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Recherche clinique translationnelle en lien avec les biopôles

Interview de Dominique PELLA et BELIN Marie-Françoise

<< Les collectivités doivent savoir qu'il y a dans les laboratoires des "pépites d'or", inexploitées, qui dorment sur les étagères >>.

Date : 30/09/2012

Dominique Pella, Délégué régional de l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) pour la région Rhône-Alpes-Auvergne. Il représente le Président Directeur général de l'Inserm et l'Institut pour l'ensemble des partenaires régionaux publics et privés. Il est responsable de l'administration déconcentrée régionale et dispose de l'ensemble des moyens administratifs et techniques d'intérêt général au profit de toutes les unités de recherche et de tous les personnels relevant de l'Inserm. Il a une mission d'information générale vis-à-vis de l'administration centrale et des structures de recherche relevant de sa délégation, et une mission de conseil vis-à-vis de ces dernières.

Marie-Françoise Belin, Directeur de recherche Inserm, ancien directeur d’unité, membre de nombreuses instances d’évaluations, est correspondante scientifique à la Délégation régionale Rhône-Alpes Auvergne. Elle conseille le délégué régional, propose des stratégies de structuration et accompagne les équipes ou chercheurs en difficulté.

A la découverte de la recherche translationnelle

Comment définir la recherche translationnelle ?

Ce terme est difficile à définir car il présente des réalités différentes selon les personnes interrogées. Le plus simplement, on peut l'envisager comme un cercle vertueux du lit du patient au laboratoire pour permettre aux problématiques de recherche de bénéficier aux patients. C'est un processus dynamique qui améliore aussi bien les connaissances de la recherche fondamentale que les soins, traitements et technologies que l'on peut proposer aux patients. La recherche translationnelle intéresse donc aussi bien les acteurs publics que privés.

Il faut parfois peu de choses pour que des chercheurs, explorant une thématique lambda, poussent un peu plus loin leurs investigations et obtiennent des résultats transposables en clinique. Mais jusqu’à un passé récent, les chercheurs considéraient que la recherche fondamentale leur incombait et que les applications cliniques ou thérapeutiques étaient du  ressort des cliniciens et des industriels. Peu d'entre eux essayaient de transformer les découvertes fondamentales en recherche appliquée, c'est-à-dire en connaissances qui aboutiraient à la compréhension des maladies, une nouvelle thérapie, un nouveau médicament ou une nouvelle technologie. Maintenant, les mentalités évoluent...

Comment l'Inserm intervient-il dans le processus de recherche translationnelle ?

L'Inserm est le seul organisme entièrement dédié à la recherche biomédicale, il couvre tous les champs de la santé,  du gène au patient. Le contexte de la recherche a changé, des outils similaires servent à la recherche fondamentale et à la clinique. Par exemple, la découverte d’un gène muté chez un patient rejoint les travaux de biologie moléculaire réalisés chez l’animal. Dès lors, les  objectifs du clinicien et du chercheur peuvent converger plus facilement. La pathologie devient une illustration vivante des effets de la mutation d’un gène donné.

Par ailleurs, depuis  une douzaine d’année, diverses mesures ont permis de renforcer la recherche clinique et d'améliorer le maillage entre le monde hospitalier et le monde de la recherche fondamentale, donc ce que nous appelons aujourd'hui recherche translationnelle. C'est l’œuvre notamment de trois PU-PH (professeurs des universités et praticiens hospitaliers) qui ont dirigé successivement l'Inserm : Claude Griscelli (1996-2001),  Christian Bréchot (2001-2007) et André Syrota (depuis 2007).

L'AERES (Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur), son conseil scientifique lors de ses évaluations ont aussi contribué à rapprocher la clinique de la recherche fondamentale.
Rappelons aussi que l'Inserm est sous la co-tutelle du Ministère de la santé et du Ministère de la recherche. Dans toutes les villes de France, ses partenaires sont les facultés de médecine et de biologie, les grandes écoles, mais également les CHU (centres hospitaliers universitaires) et les CLC (centres de lutte contre le cancer), quand ceux-ci existent. Dans la région Rhône-Alpes Auvergne, l'Inserm travaille avec les 4 CHU de Lyon, Grenoble, Saint-Etienne et Clermont-Ferrand, le Centre Léon Bérard (CLB de Lyon) et le Centre Jean Perrin (CLC de Clermont-Ferrand). Par ailleurs, les PU-PH (les professeurs) et MCU-PH (les maîtres de conférences) sont nommés sur leurs projets hospitaliers, d’enseignement et de recherche. Leur valence recherche a permis localement que des  PU-PH soient directeurs d’unités de recherche, au même titre que des directeurs de recherche Inserm. La majorité des PU-PH et des MCU-PH sont inscrits au profil d’unités Inserm ou CNRS dans lesquelles ils développent des travaux de recherche. Cela signifie que ces cliniciens chercheurs assurent leur activité hospitalière le matin et participent avec leurs élèves à des travaux de recherche qui ont un intérêt direct avec les pathologies qu’ils sont sensés soigner. Tel est le cas pour le cancer, les maladies neurologiques, les maladies auto-immunes, etc.

Comment tisser les liens nécessaires à la recherche translationnelle ? Relèvent-ils de la volonté du clinicien ou du chercheur ou exigent-ils un intermédiaire ?

Cela peut se faire naturellement quand il y a une antériorité dans certaines pathologies comme  la pathologie osseuse. Mais des sollicitations sont nécessaires après identification de complémentarités pour des thématiques où Lyon peut avoir des atouts à mettre en valeur sur la scène internationale.  Au sein de la Délégation régionale Rhône-Alpes Auvergne, Marie-Françoise Belin qui a l'avantage de bien connaître l'Inserm et le tissu lyonnais assure ce rôle. Elle  réunit chefs de service, directeurs de recherche, professeurs d’université ou d’école d’ingénieur pour proposer des synergies structurantes.

Par exemple, Lyon a un fort potentiel de recherche en sciences cognitives. Des  connexions  entre les sciences humaines et sociales, recherche en neurosciences, services hospitaliers, écoles d’ingénieur (ex. Insa, Ecole centrale) seraient en mesure d’améliorer la prise en charge et les connaissances de maladies comme l’autisme, les dyspraxies, les dysphasies, les dyslexies, etc. Lyon a réellement une carte à jouer sur les troubles de la cognition et des apprentissages, il n'y a pas de potentiel équivalent en France. L'hôpital du Vinatier, l'hôpital Neurologique, l’hôpital Saint Jean de Dieu, les HCL et les unités Inserm concernées se sont organisés en réseau appelé « réseau Explore » qui permet de confronter les problématiques et les savoir-faire,  de construire des bases de données, des  demandes de financement en commun, etc. Lyon pourrait jouer, par exemple, un rôle intéressant dans la détection précoce des autistes de haut niveau, en milieu scolaire, grâce des « serious games » (avec l’implication de l’Insa), à la détection du stress de ces jeunes patients via des montres-détecteurs (avec l’implication du CNRS et de l’université), etc.
Il existe de nombreuses « pépites » dans plusieurs laboratoires,  dans différents domaines, qui ne demandent qu’à être détectées et connues des différents partenaires pour permettre de fondre  les pépites en lingots. Une cellule de veille inter-organismes serait utile pour optimiser les synergies et trouver des fonds d’amorçage pour franchir le pont qui va du concept à son application. Des financements souvent modestes permettraient d’augmenter le nombre de prototypes disponibles pour tester les preuves de concepts  en recherche, en milieux hospitalier ou industriel ou éducatif.

Outre ce travail d'animation du réseau local, il existe également des structures favorisant la recherche translationnelle en général et la recherche clinique en particulier...

La recherche translationnelle est facilitée par de nombreuses structures de coordination entre l’université, les organismes de recherche et les hôpitaux, comme les CRBSP (comités de recherche biomédicale et de santé publique) qui veillent à la coordination des activités de recherche exercées par les établissements et organismes qui les composent ou leur sont associés. Ils émettent des avis consultatifs, donnent des grands axes de développement et donc orientent la stratégie de l'Inserm.

Pratiquement dans tous les CHU, et notamment dans les trois CHU rhônalpins, des CIC ou Centres d'investigations cliniques, spécialisés ou généralistes, ont été mis en place pour faciliter la recherche clinique. Les CIC sont des ponts en ressources humaines et en locaux entre recherche fondamentale et clinique. A Lyon, le CIC est plutôt généraliste, avec une dominante cardiologie et pédiatrie. A Saint-Etienne, le CIC exerce plutôt ses savoir-faire dans le champ des maladies veineuses (thrombose veineuse ou phlébite, embolie pulmonaire...). Mais historiquement, il existait  de l'investigation clinique dans certains services, comme par exemple, le laboratoire du Professeur Trépo, dirigé aujourd'hui par le Professeur Zoulim. Ces laboratoires/services n'ont pas besoin du CIC.

Une autre structure qui favorise la recherche translationnelle est fournie par les CRB, centres de ressources biologiques.  Nous avons été pionniers à Lyon avec les HCL pour « forcer la porte », avec Neurobiotec créé en 1997,  en organisant des banques de prélèvements associés aux données cliniques dans un cadre juridico-administratif avec un contrôle qualité compatible avec des publications de haut niveau. Depuis, Neurobiotec a enseigné à d’autres CRB ses méthodes ; les contrats entre l'Inserm et les HCL ont été repris par d'autres CRB ; un logiciel a également servi de modèle à l'échelle nationale. Nous avons construit des règles, un  savoir-faire qui a essaimé au sein des HCL qui ont su organiser et professionnaliser un grand CRB  regroupant toutes les pathologies.

Qu'en est-il des dispositifs initiés dans le cadre du programme « investissements d'avenir » financé par le grand emprunt national, les instituts hospitalo-universitaires (IHU) et les départements hospitalo-universitaires (DHU) ?

La création des instituts hospitalo-universitaires (IHU), en remplacement des anciens CHU,  contribue à structurer des projets de recherche, de soins et d’enseignement réunissant université, établissement de santé et organisme de recherche sur des axes d’excellence. Seulement six IHU ont pu être crées à l’échelle nationale avec un financement récurrent.  Le classement national des deux projets lyonnais (juste derrière ces six IHU) a donné naissance à deux IUH B  qui ont reçu un financement ponctuel : l’IHU-B Cesame (cerveau et santé mentale) et l’IHU-B Opera  (cardiovasculaire/nutrition).

Dans l'objectif de dynamiser la recherche et de favoriser une diffusion plus rapide des toutes dernières innovations en santé, des départements hospitalo-universitaires (DHU)  sont en cours de création pour permettre l'association d'un ou plusieurs pôles cliniques, ou d’une partie (service, laboratoire, unité fonctionnelle…) d’un pôle clinique d’un hôpital, avec une ou plusieurs unités mixtes de recherche (UMR) d’une université et d’un organisme de recherche (ou de plusieurs organismes) membre d’Aviesan (Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé), autour d'un objectif partagé. Pour l'instant, seule l'assistance publique de Paris a des DHU. D’autres appel d’offre ont été lancés.

Vous précisiez que la recherche translationnelle implique la valorisation de la recherche et donc des collaborations entre acteurs publics et privés...

Pour pouvoir traduire une découverte en innovation, préserver les découvertes et les exploiter, c'est-à-dire proposer et vendre du diagnostic, de la thérapie, des outils, etc., déposer des brevets est indispensable. Cette activité est assurée par des structures de valorisation comme celle, dirigée par Marina Rousseau-Tsangaris au Centre Léon Bérard. Au niveau de l'Inserm, une filiale de droit privé s'occupe de cette activité à l’échelle nationale. Il s'agit d'Inserm Transfert, qui est spécialisé sur les découvertes biomédicales et qui rassemble des grands négociateurs habitués à travailler à l'international. L’université a son service de valorisation : Lyon Science Transfert. Les hôpitaux et les écoles d’ingénieurs (ex. Insavalor) ont aussi leurs propres services. Mais, l’existence de toutes ces cellules de valorisation ne facilite pas les transferts vers l’industrie car souvent plusieurs organismes sont impliqués dans une invention. Pour les industriels la négociation devient très lourde. Depuis peu, une seule cellule de valorisation prend le « lead «  dans les négociations et s’entend avec les autres cellules en fonction de l’importance de sa participation dans l’invention.

Le projet de création d’une SATT (structure d’accélération de transfert technologique) en région Rhône-Alpes devrait  simplifier et uniformiser les procédures à l’échelle locale. Le domaine de la santé ne pourra y être traité comme celui de la chimie, il conviendra de définir une politique proactive pour dynamiser les ressources potentielles en santé, qui dorment dans les laboratoires et les services hospitaliers, susceptibles de générer des retours sur investissement. Il s’agira d'identifier également des financements pour les preuves de concept, de négocier les contrats de collaboration de recherche et cession de licence, de mettre en œuvre et d'assurer le management des projets de recherche collaboratifs internationaux, de concevoir, mettre en œuvre et négocier avec les partenaires industriels les projets d'envergure en Santé publique, ou encore de créer une entreprise. La SATT pourra, également, valoriser des savoir-faire et des ressources générés par les laboratoires, des technologies biomédicales innovantes et brevetées, des études épidémiologiques en Santé publique auprès des industriels.

Elle devra établir une politique efficace pour l’accompagnement des brevets. Soulignons que le nombre de dépôts de brevet n'est pas un bon indicateur : si vous déposez des brevets et que vous n'investissez pas ensuite pour démontrer la preuve du concept, cela n'a pas de sens. Mieux vaut déposer moins de brevets et aboutir effectivement à un produit vendable (diagnostic, médicament, technologie). Même si les choses s'améliorent, la veille brevet reste insuffisante. Les chercheurs qui souhaitent déposer un brevet pour leur invention auront besoin de trouver un accompagnement de qualité assuré par des ingénieurs brevets hautement qualifiés, bilingues et rodés à la négociation internationale. Rappelons qu'un candidat vaccin implique un investissement d'1 milliard de dollars, à peu près le budget annuel de l'Inserm national. Vous imaginez bien qu'il faut des professionnels à la hauteur de ces enjeux.

Points forts et points faibles de la recherche biomédicale locale

Parmi le vaste champ de la recherche biomédicale, quels sont les points forts de votre délégation Rhône-Alpes Auvergne et de l'agglomération lyonnaise ?

La structuration actuelle de la recherche Inserm en Rhône-Alpes Auvergne résulte d'une forte volonté, initiée par Christian Bréchot ancien directeur général de l’Inserm. Cette organisation a été mise en place progressivement sur la période 2007-2011, au fil des renouvellements d'unités. Elle a nécessité un gros effort de la part des équipes, qui ont du réviser leur manière de travailler et accepter de se regrouper dans des centres pour permettre des masses critiques plus importantes, mutualiser les ingénieurs ou les outils  et améliorer la lisibilité et la visibilité des disciplines phares sur Lyon.
Quatre pôles thématiques ont été reconnus en 2011 : les neurosciences, la cancérologie, la virologie/immunologie et la cardiologie/nutrition/métabolisme.
La virologie/immunologie s’est imposée dès le début comme un pôle incontournable du fait du soutien de l’industrie  grâce aux pôles de compétitivité,  et à l’existence de grands laboratoires de recherche comme celui dirigé par J-L. Darlix, repris depuis par F-L. Cosset et le laboratoire d'immunologie autrefois dirigé par le Professeur Revillard, repris par V. Lotteau, puis J. Marvel, regroupant près de 150 personnes. Une nouvelle étape sera franchie au 1er janvier 2013 avec la création du Centre International de Recherche en Infectiologie, le CIRI,  par l'Inserm, l'Université de Lyon et l'ENS. Ce pôle doit tenir sa place face aux forces de frappe de Paris avec l’institut Pasteur en virologie et Marseille en Immunologie. Mais Lyon pourra faire valoir ses atouts scientifiques à la croisée de la virologie et de l'immunologie, son laboratoire P4 de très haute sécurité unique en France, son pôle de compétitivité Lyonbiopôle, avec des acteurs industriels de renom et la réputation en amont des laboratoires Mérieux. 

Le pôle de neurosciences est l’héritier de la notoriété mondiale du Pr M..Jouvet qui a créé dans les années 60 l’école des neurosciences lyonnaises sur le sommeil. Depuis le nombre des équipes n’a pas cessé de croître. Il y a eu création d’un Institut de sciences cognitives dirigé par le Pr  M. Jeannerod dans les années 90, puis la création du Centre de neurosciences (CRNL) et l’Institut des cellules souches et cerveau (SBRI) en 2011. Ce potentiel de recherche fondamental bénéficie de l’existence de quatre Hôpitaux de spécialité, uniques par leur taille et leur recrutement : l’Hôpital neurologique et  l’Hôpital mère enfant des HCL, l’Hôpital psychiatrique du Vinatier et l’Hôpital psychiatrique de Saint Jean de Dieu. Ce pôle a donné naissance à l’IHU-B Cesame.

La cancérologie bénéficie également d’un  fort recrutement hospitalier avec le centre Léon Berard et les HCL. La majorité des équipes s’est regroupée dans le Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon (CRCL) qui compte une quinzaine d’équipes de grand renom. Leurs découvertes ont fait l’objet de nombreux brevets. Pour exemple les « récepteurs à dépendance » qui jouent un rôle clé dans le développement des cellules normales ou cancéreuses, ont donné lieu à des brevets et également à la création d’une société (NETRIS Pharma).
Enfin, le pôle cardiologie/nutrition/métabolisme « CarMeN », a permis de rassembler une masse critique de chercheurs dans une grande unité de recherche en réunissant la cardiologie et la nutrition. Ces deux thématiques avaient des applications reconnues dans le domaine de la diabétologie. Ce regroupement a favorisé l’émergence de l’IHU-B Opera et la naissance du Centre Européen pour la Nutrition et la Santé (CENS). 

Grâce à cette restructuration en quatre pôles, en deux ans, la direction générale de l'Inserm a noté la transformation du paysage lyonnais. Les points forts sont devenus visibles et les points faibles ont été restructurés. Un certain nombre de petites équipes, qui n'ont pas démérité, n’ont pas pu intégrer les centres en raison de leurs thématiques. Il pourrait se créer, dans l’avenir, un pôle autour des tissus minéralisés, de l'os et de la dent. Le potentiel existe mais nous n'avons pas encore surmonté un obstacle majeur lié à l'éclatement géographique. Les équipes concernées sont basées sur le pôle est de Lyon, à Gerland, à Saint-Etienne et à Clermont-Ferrand. Pour le moment, ces équipes se sont regroupées en réseau.
Si on veut résumer, l'Inserm a deux fers de lance : sélectionner les thématiques d'excellence et regrouper les chercheurs autour de cette excellence au sein de Centres ou de grosses unités de recherche composés de chercheurs et cliniciens.

Vous avez le réflexe de citer le nom de certaines personnes, des personnages forts ayant marqué la recherche locale. Est-ce une dimension importante pour la structuration de la recherche et  son rayonnement à l'international ?

Incontestablement, la présence de chef de file a été un atout considérable dans le rayonnement de Lyon par le passé.  Il y a eu les Professeurs Jouvet pour le sommeil ou Revillard en immunologie (comme évoqué précédemment). On peut citer aussi le Professeur Pierre Delmas, disparu prématurément en 2008, qui reste le scientifique lyonnais le plus cité. Il a considérablement fait progresser le domaine de la rhumatologie et des pathologies osseuses. Toute la communauté scientifique reconnaissait la qualité de ses travaux, ses talents de chercheur, d'enseignant, de clinicien, son charisme...
L’évolution de la recherche, la complexité des domaines abordés qui nécessite l’utilisation de  plusieurs disciplines, le développement des outils de pointe, rendent plus difficile maintenant l’émergence d’un seul chef de file pour une discipline donnée, comme par le passé. Mais Lyon peut se féliciter de l’émergence de plusieurs chefs de fil par discipline comme c’est le cas par exemple en cancérologie, neurologie et immunologie. Ceci ne doit pas éclipser le fait que Lyon  doit  progresser à l’échelle internationale pour son attractivité de chercheurs de « haute pointure scientifique ». Si on se reporte aux résultats obtenus auprès de l'ERC (« European Research Council ») qui récompense les chercheurs prometteurs ayant 2 à 7 ans d'expériences après le doctorat (« starting grants ») ou 7 à 12 ans d'expériences (« consolidator grants ») ou encore les chercheurs expérimentés développant des projets novateurs (« advanced grants »), Lyon n’est pas à la hauteur.

Comment améliorer le rayonnement international de Lyon dans le champ de la recherche biomédicale ?

Lyon doit avoir une politique de communication plus proactive et faire connaître ses atouts à l’international si elle ne veut pas rester dans l’ombre du rayonnement parisien ou être pénalisé par la meilleure visibilité des villes de plus petite importance comme Grenoble, Toulouse ou Nantes dont l’organisation et l’émergence sur la scène internationale sont plus récentes.

Un exemple qui pourrait servir à la structuration lyonnaise est celui de la renommée de Lausanne et de l'EPFL, qui correspond quantitativement à la population de l'Insa de Lyon. Ils parviennent à y faire venir le monde entier grâce une politique de recrutement et de financements adaptés aux objectifs et réalités modernes ! Lyon a des équipements uniques tels que le laboratoire P4 ou encore le centre d'imagerie du vivant (le Cermep). Pourquoi cette plate-forme d'imagerie est unique en France ? Non pas parce qu'il a les machines les plus puissantes (qui sont à Orsay), mais parce qu'il est situé dans un environnement scientifique et médical unique, au cœur du Centre hospitalier Lyon-Est, à proximité des patients, à proximité du CIC, etc. Une recherche hors du commun, grâce à une force de frappe puissante de la paillasse jusqu'au patient, devrait être attractive sur le plan international.

Pour cela il faudrait développer une véritable politique inter-organisme de communication et d’accueil.  Les Lyonnais ont encore trop tendance à rester « en famille », par exemple à privilégier le candidat local plutôt qu'une candidature extérieure. Cela ne veut pas dire que les candidats locaux ne soient pas à la hauteur, mais cette tendance ne favorise pas le dynamisme, l'audace, la compétitivité et nuit à l'attractivité de l'agglomération contrairement à celle des villes comme Grenoble. Paris restera toujours extrêmement attractif pour un jeune chercheur car le choix y est plus vaste, la capitale plus attractive sur un plan socio-culturelle. A Lyon de relever le défi !

La Fondation pour l'Université de Lyon (qui regroupe plusieurs fondations qui avaient été crées dans différentes disciplines) pourrait jouer un rôle clé dans une dynamique inter-organisme de communication et dans l’élaboration de stratégies pour rendre Lyon plus attractif. Depuis plusieurs années, le Maire de Lyon, Gérard Collomb reconnaît l'importance des sciences de la vie et de la santé, s'appuyant notamment sur LyonBiopôle et sur le quartier de Gerland comme territoire emblématique. Mais il serait dommage de réduire les sciences de la vie à ce territoire. Le pôle Est est un pôle stratégique à faire émerger sur le plan de la Santé, avec une concentration exceptionnelle en termes de lits hospitaliers toutes disciplines confondues (qui vont du cancer à la psychiatrie), de nombreux laboratoires de recherche, de la présence d’un incubateur pépinière Laënnec, des facultés de médecine, etc.  sur un périmètre très concentré.

La formation actuelle des médecins et/ou celle des chercheurs prépare-t-elle suffisamment ces professionnels à adopter une vision large de la recherche comme celle que vous décrivez ?

On a souffert en France par le passé du manque de recrutement des médecins formés à la recherche. Il y a eu une nette amélioration ces dernières années. Par exemple, pour pouvoir concourir au titre de PU-PH, il est maintenant nécessaire de satisfaire de nombreuses exigences : être ancien Chef de Clinique (ou Praticien Hospitalier ayant une ancienneté de 8 ans au moins), être titulaire d’une thèse d’Université donc préalablement d’avoir obtenu un Master, être titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches (H.D.R.), être titulaire d’un Diplôme Universitaire (D.U) de Pédagogie Médicale, avoir un nombre de publications scientifiques et pédagogiques dans des revues internationales indexées de bon niveau, développer une thématique de recherche en relation avec une équipe reconnue et satisfaire aux conditions de mobilité (1 an de stage temps plein dans une structure reconnue en dehors de l’établissement d’origine, en France ou à l’étranger).En 2003, a été créé l'école de l'Inserm pour favoriser les interfaces et le continuum entre une recherche biologique fondamentale et une recherche clinique et thérapeutique. L'Inserm va encourager les étudiants en médecine à se tourner vers la recherche dans la 2e année de médecine. L'École propose une formation précoce à la recherche aux étudiants de toute la France, en 2e année de Médecine et de Pharmacie, intéressés par les sciences, sélectionnés sur dossier puis par concours. Par ailleurs, de nombreuses écoles comme l'Insa, l'Ecole des Mines, etc. accueillent des médecins dans leurs laboratoires. On peut supposer que ces jeunes médecins seront encore plus intéressés que la génération précédente (les « 30-40 ans ») et certainement plus que les « 40-55 ans » par la recherche translationnelle. Parmi ces derniers, de très brillants professionnels n'ont parfois jamais écrit d'articles en anglais, rédigé de PHRC, ils n'ont tout simplement pas la culture de la recherche.

Enfin, les services de soutien à la recherche, comme celui dirigé par Odile Gelpi aux HCL, sont indispensables pour les médecins souhaitant s'investir dans la recherche.

Comment les collectivités peuvent-elles vous aider à améliorer la recherche translationnelle locale ?

Les collectivités doivent savoir qu'il y a dans les laboratoires des « pépites d'or », inexploitées, qui dorment sur les étagères. Actuellement une partie de ces pépites ont été recensées. Un portail web (WEBIMATIX) avec des démonstrateurs est en cours d’élaboration avec le concours d’une dizaine de laboratoires, de l’INSA et du cluster I-Care de la région (qui regroupe les industriels de la santé). Le site, en cours de finalisation, sera accessible au public et au privé, début 2013, et facilitera la valorisation des découvertes en Santé.

Le Grand Lyon contribue d'ores et déjà à rendre visible les points forts localement, mais il faudrait considérer davantage l'ensemble de  l'écosystème de la recherche en Santé qui tienne compte de l’évolution du paysage local en terme de recherche. Les différentes stratégies des collectivités territoriales, ou des organismes nationaux, la réforme de l'Université ont contribué à améliorer  la lisibilité et la visibilité de la recherche. Maintenant il est possible de mettre en œuvre des stratégies communes inter-organismes en communication et développement dans le domaine de la Santé. L'Inserm plus petit, plus souple qui a su se structurer pour déployer une stratégie tournée vers la recherche biomédicale et autour des quatre pôles précédemment décrits est hautement favorable pour continuer à jouer un rôle structurant.

Les collectivités locales pourront aider en prenant connaissance de tous les enjeux en Santé sur Lyon et du travail déjà réalisé, pour se l’approprier et l’intégrer dans leurs plans de développement régional ou de communication à l’international. Quelque soit la conjoncture économique, la santé restera une préoccupation majeure. Le problème n’est pas de savoir ce que les Lyonnais sont capables de faire dans les différents domaines de la santé mais l’enjeu est de savoir dans quels domaines Lyon peut devenir « outstanding » à l’échelle internationale ! La recherche de haut niveau ne se décrète pas et doit être estimée par rapport aux niveaux national, européen et international.

Potentiel de recherche de l'Inserm en Rhône-Alpes Auvergne en 2012 (source : www.inserm.fr)

La Délégation Rhône-Alpes Auvergne comprend 22 structures, 110 équipes, 4 Unités de Service (le laboratoire P4 Jean Mérieux, la Structure Fédérative de Recherche Santé Lyon-Est, la Fédération de Recherche Biosciences Gerland-Lyon sud et l'Unité mixte de service IRMaGe à Grenoble) et 4 Centres d’Investigation Clinique (CIC), répartis ainsi :
    
•    Lyon : 2 Centres de recherche (Neurosciences et Cancérologie), 6 unités pluri-équipes et 2 unités mono thématique, 62 équipes, 1 CIC
•    Grenoble : 2 Centres de recherche (Neurosciences et Cancérologie), 3 unités pluri-équipes et 2 unités mono-équipe, 31 équipes, 1 CIC
•    Saint-Etienne : 1 unité de recherche mono thématique,1 équipe, 1 CIC
•    Clermont-Ferrand : 4 structures comprenant 16 équipes, 1 CIC

Classement des structures par thématiques

Circulation, métabolisme et nutrition : 7 structures
Technologies pour la santé : 5 structures
Neurosciences, sciences cognitives et neurologie, psychiatrie : 4 structures
Cancer : 3 structures
Microbiologie et maladies infectieuses : 2 structures
Biologie cellulaire, développement et évolution : 1 structure