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Un défi pour la métropole lyonnaise : la mixité un développement équilibré du territoire

Interview de Gilles BUNA

Vice-président de la communauté urbaine de Lyon délégué à l’Urbanisme et à l’Aménagement et adjoint au Maire de Lyon en 2006.

<< Que l’urbanisme soit un élément qui s’intègre dans le développement durable est l’objectif que je poursuis… il s’agit, d’une construction complexe de la ville dans un objectif de développement respectueux de l’environnement >>.

Les métropoles ont un défi à relever : celui d’un développement équilibré de leur territoire. Face à ce défi, quelles sont les mesures à prendre ? Entretien avec Gilles Buna.

Réalisée par :

Date : 14/05/2006

La demande de plus de nature dans son cadre de vie s’affirme aujourd’hui comme une tendance sociétale forte. Elle se traduit par un accroissement de l’habitat individuel en périphérie, par l’exigence de plus de végétal en ville et, de fait, modifie l’espace urbain. En tant qu’élu du Grand Lyon, comment percevez-vous ces évolutions ?
Pour répondre à cette revendication générale de plus de nature en ville et anticiper ses conséquences, la prise en compte de la spécificité des contextes est particulièrement fondamentale. L’agglomération Lyonnaise est hémiplégique avec à une banlieue chic à l’ouest et à l’est une banlieue choc. Les revenus sont deux fois plus importants à l’ouest qu’à l’est, les chances de réussites scolaires, le taux de chômage et le nombre de logements sociaux varient fortement d’une banlieue à l’autre. Avec la panne des politiques d’intégration depuis plus de vingt ans, la crise économique et l’évolution démographique, ce handicap est devenu majeur. La métropole Lyonnaise connaît une réelle fracture spatiale, sociale et ethnique. Cette fracture, qui nuit à l’attractivité de l’agglomération, est un facteur inquiétant de désagrégation sociale. À ce constat, il convient de rajouter l’impact du phénomène de gentrification sur les stratégies résidentielles ségrégatives et l’exclusion. Notre premier défi est donc et avant tout celui de la mixité et d’un développement équilibré du territoire.

Cet objectif de mixité et de développement équilibré du territoire métropolitain se retrouve t-il sous le vocable d’urbanisme durable ?
Que l’urbanisme soit un élément qui s’intègre dans le développement durable est l’objectif que je poursuis depuis le début de mon mandat. On peut retenir le terme d’urbanisme durable, mais personnellement, je préfère parler de démarche de développement durable en urbanisme. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une construction complexe de la ville dans un objectif de développement respectueux de l’environnement, des êtres qui l’habitent aujourd’hui et de ceux qui l’habiteront demain.

Comment cette démarche se décline t-elle ?
Elle se décline en différentes politiques qui convergent vers ce même enjeu de développement durable. 
Ainsi, au niveau de la politique des transports, nous privilégions les transports collectifs et les modes doux de déplacement. Avec « LEA » et la future ligne du tramway vers le Confluent, nous réalisons la desserte des territoires en amont même de l’aménagement urbain. 
Au niveau de l’habitat, nous recherchons une diversité de l’offre pour rétablir une chaîne résidentielle. Construire plus de logements sociaux dans l’ouest de l’agglomération et requalifier les territoires à l’est sont nos objectifs prioritaires. À travers la politique de renouvellement urbain, nous poursuivons la requalification des centres bourgs et de quartiers, celle des logements et des espaces publics. Lorsqu’il y a démolition de logements sociaux, 30% sont reconstruits sur le site et le reste répartis sur l’ensemble de la commune pour garantir une plus grande mixité.
Nous conduisons des grands projets, à l’exemple du carré de soie ou du parc technologique de Saint-Priest, pour changer l’image de ces territoires de l’est de l’agglomération et développer leur attractivité. 
Les premiers résultats de ces politiques sont plutôt encourageants et l’habitat en petits immeubles à proximité d’une desserte en transport en commun recueille la satisfaction des habitants. On assiste à un vrai retour des investissements privés et à un nombre croissant de demandes de logements sur ces communes périphériques.

Cette requalification des communes périphériques est le fait de l’étalement urbain lié à l’aspiration des Français pour la maison individuelle. L’étalement urbain n’a donc pas que des effets négatifs ?
Certes, la forte demande d’habitat en péri urbain a conduit et permis aux collectivités d’engager d’importants projets de requalification. Néanmoins, l’étalement urbain demeure un problème majeur. En trente ans, la population urbaine a augmenté de 60%, la surface urbanisée dans l’agglomération a pratiquement triplé, le genre humain est devenu le genre urbain. Le phénomène va encore s’accélérer, on attend plus de 250000 habitants dans les 20 années qui viennent. Et, 80 % des habitants rêvent d’une maison individuelle. Cette aspiration est liée à notre histoire. En France, nous sommes tardivement devenus urbains et nous avons encore tous en tête une référence, un coin de campagne synonyme de tranquillité, d’espace et de sécurité. Or, ce modèle dominant en Europe depuis la deuxième guerre mondiale, renforcé par le développement de l’automobile, a aujourd’hui atteint ses limites.
La congestion et l’importance les flux pendulaires, la pollution induite, le caractère energivore au niveau de la voiture mais aussi du chauffage, le coût élevé d’investissement induit pour de nouveaux équipements et pour développer les transports en commun, ainsi que la consommation d’espaces essentiels pour l’équilibre écologique, l’agriculture et le paysage sont autant de facteurs  propres à l’étalement urbain et nuisibles en termes de développement durable.  De plus, l’entre soi qui se fige ainsi dénature la vie sociale. On n’est plus dans l’échange, on n’est plus dans la ville.

Comment faire face à l’étalement urbain ?
Avant tout, il faut rester modeste. Il convient également de rester vigilant même si tous les dispositifs invitent les planificateurs à lutter contre l’étalement urbain. 
Le premier objectif est de réduire les zones de constructibilité. Néanmoins, il convient d’être prudent et d’éviter les effets reports. On a constaté que lorsqu’on limitait les constructions autour des noyaux urbains constitués dans le Grand Lyon, les demandes se reportaient sur les départements limitrophes et les problèmes n’étaient que déplacés. C’est pourquoi une planification plus large est indispensable. La réflexion doit dépasser les frontières de la communauté urbaine. Bien sûr, les orientations prises dans un cadre élargi n’ont, juridiquement, rien d’obligatoire. Cependant, elles révèlent une volonté d’agir cohérente face aux enjeux qui s’imposent à tous au premier rang desquels le développement durable. C’est dans cet esprit que nous travaillons en « interSCOT ». C’est dans cet objectif également que nous nous rapprochons de Grenoble et de Saint Etienne. Le succès des pôles de compétitivité nous encourage d’ailleurs à poursuivre en ce sens.
Le deuxième objectif que nous poursuivons est de densifier la ville pour permettre à l’agglomération d’être moins consommatrice d’espaces. Cependant, il ne suffit pas d’accueillir, encore faut-il retenir les populations en offrant un habitat de qualité qui réponde à leurs attentes. 
Le troisième objectif est d’offrir une architecture de qualité, aux formes variées, qui propose des espaces intimes et une adaptabilité possible de l’habitat en fonction de l’évolution de la vie familiale. C’est enfin, et je dirais surtout, répondre aux besoins de nature en ville.

Quels sont les outils dont vous disposez pour mettre en œuvre votre politique ?
Le Plan Local de l’Habitat (voté à l’unanimité), le Plan Local d’Urbanisme et le SCOT sont nos principaux outils de planification. Par ailleurs, la politique foncière est fondamentale et j’aimerais que le Grand Lyon soit, dans ce domaine, plus ambitieux pour créer notamment plus de coulées vertes dans l’agglomération. La politique de renouvellement urbain qui porte sur les sites les plus sensibles est également un axe d’action majeur.

N’y a t-il pas contradiction entre le renforcement de la densité urbaine et la qualité du cadre de vie ?
Nous avons la chance, dans cette agglomération, d’avoir de grandes possibilités et notamment de pouvoir reconvertir les friches industrielles à Lyon comme à Villeurbanne. Les Zones d’Aménagement Concerté élaborées pour ces reconversions laissent une part majoritaire aux espaces verts. De fait, elles participent pleinement à la fois à l’amélioration du cadre de vie mais aussi à la densité de l’habitat au centre de l’agglomération.

Les constructions dans ces nouvelles ZAC respectent-elles les critères de Haute Qualité Environnementale ?
Nous avons mis en place l’analyse urbaine environnementale et introduit les critères HQE dans l’ensemble des cahiers des charges soumis aux architectes et aux constructeurs. Nous allons même étendre cette politique aux constructions tertiaires.
J’aimerais que nous allions plus loin encore dans la végétalisation de l’habitat tant au niveau des façades que des toitures et je m’efforce de rassurer ceux qui ont encore des craintes face à ces nouveaux procédés.

Comment concilier les enjeux économiques et ceux du développement durable ? ou encore n’est-ce pas indécent d’inciter les promoteurs privés et sociaux à s’engager dans de l’habitat HQE qui induit 5 à 10 % de surcoût  alors que l’on connaît un déficit criant de logements sociaux et que le logement privé de centre d’agglomération n’est plus accessible aux couches moyennes ?
Comment osez-vous parler d’indécence quand on affirme sa préoccupation pour les générations futures ? Certes, aujourd’hui, l’investissement est important. Cependant, lorsque l’on sera passé de l’expérimentation à la généralisation, ce surcoût n’existera plus ou du moins sera tellement réduit qu’il en deviendra vraiment minime. De plus, il convient de réfléchir plus globalement et de mesurer les économies d’énergie et financières ainsi réalisées. C’est à mon sens, particulièrement important dans l’habitat social où la charge induite par les modes actuels de chauffage est souvent très lourde pour les locataires.

Les collectivités locales ont un rôle d’incitateur à jouer en matière d’habitat durable, la Ville de Lyon est-elle exemplaire ?
Ce domaine échappe à ma responsabilité et je le regrette. De mon point de vue, les choix actuellement effectués privilégient encore trop souvent le seul aspect financier des projets. Nos écoles, crèches et gymnases devraient effectivement être exemplaires, malheureusement, on en est loin.

L’incitation passe aussi par le soutien d’initiatives privées, comment évaluez-vous l’implication du secteur privé dans ce domaine ?
Le secteur privé joue le jeu et suit les orientations européennes. Je pense même qu’aujourd’hui, les constructeurs ont complètements intégré cette démarche.

Comment répondez-vous au besoin de nature en ville ?
Outre les jardins privatifs et terrasses accolés aux logements, pour répondre à cette question, j’aime évoquer les points, les carrés et les lignes. Les points, ce sont cet ensemble d’espaces de proximité auxquels nous accordons une attention grandissante. Les carrés ou parcs sont particulièrement appréciés et font à ce jour, notamment ceux de Gerland et de la tête d’or, l’objet d’une importante requalification. La plaine Africaine sera inaugurée cet été. Enfin, les lignes, les cheminements, les liens sont les éléments que je souhaite particulièrement développer et mettre en valeur. Les berges du Rhône illustrent parfaitement cette volonté. Mais aussi le futur sentier piéton d’exception qui reliera la Duchère au Vergoin ou encore l’extension des cheminements du 5ème dans la continuité du parc des hauteurs.

Le projet de la Duchère est-il un projet d’urbanisme durable ?
C’est un projet ambitieux où nous voulons introduire une vraie mixité dans l’habitat. Le projet vise également une complémentarité des fonctions entre habitat, services et activités économiques. Il illustre aussi notre volonté de désenclaver les quartiers par de bonnes dessertes de transport en commun, celle de créer des possibilités de déplacement doux et de valoriser les espaces verts particulièrement riches dans ce secteur.  Ainsi, il s’inscrit effectivement dans une démarche d’urbanisme durable.

Quels sont les principaux freins à la mise en œuvre d’une politique d’urbanisme durable ambitieuse ?
La question du foncier est cruciale et très onéreuse…

Comment pensez-vous que se situe notre agglomération, en termes d’habitat et d’urbanisme durables, par rapport aux autres villes Françaises et Européennes ?
La ville avait un retard important en matière d’architecture, elle est aujourd’hui en pointe. Elle est incontestablement leader en matière d’espaces verts tant dans l’aménagement que dans la gestion. Le remarquable service des espaces verts de la Ville de Lyon a d’ailleurs obtenu la certification ISO 14001. Elle resplendit sur le plan de lumière et nous progressons aujourd’hui sur l’écologie de la lumière. En matière de qualité environnementale, le retard était considérable, on s’attache progressivement à le combler.