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Obsèques, cérémonies et équipements

Interview de Laurent BLANCHARD

<< Nous nous sommes rendu compte d'un engouement réel pour la crémation qui est de plus en plus demandée et que cette demande s'accompagnait du souhait des familles d'avoir un lieu matérialisé où se recueillir. Cela fait partie du deuil, comme la cérémonie >>.

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Date : 17/06/2013

 
Pouvez-vous présenter les Pompes funèbres générales (PFG) ?

Les PFG sont une entreprise privée. Le public nous prend souvent pour une entreprise nationale, nous assimilant à tord à des pompes funèbres municipales ou à des pompes d'État. C’est une perception qui tient à l'histoire ; jusqu’en 1993, les pompes funèbres relevaient d’un monopole d’État et nous étions alors partenaires des collectivités, sur pratiquement tout le territoire français, par le biais de conventions de délégation de service public. Aujourd’hui, il n’y a plus de monopole. Les pompes funèbres sont donc une activité libre mais réglementée et nous disposons d’environ mille magasins implantés en France, ce qui fait de nous, avec plus de 5000 collaborateurs, le plus gros opérateur français. A Lyon, nous avons un peu plus d'une vingtaine d'agences. Est-ce que vous pouvez expliquer comment s’organise votre métier, depuis la prise de contact des familles jusqu’à l’enterrement ?

Notre métier est un métier d'organisateur. Nous accueillons les familles endeuillées dans nos locaux — car la déontologie nous interdit d'organiser des funérailles dans un lieu autre qu'un magasin ou le domicile de la famille, en tout cas pas dans les établissements de santé. Nous discutons avec les proches pour prendre connaissance de leurs souhaits et notamment les deux choix à partir desquels se met en place l'organisation : obsèques religieuses ou obsèques civiles, et inhumation ou crémation. Nous essayons d’en savoir le plus possible sur la personnalité du défunt pour que la cérémonie puisse correspondre à ce qu'il aurait souhaité ou à ce que sa famille désire. Nos questions englobent donc la famille puisque c'est souvent tout l'environnement de la famille qui assiste aux obsèques. Il arrive que les gens nous disent qu’il y aura peu de monde et qu’en posant quelques questions on se rende compte qu’il y en aura plus qu’ils ne le pensent. On les conseille alors sur un lieu de cérémonie plus adapté qu’un petit salon funéraire où ne peuvent entrer qu’une dizaine de personnes. La particularité, c'est que plus l’agglomération est importante, moins le nombre de participants aux funérailles est élevé, alors que dans le milieu rural, il y a souvent beaucoup de gens qui se déplacent. Quand j'étais dans l'Ain, si on disait qu'il y avait du monde aux obsèques, c’est qu’il y avait 500 à 600 personnes. A Lyon, quand on dit qu'il y a eu beaucoup de monde, c’est qu’il y a eu une centaine de personnes. Nous assurons un travail logistique, administratif, notamment les déclarations à faire en mairie, auprès des cimetières, éventuellement nous pouvons contacter le prêtre, etc. Notre métier est de regrouper tous les intervenants et de faire en sorte que le déroulement des obsèques se passe du mieux possible. Ensuite il y a bien sûr des questions financières ; nous sommes une entreprise à but lucratif, nous proposons donc des services que les gens peuvent ou non accepter.

Comment les familles prennent-elles contact ?

La réglementation est stricte : les opérateurs de pompes funèbres sont inscrits sur une liste de la Préfecture et personne n'a le droit de faire de conseil autre que donner cette liste. Lorsque le décès a lieu dans un établissement de santé, un hôpital ou une maison de retraite, comme cela arrive dans 90% des cas, les familles s’adressent généralement au personnel de l'établissement, que ce soit le personnel soignant, le personnel administratif ou le bureau des entrées qui régularise le décès. A ce moment là, le personnel ne peut que répondre aux proches qu’ils doivent faire le choix d'un opérateur funéraire et leur donner la liste pour consultation. Nous intervenons d’ailleurs souvent dans les établissements de santé pour des formations qui précisent ce point. Nous nous sommes en effet rendu compte que les personnels soignants n'étaient pas toujours bien informés des lois funéraires, qui sont assez contraignantes. Ainsi il arrive souvent que les familles nous disent que nous leur avons été recommandés ou que nos concurrents leur ont été recommandés, ce qui est passible de 75.000 euros d'amende et deux ans de prison avec sursis ! Évidemment, les peines maximales ne sont pas appliquées, mais nous rappelons la législation pour leur expliquer qu’ils ont devoir d’information, comme nous.

Vous avez donc un rôle d'accompagnement et de conseil ?

Oui, nous avons un rôle de conseil, mais tout en restant dans la neutralité. Ce n’est évidemment pas nous qui décidons si la cérémonie doit être religieuse ou non, à l'église ou dans une salle omni-cultes, etc. Nous informons la famille des possibilités, nous la mettons en relation avec les responsables des cultes et ce sont eux qui organisent cet aspect des funérailles. En revanche, lorsqu’il n’y a pas de cérémonie religieuse prévue mais que les gens veulent des obsèques civiles, là, effectivement, nous entrons dans la personnalisation des obsèques et nous organisons la cérémonie.

Cela signifie que vous êtes capables d'organiser des obsèques laïques et de les prendre en charge ?

Oui. Il ressort des études faites que la cérémonie entre véritablement dans le processus du deuil et, de ce fait, nous la privilégions. Mais la difficulté, c'est que les gens — qui organisent en moyenne moins de deux obsèques dans leur vie, 1,6 exactement — ne maîtrisent pas le processus, qu’ils écoutent toutes les informations qu'on leur donne et sont un peu perdus. Nous les poussons effectivement à organiser une cérémonie, mais parce que c’est important pour le processus de deuil.

En quoi consiste cette cérémonie ?

Nous personnalisons la cérémonie autour du défunt, avec des choix de textes et de musique adaptés, et nous ordonnançons les témoignages de la famille, des amis, des personnalités, des élus même, selon le défunt. Pour finir, un geste d'adieu est proposé avant l'inhumation ou la crémation. Ce peut être un moment de recueillement qui se fait près du cercueil ; un jet de fleurs, un geste à la convenance des gens, saluer le défunt, poser la main sur le cercueil, etc. Quelquefois les familles nous demandent qu'il y ait un geste personnel.

Cela signifie que vous pouvez soit organiser vous-même une cérémonie laïque, soit renvoyer les familles vers une association, comme L'Autre Rive ?

Oui, en fonction de différentes paramètres, notamment notre disponibilité et, bien sûr, la demande des familles. L'Autre Rive a plus d'une vingtaine d'années d’expérience ; ils sont reconnus et des familles nous demandent de passer par eux. Nous les avons beaucoup sollicités en tant qu'opérateur funéraire. Aujourd'hui, nous le faisons encore souvent, mais nous avons aussi des collaborateurs formés et capables de conduire ces cérémonies. Nous essayons donc de faire dans la mesure de nos moyens, avec ces deux collaborateurs, pour personnaliser ces obsèques laïques, et dès qu'il y a plus de demandes, nous passons le relais à L’Autre rive.
Cela signifie-t-il que vous avez des « maîtres de cérémonie » ?

Oui. Notre métier est réglementé et nous ne pouvons pas organiser des funérailles sans être formés et habilités par la Préfecture. Nous avons donc des maîtres de cérémonie formés.
La législation impose un nombre d’heures légales de formation passé depuis peu de 93 à 180 heures. Le législateur avait véritablement besoin d'étoffer cette formation pour que les intervenants puissent avoir une formation de qualité. Mais, nous, chez OGF, allons au-delà de ce qui est obligatoire, et recevons 385 heures de formation, répartis sur douze mois. Nous abordons l’environnement et le contexte professionnel de notre métier : déontologie et qualité, psychologie et sociologie du deuil, pratiques et symboliques des différents rites funéraires — connaissance des rites funéraires va aider le maître de cérémonie à connaître les us et coutumes des différentes religions. Il y a bien sûr la législation et la réglementation, qui sont le gros pavé de notre formation. Nous abordons aussi les soins de conservation, la cérémonie, le rôle et les missions, les prises de parole du maître de cérémonie et toute la partie « organisation de funérailles ». Enfin vient ce qui concerne les méthodes de vente de notre entreprise. Notre entreprise étant un opérateur important, nous avons notre propre centre de formation. D’ailleurs, nous faisons également de la formation dans les établissements de santé. Outres les aspects légaux que j’ai déjà mentionnés, j’interviens pour dispenser de l’information sur les rites funéraires de sorte qu'ils aient, comme nous, une connaissance dans leur champ d'action. Quelles sont les bonnes pratiques à avoir, les bons gestes, en fonction de l’appartenance religieuse du défunt ? Etc.

Quelles sont les attentes des gens qui viennent vous voir ? Est-ce qu'il y a des choses qui ressortent dans les demandes ?

Il n'y a pas forcément d'attentes car, comme je l’expliquais, les gens n'organisent en général des obsèques que deux fois dans leur vie. Ils n'ont pratiquement pas d’informations mais un vrai besoin de conseil. Les volontés essentielles autour desquelles bâtir des obsèques, les seuls vrais choix, se résument à obsèques religieuses ou civiles, inhumation ou crémation. Ensuite, par notre travail, notre professionnalisme, nous allons organiser les funérailles en leur posant des questions.
D'une confession religieuse à l'autre, est-ce qu'il y a des choses qui reviennent, voire des invariants dans les demandes ou les rituels ?

Nous sommes peu confrontés à ces aspects-là, puisque dans le cas où le défunt ou les familles appartiendraient à une communauté religieuse, nous ne faisons que le lien entre eux et les  représentants de leur religion, le prêtre, l'imam, etc. Nous connaissons les grandes lignes des religions et faisons en sorte de les respecter, pour ne pas heurter les gens qui viennent nous voir. Mais il n'y a pas forcément de grands changements dans les demandes.
Pour les Catholiques, les funérailles ont pour objet d'accompagner le croyant par des prières. La bénédiction rappelle le baptême, signe de la résurrection et, depuis 1963, la crémation est acceptée. Aujourd'hui, en raison du manque de prêtres, des associations se chargent d'organiser des funérailles laïques mais aussi religieuses. De plus en plus de laïcs organisent des funérailles dans les paroisses et c'est une grande différence par rapport à une vingtaine d'années où il y avait un prêtre dans chaque paroisse. Désormais, dans les milieux ruraux en tout cas, chaque prêtre a quatre ou cinq paroisses.
Pour les Israélites, il y a des particularités. Les obsèques doivent être réalisées le plus vite possible, entre 24 et 48 heures. Mais dans les faits, la réglementation funéraire stipule qu’un cercueil ne doit pas être fermé avant 24 heures.
Les Musulmans et les Israélites ont une particularité qui est la toilette rituelle. Pour les Musulmans, on l’organise en séparant hommes et femmes, en sachant que le conjoint peut toujours participer à la toilette rituelle. Et de plus en plus, il y a une cérémonie sur le lieu d'inhumation pour les Israélites et, les Musulmans vont de plus en plus à la mosquée. Normalement, pour ces deux rites, la cérémonie se fait au moment de l'inhumation. Autant les Israélites restent dans cette démarche-là, autant cela change un peu chez les Musulmans pour qui le lieu de culte devient un lieu de cérémonie.
Chez les Catholiques, il y a de moins en moins de veillées. Comme il y a moins de prêtres, le dernier sacrement n'est pratiquement plus donné. Lorsque les prêtres conduisent la cérémonie il est cependant rare qu’ils aillent au cimetière, pour des raisons de temps. Il y a des évolutions parce qu'ils sont de moins en moins nombreux et sont donc obligés de s'adapter. Mais pour ce qui est du rite en lui-même, il n'y a pas de changements.

Une des évolutions, c’est peut-être qu’il y a de plus en plus de pompes funèbres communautaires, notamment juives et musulmanes ?

C’est vrai. Mais ils ont exactement le même rôle que nous, c'est-à-dire accueillir la famille, la mettre en relation avec l'imam ou le rabbin. C'est l’image de pompes funèbres « communautaires » qui est mise en avant, mais ils ont les mêmes devoirs par rapport à la réglementation. Concrètement, on s’aperçoit que les communautés s’adressent beaucoup à eux. De plus en plus de gens sont inhumés en France. Certes, il y a encore des rapatriements via des organismes de rapatriement comme Mondial assistance ou autres que nous pouvons également prendre en charge. Mais en pratique, ce sont plutôt les opérateurs confessionnels qui sont contactés pour cela. J'ai quitté Lyon 15 ans pour ne revenir que récemment. A l'époque, il y avait très peu d'opérateurs musulmans alors qu’ils sont maintenant cinq ou six. Nous organisions beaucoup de rapatriements mais aussi d'obsèques pour des inhumations en France, et aujourd’hui, nous n’en faisons presque plus. Notre activité en direction des communautés s’est réduite.
Êtes-vous confrontés à des demandes sur les carrés juifs ou musulmans ?

Non.
Les gens font le tour les opérateurs pour comparer les prix, les prestations? Demandent-ils des devis ?

Les urbains vont davantage demander de devis. Ils ont plus le choix, certes, mais c’est aussi plus dans leur culture que dans celle des ruraux qui vont s’adresser à quelqu'un qu'ils connaissent. Ce n'est pas forcément toujours qu'une histoire de prix. Les gens regardent la personnalité de celui qui les reçoit, les services qu'on leur propose, la partie professionnelle des choses. Et puis, bien sûr, il y a une partie prix. Mais il faut savoir qu’aujourd’hui, pour une prestation identique, il y a peu de différence de prix.
 

Qu'est-ce qui est attendu pour des cérémonies laïques ? Vous disiez que pour vous c'est important parce que c'est le début du travail de deuil…

Effectivement, nous le savons car nous avons réalisé des études qui montrent que les gens attendent de nous une cérémonie durant laquelle on puisse retracer la vie du défunt, et prendre un peu de temps pour évoquer qui il était. La crémation n'est pas un rite funéraire très ancien. Au départ, elle a été promue par l'Association crématiste dont le slogan était « La terre aux vivants » ! C’était un slogan très militant. Mais nous nous sommes rendu compte d’un engouement réel pour la crémation qui est de plus en plus demandée et que cette demande s’accompagnait du souhait des familles d’avoir un lieu matérialisé où se recueillir. Cela fait partie du deuil, comme la cérémonie. De plus en plus les gens nous disent : « On ne va pas l'inhumer comme ça, comme un chien, on veut qu'il y ait un moment de recueillement. » C’est pour cela que nous organisons ce moment, en faisant en sorte qu’il ne soit pas calqué sur les cérémonies religieuses. Nous prenons le maximum de renseignements pour tracer la vie du défunt, pour qu'il y ait des témoignages si les gens s'en sentent capables, qu'il y ait de la musique pour accompagner tout ceci.

Quels types d’études avez-vous réalisées ? Marketing ? Statistiques ? Sociologiques ?

Il y a un peu de tout. L'IFOP nous a donné des informations et nous, en tant qu'opérateur réalisant environ 100 000 opérations par an, nous avons conduit un travail de recherche pour confirmer ce besoin de cérémonie et la forme qu’elle peut prendre. Nous sommes une entreprise importante et il nous faut connaître les évolutions sociales pour pouvoir améliorer nos services en fonction de ce que les gens souhaitent.
Par exemple, nous avons fait une étude sur les intentions des gens quant à leurs souhaits : inhumation ou crémation. Les courbes montrent qu’en 2004, les volontés se croisent et que, pour la première fois, la crémation passe devant l’inhumation. Notre statistique s'arrête en 2008, où l’on voir que 51% des gens disaient vouloir être crématisés contre 42%, inhumés. Pourtant, aujourd'hui, à Lyon, il y a 37% de crémations seulement ! Mais nous, opérateur funéraire, faisons la différence entre ce que veulent les gens et la réalité.

D'où vient ce décalage ? C'est que les familles ne respectent pas les volontés des défunts ou bien le site urbain est moins favorable à la crémation ?

Ca serait plutôt le contraire ; les urbains sont plutôt favorables à la crémation. La raison est surtout qu’entre le moment où l’on sonde les gens et le moment où arrivent vraiment les réflexions de fin de vie, les gens se rapprochent davantage de leur   héritage social ». Le déclaratif n'est pas forcément représentatif... Attention, la crémation représente bien une vraie tendance, mais je dirais que l'évolution se fait sur du plus long terme. Les sociologues disent qu'on va arriver à 50-50 et qu'après il n'y aura pas trop d'évolutions. Je n'y crois pas trop.

Crémation ou inhumation, finalement, cela change-t-il beaucoup de choses dans l'organisation des obsèques ?

Pas tant que ça, non. Les funérailles s’ordonnancent autour du lieu de recueillement. Crémation ou inhumation, les gens peuvent se recueillir avant la fermeture du cercueil. Ca ne change pas grand chose. Ce qui peut changer, c’est en terme d’équipement, places et disponibilité. A Lyon, la question des crématoriums va vite se poser. Il y a deux crématoriums dans l'agglomération à Bron et la Guillotière. En moyenne, la crémation a lieu 72 heures après le décès, soit entre 3 et 4 jours. En milieu rural, il faut 48 heures. A Paris, c'est presque une semaine. Le crématorium de la Guillotière est en pleine réflexion et je pense qu'ils veulent augmenter la capacité de l’outil, le nombre de crémations par an. C'est un site historique qu’il a bien fallu adapter. Il y avait de plus en plus de cérémonies, il a donc fallu créer plusieurs salles de cérémonie et plusieurs fours crématoires.

Il y a un engorgement des équipements ?

Oui, principalement pour la crémation. Pour l'inhumation, ce qui est en cause, c’est notre propre disponibilité, mais le crématorium a une vraie vocation de service public.

Comment cela évolue-t-il pour ce qui est des inhumations ? Il y a un problème de places dans les cimetières ?

Aujourd'hui, avec l'éclatement des familles, les concessions ne sont plus visitées, plus entretenues, pour certaines, en état d'abandon. Si la collectivité ne les reprend pas, c’est que cela a un coût non négligeable. Quand on vend une concession on doit la vendre vide de tout monument et de tout corps, ce qui signifie qu’il faut ôter le monument, récupérer les restes humains, pour les crématiser ou les placer dans un ossuaire. Il y a tout un process, mais cela a un coût. Ce n'est pas le cas de la Ville de Lyon, mais beaucoup de collectivités n'ont pas le personnel pour démonter un monument, creuser, exhumer et emmener les ossements, et elles font appel à un prestataire. On en revient toujours à la même chose, à l'argent. En tout cas, dans la gestion d'un cimetière.

Donc, pour vous, la question de la place est moins cruciale que celle des équipements crématoires ?

Je pense. Et encore, Lyon s'en sort bien. A l’échelle de l’agglomération, je ne saurais le dire mais ce qui est certain, c’est que la gestion des cimetières est devenue un enjeu et que les communes sont aujourd’hui averties des difficultés qui se profilent. Pendant des années, il y avait de la place et presque tout le monde pouvait acheter des concessions à l'avance, sans même toujours être domicilié dans la commune. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, on ne peut plus acheter des concessions à l'avance, en tout cas à Lyon intra muros.
Le cadre laïc impose-t-il des restrictions complexes à gérer ?

Les cimetières sont laïcs et pour ce qui nous concerne, nous n’intervenons pas sur la partie religion. Nous sommes des organisateurs. Nous faisons en fonction des rites funéraires religieux connus mais nous sommes régis par des lois funéraires que nous respectons. Si ça déborde un peu, nous n’en sommes pas responsables.

Par une décision de mai 2008, le Conseil de la Concurrence a condamné les PFIAL pour abus de positions dominantes, ainsi qu’OGF-PFG pour un partage du marché sur l'agglomération. Cela semble rendre compte d'un marché assez tendu et de relations de concurrence dures ?

Je n'étais pas là en 2008 mais ce qu’il faut dire, c’est que — hormis les établissements de santé qui disposent d'une chambre mortuaire —, il n'y a qu'une seule chambre funéraire à Lyon, au cimetière de la Guillotière. Chaque chambre funéraire est un établissement privé à vocation de service public dans laquelle n'importe quel opérateur peut admettre un défunt, via une famille. Nous, par exemple, avons la propriété de huit chambres funéraires dans l'agglomération lyonnaise et, dans ces huit chambres funéraires n'importe quel opérateur, via une famille, peut admettre un défunt et profiter des installations — moyennant bien sûr un coût, identique pour tout le monde. Mais la seule chambre funéraire de Lyon, qui est une grosse structure, est gérée par les PFIAL. Tous les défunts sont donc amenés à la chambre funéraire des PFIAL, et cela crée des tensions, encore maintenant.

Mais vous dites que vous avez le droit d'y accéder et d’y faire admettre des défunts...

Je ne fais pas un procès d'intention aux PFIAL. Mais si un décès a lieu dans une maison de retraire lyonnaise, le corps ne sera pas gardé mais transféré dans la chambre funéraire des PFIAL. Lorsque la famille arrive, elle ne fait pas son choix, elle peut être orientée. Aujourd'hui, c'est encore le cas, parce que les us et coutumes ont du mal à changer et c’est vrai qu'il y a encore des tensions.

Il faut donc de nouveaux équipements ?

Oui et ils vont arriver. Moi qui viens d'une autre agglomération, c'est assez surprenant de voir une commune comme Lyon intra muros ne disposer que d'une seule chambre funéraire. Cela tient à l’histoire législative. Je vous disais que le monopole sur le funéraire avait cessé assez tardivement, en 1993. Mais entre cette date et l’application de la loi, il y a encore eu du temps. Et puis, quel était l'intérêt pour un opérateur de créer une chambre funéraire, s'il ne pouvait pas admettre de défunts. Le coût de l'immobilier élevé d’une grande ville fait qu’il s’agit d’investissements lourds pour une entreprise privée. Il y avait une chambre funéraire dont on s'est satisfait. Aujourd'hui, le marché change et des projets circulent. N'importe qui ayant l'autorisation préfectorale peut investir dans un équipement dont il sera propriétaire et gestionnaire.