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Alpex, une petite PME lancée dans la course à l’innovation

Interview de Hervé TIBERGHIEN

<< Le marché de la grande série, quelque soit le marché (lingerie, automobile, bâtiment, etc.) est voué inexorablement à être délocalisé. Seules les niches subsisteront dans notre pays >>.

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Date : 05/03/2007

Propos recueillis par Geoffroy Bing (Nova7) le 5 mars.Entreprise située à Saint Chamond et créée en 1999, Alpex est spécialisée dans le contrecollage de membranes sur support textile (film plastique aux propriétés particulières sur support textile), son produit phare est le tissu imper-respirant. Son principal concurrent est l’américain Gore-Tex. Alpex illustre le cas de la petite PME (une vingtaine de personnes) lancée dans la course à l’innovation.
Voulez-vous détrôner Gore-Tex un jour ?

Non, ce n’est pas notre objectif prioritaire. Nous essayons d’être au moins aussi bon qu’eux sur le plan technique, et plus souples et moins chers ! Mais nous n’avons pas vocation à promouvoir une marque Alpex aux yeux du client final, comme le fait Gore-Tex, nous n’aurions pas les moyens de le faire. Nous avons privilégié la démarche industrielle à la démarche marketing.

Quels sont vos marchés aujourd’hui ?

Nous avons deux marchés principaux. Il y a d’une part ce qu’on appelle le Workware dans lequel vous retrouvez l’armée, la police, la Poste, l’EDF, et d’autre part le marché du Sportsware (Décathlon, Lafuma, Salomon, etc.). Vous trouverez des vestes de sports respirantes et imperméables fabriquées par nous sous la marque Décathlon par exemple. Nous sommes grosso modo à 50/50 sur ces deux marchés.
En quoi consiste concrètement la technique du contrecollage ?

C’est très simple : vous associez la matière A avec la matière B pour additionner les qualités des deux matériaux ; Par exemple, vous mettez une feuille d’aluminium sur un non-tissé pour renforcer la fonction d’isolation, ou en additionnant de la maille et de la mousse pour pouvoir faire des bonnets de soutien-gorges, etc. En résumé, la formule du contrecollage, c’est 1+1=3 !
Vous êtes donc spécialisé dans cette technique qui vous ouvre de multiples champs d’application ?

En 2004, nous avons racheté la société Contrecollage Technique, spécialisé dans la lingerie. A l’époque, nous partions du constat suivant : le marché de la grande série, quelque soit le marché (lingerie, automobile, bâtiment, etc) est voué inexorablement à être délocalisé. Seules les niches subsisteront dans notre pays. Aussi, il fallait configurer Alpex pour essayer d’additionner le plus grand nombre de niches possibles. Et pour ce faire, il nous fallait acquérir le râteau de technologie en matière de contrecollage, le plus large possible. C’est ce que nous avons fait en rachetant Contrecollage Technique : élargir nos marchés et nos technologies et être capable de faire n’importe quel type de contrecollage. Maintenant, on travaille dans la lingerie, le bâtiment, etc.
Quelle est la place de l’innovation dans votre stratégie ?

Elle est fondamentale, bien sûr. Nous avons notre propre laboratoire de R&D, une machine d’expérimentation des nouveaux types de contrecollage. Aujourd’hui, l’information circule tellement vite que vous avez en permanence l’obligation de vous renouveler. Dès lors que votre produit atteint des volumes à peu près honorables, la concurrence s’en empare et il faut passer à autre chose. Il faut donc en permanence assurer le renouvellement de ses produits et de ses clients. Nous créons 300 à 400 produits par an ! La durée de vie des produits se raccourcit considérablement. C’est une donne fondamentale du contexte actuel.
Et c’est un enjeu auquel tente de répondre la politique des pôles de compétitivité. Y êtes-vous associés ?
Oui, nous sommes adhérents à Techtera et Sporaltec. C’est un peu tôt pour pouvoir évaluer ces démarches. Des deux, nous sommes plus tournés vers Sporaltec. Dans les deux cas, l’idée est séduisante, mais d’un point de vue pratique, il faut attendre pour voir si cela débouche sur quelque chose de concret. La R&D coûte cher, on ne peut pas en faire tous azimuts ! Et dans le contexte actuel où le marché s’est tellement durci ces dernières années, nous sommes amenés à réduire la voilure de nos dépenses.
N’est-ce pas le seul moyen pour notre industrie de reste dans la course ?

Il ne faut pas croire que les pays asiatiques ne font pas de R&D et qu’ils ne sont pas équipés pour ! Là-bas les unités de production sont flambant neuves. Ils génèrent du cash flow, peuvent investir et faire de la R&D, et mettre des nouveaux produits sur le marché. Ils sont dans une dynamique vertueuse. Et ils font de plus en plus de tissus techniques ! La question pour nous est de savoir comment on va pouvoir réagir par rapport à cela et arrêter l’hémorragie.
Vous sentez-vous désarmés par rapport à cela ?
Non, nous avons des atouts évidents pour enrayer ce déclin. Déjà nous sommes petits ! Or quand on est petit, on est rapide. Pour pouvoir survivre aujourd’hui, il faut être rapide. Ensuite, nous avons la chance d’être dans une région où la filière textile est encore complète. Vous trouvez de tout ici et c’est une grande chance : tissage, teinture, contrecollage, de la maille, etc,  c’est un gros plus ! Le jour où il manquera un maillon, ce sera plus embêtant. La plupart de nos fournisseurs sont dans la région et sont performants. Ils participent sans aucun doute à notre propre compétitivité. La région Nord-Pas-de-Calais, me semble-t-il, n’a plus toute la filière. Et puis, il y a aussi la position de carrefour de Lyon entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud qui est un atout considérable. Et le fait d’être proche des Alpes renforce également le marché du sportsware. Enfin, la culture industrielle ici est importante, vous trouvez de la main d’œuvre de qualité à tous les niveaux de l’entreprise.
Quel est le maillon dans la filière qui est le plus en péril selon vous ?

La teinture est une activité qui souffre le plus à mon avis : elle nécessite des investissements importants, pas mal de main d’œuvre, comporte des risques de pollution, tout pour plaire ! Quelles sont les améliorations produits sur lesquelles vous travaillez actuellement ?
Tout en conservant l’imperméabilité et la respirabilité du tissu, nous travaillons à l’amélioration de la protection thermique. Quand vous faîtes un trek en montagne, vous avez chaud, vous transpirez par la membrane respirante. Par contre arrivé en haut, il fait plus froid. Ce serait formidable si la membrane devenait moins respirante et offrait un meilleur effet coup de vent que pendant la montée ! Il y a encore beaucoup à faire dans le domaine de la protection et du confort thermiques, des vêtements qui réagissent bien en fonction de la température externe !