plusieurs vocations : héberger des projets collaboratifs entre des laboratoires privés et publics et exercer une fonction de veille épidémiologique. Le Grand Lyon accompagne l’ingénierie du montage de ce projet. D’ors-et-déjà, dans le cadre de la négociation au titre du CPER 2007-2013, le Président Collomb a informé le Préfet que le Grand Lyon financera en priorité le projet de Centre d’Infectiologie de LyonBiopole.

Autre exemple encore : les développeurs économiques du Grand Lyon informent au quotidien les PME - PMI de l’agglomération sur les projets de R&D et sur les actions des pôles. Cette action d’information se fait auprès de 150 entreprises cette année pour Axelera, par exemple. Le Grand Lyon intervient également en appui sur la communication des pôles et sur leur promotion sur les salons internationaux.

En résumé, la Direction des Services aux Entreprises (DES) a mis en place une offre complète de services, en fonction des besoins et des priorités des pôles. La DSE soutien également financièrement l’animation des pôles à hauteur de 300 000 euros en 2006.

 

La participation et l’aide de la collectivité ne se caractérisent donc pas par des financements directs des projets de R&D ?

Si, le Grand Lyon a là un nouveau rôle à jouer. La condition préalable de financement des projets de R&D par l’Etat est la participation des collectivités locales. La capacité des collectivités à mobiliser des financements sur les projets de R&D devient un levier déterminant pour les pôles ! Par exemple, en Ile de France, les collectivités se sont fortement mobilisées et ont participé à hauteur de 50  millions d’euros sur les projets de R&D.

Nous avons mené un travail afin de déterminer les critères pour flécher le soutien du Grand Lyon aux projets de R&D déposés par les pôles. A ce propos, le Président Gérard Collomb a annoncé le 26 juin dernier un financement à hauteur de 12 millions d’euros sur 3 ans. Une délibération en ce sens sera proposée eu conseil de communauté du mois de septembre. C’est une évolution significative du rôle de la collectivité qui pourra intervenir sur le financement des projets de recherche partenariaux entre laboratoires publics, PME et grands groupes.

 

Comment faites-vous le choix parmi l’ensemble des projets de R&D proposés ?

Nous nous appuyons sur l’expertise des services du Ministère. La Direction Générale aux Entreprises du Ministère de l’Industrie instruit les dossiers déposés par les pôles de compétitivité et remet un avis argumenté sur le projet en terme de qualité scientifique et de retombées économiques et emplois escomptées. La Direction des services aux Entreprise va proposer aux élus des critères spécifiques au Grand Lyon : en priorité les projets des laboratoires publics et des PME, l’effet structurant pour la filière, les compétences de la communauté urbaine (eau, transport …), le lieu de R&D et les investissements basés sur l’agglomération, etc.

 

Vous centrez donc vos efforts sur les deux pôles de compétitivité à dimension mondiale Lyon Biopôle et Axelera, comment sont aidés les autres pôles Lyon Urban Truck&Bus 2015, Loisirs Numériques et Techtera ?

Certes, le Grand Lyon a fait le pari de centrer ses efforts sur ces deux filières mais nous accompagnons également les projets les plus structurants des autres pôles. La stratégie de la collectivité est de miser sur les pôles à dimension internationale pour ne pas diluer l’effort et les moyens. Lors de la labellisation des pôles, le cahier des charge de l’Etat était très exigeant : il fallait démontrer l’importance de la base industrielle en terme de masse critique à l’international notamment. Une première analyse a montré que les domaines de l’Infectiologie et de la Chimie-Environnement pouvaient répondre à ces critères. Le Grand Lyon a accompagné ces 2 pôles, sur lesquels il avait une antériorité en terme d’action économique.

Un des effets positifs de la labellisation des pôles est l’accélération de la restructuration de la recherche académique avec la création du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) « Université de Lyon » prévu pour juin 2006 et les réponses en cours aux appels à projets de l’Etat sur les réseaux thématiques de recherche avancée (2 nouveaux outils de la loi sur la recherche d’avril 2006) sur des thématiques de recherche publique en cohérence avec les stratégies des pôles de compétitivité Lyon Biopôle et Axelera. C’est un levier très important pour le développement des pôles et, plus globalement, l’attractivité internationale de l’agglomération lyonnaise.

 

Est-il possible d’évaluer ce système ?

L’évaluation est une attente forte des élus. La dynamique des pôles est lancée. Depuis un an, il y a eu 130 projets de R&D déposés sur les 5 pôles ce qui représente plus de 300 millions d’euros de projets programmés sur les 3 ans. Les pôles ont réussi à lever 30 millions d’euros de financement de l’Etat sous réserve de l’engagement des collectivités. L’implication des entreprises est importante (grands groupes et PME) : plus de 250 acteurs sont adhérents aux pôles et, à ce titre, participent aux projets de R&D.

Des projets d’investissement d’entreprises sur l’agglomération ont été confirmés : par exemple, des cellules d’essai moteur ont été implantées pour la réalisation d’un important programme de recherche de Renault Trucks, ou encore une Unité Mixte de Recherche (UMR) entre Rhodia et le CNRS a été créée pour développer des projets de recherche et développement sur les matériaux, une des thématiques du pôle Axelera Chimie-Environnement. 
Les coopérations entre recherche privée et recherche publique ont été renforcées dans le cadre des pôles de compétitivité. Le volet formation des pôles reste à développer, en collaboration avec les universités et les entreprises.

 

En terme d’innovation, pouvez-vous également affirmer que les retours sont positifs ?

Un projet de R&D est évaluable au bout de 3 à 5 ans minimum. Les pôles doivent permettre d’impulser une dynamique et un environnement favorable à l’innovation, selon la théorie des clusters développée par M. Porter.

 

C’est un pari sur l‘avenir. Les pôles sont-ils labellisés une fois pour toute ?
L’Etat a prévu une évaluation externe des pôles à 3 ans. Le Grand Lyon a accompagné les LyonBiopole et Axelera dans la mise en place d’outils d’auto-évaluation des résultats et de l’impact des pôles pour le territoire régional. Mais cette évaluation n’est pas simple parce que le système statistique français est basé sur une approche sectorielle (le secteur de la santé, par exemple), alors que les pôles sont organisés sur des marchés (le marché du vaccin, par exemple).

 

La Direction des Services aux Entreprises a mené un travail avec l’OPALE, l’observatoire de l’économie lyonnaise, pour reconfigurer des outils statistiques adaptés aux pôles de compétitivité. Travaillez-vous avec des chercheurs, des économistes qui modélisent l’innovation afin qu’ils vous donnent des pistes ou des indications sur où agir dans le processus de l’innovation et comment ?

Nous étudions actuellement la possibilité d’accueillir un doctorant en contrat CIFRE au pôle innovation. Mais d’ors-et-déjà, nous nous appuyons sur l’expertise de consultants et sur des concepts éprouvés. Nous participons à des colloques, à des séminaires d’échange notamment dans le cadre de programmes européens afin de mieux comprendre comment les processus d’innovation sont pensés et mis en œuvre dans les autres métropoles européennes. Le modèle économique des clusters est utilisé dans presque toutes les grandes métropoles européennes et mondiales.

 

Lyon accueille en octobre 2006 le congrès mondial des clusters, dont le Grand Lyon est partenaire.Avez-vous d’autres approches que l’innovation technologique au sein du pôle innovation ?

Le pôle innovation met en place des politiques et décline une offre de service aux entreprises sur différentes cibles. Par exemple, la cible des jeunes entreprises innovantes dans le cadre de la politique Lyon Ville de l’Entrepreneuriat. Mais aussi l’innovation par la diffusion des technologies du numérique dans des PME/PMI plus traditionnelles avec la politique « Lyon Numérique ».

Le programme expérimental Industries Créatives dans le cadre de la politique Lyon Vision Mode vise les entreprises des secteurs créatifs (équipements de la personne, de la maison, bien culturels) à travers l’innovation par les usages, le marketing, les tendances. L’approche purement technologique de l’innovation est incomplète. L’innovation concerne également le management, l’organisation, les services ou le marketing.