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Politique de la ville et ethnicisation, multiculturalisme et universalité

Interview de Jean-Loup AMSELLE

Anthropologue et ethnologue africaniste

<< A la différence de « l'assimilation », la notion « d'intégration », dans la mesure où elle comporte une attention aux « marqueurs de la différence » n'est déjà pas totalement dénuée de toute problématique ethnique >>.

L’anthropologue et ethnologue africaniste français Jean-Loup Amselle, directeur d'études émérite à l'EHESS, dirige les Cahiers d’études africaines et contribue régulièrement à la revue Lignes. Il est, entre autres, l’auteur de Rétrovolutions : Vers un multiculturalisme français, et en 2011, de L’ethnicisation de la France aux éditions Lignes. 

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Date : 30/09/2012

Dans les années 1980/1990, le maitre mot de la Politique de la Ville était « intégration ». Il s'agissait en effet d'insérer les quartiers à la ville et d'intégrer les populations à la société. Depuis, le principe d'intégration a laissé la vedette à celui de mixité. Comment cette évolution est-elle liée à l'ethnicisation de la société ?
A la différence de « l'assimilation », la notion « d'intégration », dans la mesure où elle comporte une attention aux « marqueurs de la différence » n'est déjà pas totalement dénuée de toute problématique ethnique. Mais, à mon sens, celle-ci est encore accrue par la notion de « mixité » qui suppose au départ l'existence de groupes distincts. Pour mélanger, en effet, il faut supposer au départ, des races ou des lignées pures, races ou lignées que l'on mélange ensuite pour donner des rejetons hybrides plus résistants. C'est en cela d’ailleurs que la problématique du métissage, sur laquelle je m'étais un temps appuyé, est critiquable. (cf. Mes ouvrages Logiques métisses, Payot 2010 et Branchements, Flammarion 2005).

A l'instar du multiculturalisme, la mise en avant de la question écologique  ne contribue t-elle pas aussi à masquer les enjeux de la question sociale ?
Oui, je crois que la question écologique est une façon de masquer les enjeux de la question sociale dans la mesure où elle ne voit comme solution aux problèmes de l'humanité qu'une conservation de la nature et peut-être même un retour aux origines ignorante du fait que la nature a été transformée depuis des siècles par la main de l'homme. En bref, la nature a une histoire, ce que les écologistes refusent de voir comme je l’ai évoqué dans Rétrovolutions paru chez Stock en 2010.

Dans un tel contexte, comment promouvoir une universalité première et principielle entre tous les hommes ?
Je pense que lorsqu'on est anthropologue, il y a deux attitudes possibles. La première, consiste à mettre en avant les différences entre cultures pour, dans un second temps, repérer les ressemblances. La seconde, qui est celle que j'adopte, consiste à chercher les points communs entre les cultures pour, dans un second temps, analyser les différences.