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Urbanbees, initiateur d’autres projets

Interview de Tatiana Bouvin

responsable du pôle Développement durable du service des Espaces verts de la Ville de Lyon.

Lyon a été, avec Villeurbanne, ville partenaire du programme Urbanbees dès sa conception  témoigne de l’impact d’un tel programme sur les pratiques professionnelles de ses équipes.

Date : 29/04/2015

Comment le service des Espaces verts de la Ville de Lyon a reçu un programme tel qu’Urbanbees ?

Il s’inscrit dans une démarche lancée par ce service au début des années 2000, concrétisée par des modes de gestion favorables à la biodiversité. L’objectif « zéro phytosanitaire » était engagé. Nous sommes la seule direction d’Espaces verts depuis 2005 en France, à avoir obtenu la certification ISO 14001, garante de nos modes de bonne conduite environnementale.

Comment a-t-il pris forme dans vos pratiques ?

Pour les prairies fleuries, les graines que nous achetions ne favorisaient pas l’accueil des insectes pollinisateurs. Nous avons questionné les palettes végétales et avons opté pour une flore indigène qui présente un intérêt esthétique et favorise la petite faune.
Une soixantaine de personnes ont été formées pendant deux jours par Arthropologia. Nos jardiniers ont été mobilisés pour construire des spirales en pierres sèches plantées d’aromatiques, des hôtels à abeilles, sur cinq sites de la ville. En 2011, ils ont participé à la collecte des abeilles en suivant un protocole scientifique en vue de les identifier. Nos équipes sont devenues autonomes dans la mise en place de milieux favorables aux insectes pollinisateurs. En développant ces savoir-faire, ils ont acquis une compétence environnementale qui concerne d’autres insectes.

Quelles sont les conséquences sur l’aménagement ?

Nous avons modifié l’aménagement de nos parcs et jardins pour favoriser la présence des abeilles sauvages. Au parc Blandan ou au Clos Layat, nouvellement créés, les apports d’Urbanbees ont été intégrés dès la conception.
Face à la demande de mise à disposition de ruchers dans les espaces publics, nous apportons des réponses plus nuancées. Les abeilles mellifères entrent en compétition avec les abeilles sauvages. Si nous posons une ruche, nous appauvrissons la nourriture disponible pour les insectes pollinisateurs déjà présents, ce qui déstabilise la capacité d’accueil du milieu. Nous avons choisi de privilégier l’implantation de prairies fleuries car elles sont favorables aux abeilles sauvages et accessibles au public, a contrario des ruches qui obligent à privatiser un espace protecteur de l’installation. Ce programme a pour mérite de mieux nous faire connaitre les insectes dont nous savons très peu les bénéfices. Or, par exemple, sans insecte au sol, il n’y a pas de décomposition des feuilles.

Avez-vous noté des changements de comportement autour de vous ?

J’observe que la conscience écologique s’affirme. Au Parc Chambovet, les participants étaient conscients de l’importance de l’action pour la vie des jardins familiaux à proximité. Les pratiques ont évolué, notamment l’emploi de pesticides.

Quel prolongement de ce programme entrevoyez-vous ?

Urbanbees a été initiateur d’autres projets. Je pense notamment à la Trame verte et bleue (ndlr, mesure phare du Grenelle Environnement qui a pour ambition d’enrayer le déclin de la biodiversité au travers de la préservation et de la restauration des continuités écologiques). Nous avons été lauréats de l’appel à projet du ministère de l’Écologie pour développer une véritable continuité écologique sur le quartier Champvert. Nous avons mobilisé, autant pour les batraciens que les abeilles sauvages, les savoir-faire acquis au fil d’Urbanbees.
Nous avons fait le choix d’impliquer uniquement nos équipes en vue de conserver les compétences en interne. Certains de nos techniciens ont participé au contenu du « Guide de gestion écologique des espaces verts » d’Urbanbees, distribué aux chefs d’équipe des services des Espaces verts et aux maires d’arrondissements concernés. Ce document forme une synthèse transmissible du programme, un document de référence sur le sujet. Aujourd’hui, nous témoignons de notre expérience auprès de réseaux, d’associations professionnelles comme Hortis, de la plateforme collaborative Echo-Paysages.